Des Iraniens se rasent la tête en soutien aux prisonniers d’Evin

 
Ils sont déjà des dizaines d’Iraniens à avoir saisi leur tondeuse. Un signe de soutien aux prisonniers politiques d’Evin, à Téhéran, qui affirment avoir été battus, humiliés et rasés par des gardes la semaine dernière.
 
La section 350 de la prison iranienne d’Evin, au nord-ouest de Téhéran, est particulièrement connue en Iran car c’est l’aile où sont détenus une grande partie des prisonniers politiques du pays. Jeudi dernier, le site d’opposition Kalemeh affirmait que plusieurs d’entre eux avaient été battus par leurs gardes pénitentiaires plus tôt dans la journée. D’après des témoignages recueillis par le site, les violences ont été commises à l’occasion d’une fouille menée par une centaine de gardes en uniforme anti-émeutes à la recherche de téléphones et d’ordinateurs. Une trentaine de détenus auraient été blessés et quatre transférés dans un hôpital. 
  
C’est lors d’appels téléphoniques et de rencontres au parloir, les jours suivant l’attaque, que les proches des prisonniers ont pu récolter des détails sur ces violences. Plusieurs détenus sont apparus le crâne rasé comme on le voit sur l'image ci-dessous. Ils ont affirmé avoir été battus, puis tondus de force par les gardes. Une trentaine de prisonniers auraient par ailleurs été ensuite transférés dans des cellules d’isolement. 
 
 
Face à ces allégations, les autorités de la prison ont répondu qu’aucun prisonnier n’avait été malmené. Le ministre de la Justice évoque quant à lui une "inspection de routine" qui a été accueillie "avec résistance" par les prisonniers et dénombre un ou deux blessés légers tout au plus.
 
Mardi, les familles des détenus se sont rassemblées devant les bureaux d’Hassan Rouhani, président de la République islamique d’Iran, afin d’exiger que la lumière soit faite sur cette intervention. Trois arrestations de manifestants ont été signalées.
 
 
Contributeurs

"On n'a pas de médias, j’ai donc fait ça pour informer mes concitoyens"

Cette mobilisation a, comme souvent en Iran, trouvé un écho sur Facebook. En signe de soutien aux détenus, des dizaines de personnes, hommes et femmes, ont posté leur photo après s’être rasé le crâne. Saba est l’une d’entre elles.
 
Pour moi, comme pour tous ceux qui ont participé à cette campagne, il est indispensable que les gens lambda, ceux qui ne suivent pas  tout ce qu’il se passe sur les réseaux sociaux, puissent être informés de ce qui a cours dans la prison d’Evin. Nous raser la tête permet de créer une conversation avec nos concitoyens, tout en protestant contre ces violences.
 
J’en ai par exemple parlé avec un chauffeur de taxi qui était très choqué par ma coiffure. Je lui ai dit : "On n'a pas de médias, j’ai fait ça pour vous informer." Depuis que je me suis rasé la tête, j’ai expliqué à beaucoup de gens que des prisonniers avaient été battus, insultés, forcés de s’agenouiller et tondus.
 

    Des images officielles pour démentir l’attaque

    Après le raid, des détenus avaient affirmé avoir vu des gardes filmer leur intervention. Ces images officielles ont été diffusées mardi 22 avril au soir sur une chaîne nationale iranienne pour illustrer l’interview du chef des établissements carcéraux iraniens, Gholam-Hossein Esmaeili, qui niait en bloc tout recours à la violence de la part du personnel d’Evin. On y voit les prisonniers assis dans une pièce avant la fouille, puis ils sont filmés dans une cour en train de jeter des pierres en direction des gardes. La diffusion de ces images, présentées comme la preuve de la bonne foi des autorités carcérales, a provoqué la colère des familles qui crient à la désinformation. Elles accusent les gardes d’avoir volontairement évité de filmer la brutalité de leur intervention.
     
    Parce qu’elle accueille de nombreux prisonniers d’opinion et d’intellectuels, la prison d’Evin a été surnommée "l’université d’Evin". Le système carcéral iranien a maintes fois été pointé du doigt par des organisations de défense des droits de l’Homme, qui dénoncent notamment les actes de torture et le refus d’octroi de soins médicaux aux personnes incarcérées.
     
    Les images filmées par les gardes apparaissent à partir de 2'50.
     
    La mère d'un manifestant mort en 2009 pendant les manifestations s'est elle aussi rasée la tête..


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