Colère étudiante après la mort d’un manifestant darfouri à Khartoum

La dépouille du jeune étudiant tué lors des manifestations mardi à Khartoum. Photo postée par Girifna.
 
Des centaines d’étudiants soudanais en colère ont manifesté mercredi lors des funérailles d’un camarade. Ce dernier a été tué par balle au cours d’une manifestation organisée la veille à l’Université de Khartoum pour dénoncer la guerre au Darfour. Notre observateur affirme avoir vu des miliciens proches de la police lui tirer dessus, mais les autorités démentent.
 
La manifestation organisée mardi par des étudiants du Darfour a été durement réprimée par les autorités. Plusieurs manifestants ont été blessés dont Ali Abakr Moussa Idris, étudiant en troisième année d'économie. Le jeune homme est décédé après avoir été blessé par balles. Plusieurs témoins, cités par les médias locaux et l’Ong Amnesty International, affirment que des miliciens qui se tenaient aux côtés des forces de police, ont tiré à balles réelles sur les étudiants. La police a rejeté ces accusations, mais a reconnu que l’étudiant était décédé à la suite de blessures par balles. Elle a en outre annoncé l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur les circonstances du décès.
 
Au cours des deux dernières années, les autorités soudanaises ont régulièrement fait usage d’une force excessive contre les manifestations, pourtant le plus souvent pacifiques. Les protestations de juin 2012 contre la hausse des prix avaient notamment été durement réprimées.
 
Les manifestations lors des funérailles du jeune étudiant, mercredi.
Contributeurs

"Des miliciens en civil nous ont tiré dessus"

Mohammad Zain est président de l’organisation des étudiants du Darfour de l’Université de Khartoum
 
Mardi, nous avions organisé une manifestation contre les opérations militaires menées par le gouvernement au Darfour. Nous voulions également dénoncer la guerre que sont en train de se livrer le gouverneur du Darfour du Nord et le chef de milice progouvernementale qui veut prendre sa place. Leur guéguerre a malheureusement coûté la vie à de nombreux citoyens. Nous étions environ 250 étudiants, tous originaires du Darfour. "Arrêtez la guerre ! Arrêtez les assassinats ! Arrêtez la ségrégation", tels étaient les slogans que nous avons scandés.
 
À la fin de notre manifestation, nous sommes allés vers l'entrée principale de l'université pour essayer de marcher sur la rue principale. C'est alors que les policiers en uniforme, accompagnés de milices en civil, ont commencé à nous attaquer et à nous refouler à l’intérieur du campus. Les policiers étaient armés de matraques et de grenades lacrymogènes et les miliciens avaient des couteaux et des fusils AK-47. J'ai reconnu parmi eux des jeunes qui traînaient sur le campus depuis des années. Ils se font passer pour des étudiants, mais en fait ils travaillent pour les autorités. [Nos Observateurs nous ont plusieurs fois signalé l'existence d’étudiants pro-régime qui s’en prenaient aux protestataires lors des manifestations contre le pouvoir.] Je les ai vu ouvrir le feu et tuer Ali Aboubaker Idriss.
 
Quand nous sommes arrivés à l’hôpital où son corps a été transporté, les médecins nous ont dit que qu’il avait été transféré vers un autre établissement. Nous y sommes allés et nous sommes restés toute la nuit devant l’entrée pour nous assurer que son corps ne disparaisse pas à nouveau.
 
Manifestants attendant devant l'entrée de l'hôpital mardi soir. Crédit photo : Girifna.
 
La police était présente en masse aux funérailles d’Ali, mercredi matin [Elle a tiré au gaz lacrymogène à la fin des funérailles pour disperser la foule]. Des centaines de personnes sont venues à l’enterrement [Plusieurs militants de l'opposition ont aussi assisté à l’enterrement]. L'université est désormais fermée pour une durée indéfinie et les étudiants ne sont pas autorisés à pénétrer sur le campus.
  
Les étudiants qui manifestaient mardi à l’Université de Khartoum réclamaient la paix au Darfour. La région est en proie à une guerre entre le gouvernement soudanais et des rebelles qui l’accusent de discrimination et de négligence envers la population locale. Depuis quelques semaines, le Darfour connaît un regain de violence. Lundi, le secrétaire général de l’ONU a exhorté les deux parties à arrêter les hostilités.


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