Le racisme anti-Coréens se décline en graffiti à Tokyo

"Mort aux Coréens", une insulte raciste inscrite sur un poteau de Shin Okubo
 
Il y a quelques mois, des manifestations racistes visaient ouvertement les Coréens à Tokyo. Aujourd’hui, les militants d’extrême droite sont plus discrets mais toujours actifs sur le Net, ainsi que sur les murs du quartier coréen de la ville où ils crient leur haine.

"Rentrez chez vous !", voilà en substance le sens de la plupart de ces graffitis racistes inscrits sur les murs du quartier coréen de Shin Okubo, à Tokyo. L’organisation anti-raciste Norikonet, qui a enquêté en février sur le terrain, en a répertorié 53. Si bien, que le 2 mars, un groupe d’une cinquantaine de bénévoles a parcouru les rues avec spray et chiffon pour aller les effacer.

"Dégagez les Coréens". Graffiti raciste à Shin Okubo

Dans un pays où les manifestations sont rares, plusieurs rassemblements d’extrémistes de droite ont été organisés ces dernières années dans le quartier coréen, avec une accélération au printemps 2013. À l’origine de la propagation de ces discours haineux, on retrouve notamment la Zaitokukai, une association opposée à ce que ses militants appellent les "privilèges sociaux des Coréens" et qui se dit forte de plus de 13 000 membres sur Internet. Lors de ces manifestations, qui comptaient rarement plus d’une centaine de personnes, certains appelaient à "tuer le Coréens" ou les décrivaient comme des animaux.  Après que des militants anti-racistes ont organisé des contre-mobilisations, la Zaitokukai a limité ses rassemblements.

La communauté coréenne vivant au Japon est estimée à 600 000 personnes actuellement.
 
La croix gammée, symbole du régime nazi, revient régulièrement dans les manifestations d’extrême droite japonaise
 
Les deux camps de manifestants se font face, vidéo datant d'avril 2013
Contributeurs

"Les Coréens vivant ici se sentent inévitablement sous pression"

Ryo Watanuki habite Tokyo. Il est diplômé en droit international.

On voit maintenant sur les murs des messages tels que "Rentrez en Corée" ou "À bas les privilèges des Coréens". Les militants de ces mouvements sont persuadés que les Coréens bénéficient de plus d’aides sociales que les citoyens japonais et dénoncent ce qu’ils voient comme une injustice. C’est absolument faux. Mais depuis des années, les internautes ultranationalistes [aussi appelés "netouyo", NDLR] sont très présents sur Internet où ils arrivent à propager de fausses informations. Et c’est d’autant plus facile que la société a été fragilisée par une crise économique. Les Coréens deviennent la cause de tous les problèmes des Japonais.
 
Une des cibles privilégiées de ces mouvements racistes sont les médias coréens dont ils dénoncent, entre autres, la vision de l’histoire. [Plusieurs questions sont au cœur de tensions entre la Corée du sud et le Japon, notamment celle des "femmes de réconforts" coréenne, forcées à la prostitution par l’armée japonaise d’occupation entre 1910 et 1945, NDLR].
 
Il est très difficile pour les autorités d’endiguer ces discours racistes, notamment sur Internet. Si elles faisaient quoique ce soit, les Internautes hurleraient "On n'est pas en Chine ici !" et brandiraient le droit à la liberté d’expression [garantie par la Constitution japonaise, NDLR]. Et je pense d’ailleurs que le gouvernement actuel ne tient pas plus que cela à faire taire ces mouvements. Pour moi, le Premier ministre Shinzo Abe profite de cette atmosphère en se créant des soutiens sur sa droite politique. Il n’a pas eu de prise de position forte pour condamner ces mouvements.
 
Les Coréens vivant ici se sentent inévitablement sous pression. Toutefois, j’ai observé qu’ils n’étaient pas en première ligne lors des manifestations anti-racistes. Ce sont davantage des Japonais activistes qui s’opposent aux militants d’extrême droite. Les Coréens essaient, eux, de rester en retrait.
 
En octobre dernier, un tribunal de la ville de Kyoto a condamné le mouvement Zaitokukai à 91 000 euros de dommages et intérêts pour des insultes racistes proférées au cours de manifestations en 2009-2010. La justice a estimé que le mouvement avait enfreint la Convention internationale contre la discrimination raciale signée par le Japon.
 

Commentaires

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