Les ballerines iraniennes se jouent de l'interdiction de danser

Une ballerine iranienne, dont le visage a été floutté pour des raisons de sécurité. La photo a été postée sur Facebook.
 
Comme la plupart des danses, le ballet est officiellement interdit en Iran. Ce qui n’empêche pas de nombreuses iraniennes de pratiquer cette discipline discrètement en utilisant le terme "gymnastique". Mais si la motivation ne fait pas défaut, la clandestinité reste un frein.
 
Un certain nombre de loisirs sont officiellement interdits par les autorités islamiques, comme la chanson (pour les femmes) ou encore la pratique du tatouage. D’autres activités moins controversées bénéficient d’une relative tolérance. C’est le cas par exemple du hip hop, du parkour, du bodybuilding mais aussi de la danse classique. Si bien que trouver des tutus et des chaussons de danse ne pose aucune difficulté pour les Iraniens, qui peuvent s’en procurer dans la plupart des magasins de sport des grandes villes.
 
Pour faciliter la pratique de la danse classique, la fédération de Gymnastique l'a reconnue en tant que discipline. Mais par précaution, elle préfère l'intituler  "sport de ballet" plutôt que "danse classique".
 
Contributeurs

"Lors des spectacles clandestins, on est toujours inquiets qu’un spectateur filme"

Hani fait de la danse classique depuis son plus jeune âge et enseigne dans un club sportif à Téhéran.
 
Mon professeur a appris la danse à la Royal Academy of Dance de Londres. Elle a ensuite formé d’autres professeurs en Iran tandis que certains ont appris sur le tas, en regardant des vidéos sur le Net. Lors d’une formation à Londres, je me suis rendu compte que le niveau global des enseignants en Iran était vraiment mauvais. Et ça n’empêche pas les cours d’être parfois très chers
 
Récemment, des clubs ont donc décidé de faire venir des instructeurs étrangers, notamment d’Ukraine. Leur niveau est beaucoup plus élevé que le notre. Ils nous enseignent la technique mais aussi la philosophie de la danse et comment mettre de l’émotion dans nos mouvements.
 
Photo publiée sur le site d’un club de sport.
 
On a noté récemment que les mamans sont de plus nombreuses à inscrire leurs jeunes garçons. Des hommes aussi commencent à s’y mettre. Mais évidemment, ces cours doivent absolument être tenus secrets car les professeurs, qui sont uniquement des femmes, ne sont pas supposées enseigner une discipline physique comme celle là à des hommes.
 
La salle d'un "club de gym" entièrement dédié à la danse classique à Téhéran.
 
Les spectacles aussi sont clandestins. Ils se tiennent soit dans les clubs de sport soit chez des particuliers. Les spectateurs sont triés sur le volet et invités en personne pour éviter de se faire repérer. Mais on est toujours inquiets que quelqu’un filme la performance. Car si les images sortent, ça peut causer des problèmes aux danseurs.
 
Une autre salle de danse classique "underground" à Téhéran.
 

"Pour que nous progressions, il faut que certains arrêtent de penser que danser est contradictoire avec le fait d’avoir la foi"

Sima est elle aussi professeur de danse à Téhéran. Elle enseigne dans un club de gym mais s’inquiète du manque d’encadrement de la discipline.
 
Du fait que le ballet est une discipline non officielle, il n’y a ni supervision, ni connaissances requises pour devenir professeur. Si bien que certains se disent professionnels sans l’être, ce qui peut s’avérer dangereux. Par exemple, certains ne savent pas se servir des pointes mais tentent quand même d’enseigner cette technique aux enfants et ça finit par des blessures. Bien souvent, dans les salles, il n’y a ni parquet, ni barres, ni miroirs. Et le certificat que les élèves reçoivent en fin de session n’a aucune valeur.
 
 
Une danseuse. Photo postée sur un groupe Facebook privé.
 
Par ailleurs, quand on arrive à obtenir une autorisation de se produire, en prétextant un spectacle de gym ou du théâtre, ce n’est qu’à condition que le public soit exclusivement féminin. Et même si elles ne sont qu’entre femmes, les danseuses doivent porter une première couche de vêtements qui cachent leur peau et, par-dessus, des costumes longs et larges pour dissimuler leurs formes. Pas génial pour un ballet ! C’est donc toujours préférable de faire des spectacles privés, clandestins.
 
Une danseuse s’entraîne chez elle.
 
C’est vrai qu’on est loin des standards internationaux, mais il y a de très bons danseurs en Iran. Et pour que nous progressions, il est indispensable que les mentalités changent, qu’on arrête de penser que danser est contraire à la foi. Mais ce n’est pas pour tout de suite.
 

Commentaires

L'article est contradictoire

L'article est contradictoire :
- "le ballet est officiellement interdit en Iran"
- "D’autres activités moins controversées bénéficient d’une relative tolérance. C’est le cas par exemple [...] de la danse classique"
- "par précaution, elle préfère l'intituler "sport de ballet" plutôt que "danse classique"

Pourquoi la fédération de gymnastique a-t-elle choisi le terme "sport de ballet" plutôt que "danse classique", si le ballet est interdit et la danse classique tolérée ???

La danse classique est

La danse classique est interdite, mais tolérée, contrairement à d'autres disciplines.

des cours de danse en Iran

On peut jouer sur les mots:danse,ballet,gymnastique...il n'en demeure pas moins qu'en République islamique d'Iran,il est bien difficile de faire le sport,ou l'activité, de son choix,qu'on soit homme,et à fortiori,femme ou fille;Ils sont encore nombreux,hélas,les pays où des censeurs s'arrogent le droit de régenter les faits et geste des personnes,pourtant libres,en théorie!



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