Au Tchad, les Déby s’affichent partout, même sur les cahiers

Des exemplaires des cahiers distribués par Hinda Déby, avec son portrait en couverture.
 
La Première dame du Tchad, Hinda Déby Itno, a offert, le 10 février dernier, plus de 30 000 cahiers aux écoliers. Dans un pays miné par la misère, le geste semble louable, mais il n’est sans doute pas dénué d’intentions politiques : chaque cahier arborait en couverture… le portrait de la Première dame. Nos Observateurs au Tchad s’inquiètent des dérives vers un culte de la personnalité du couple présidentiel. 
 
Les cahiers ont été repartis entre trois ministères (le ministère de l’Enseignement fondamental et de l’Alphabétisation, celui des Enseignements secondaires et de la Formation professionnelle et celui de l’Action sociale, de la solidarité et de la Famille), lors d’une cérémonie officielle à N’Djamena. Ils doivent être distribués dans les 28 régions. Ils auraient été commandés par l'épouse du chef d'État à une imprimerie tchadienne.
 
Panneau publicitaire pour le parc national de Zakouma, avec la photo d'Idriss Déby.
 
L’apparition du portrait d’Hinda Déby en couverture de ces cahiers rappelle qu’au Tchad, les visages du pouvoir sont partout. À la tête du pays depuis 1990, Idriss Déby Itno apparaît sur diverses pancartes qui jouxtent les routes, comme le montrent ces photos envoyées par nos Observateurs.
 
Depuis 2011, des bus à l’effigie du chef de l’État sillonnent même la capitale, explique à FRANCE 24 le journaliste François Djékombé : "Ces bus étaient initialement prévus pour assurer les déplacements d’Idriss Déby lors de la campagne présidentielle de 2011, mais il y avait des soupçons sur le fait qu’ils aient été achetés avec de l’argent public. Pour éviter le scandale, il a donc été décidé d’en faire des navettes qui emmènent les étudiants de N’Djamena vers le campus".
 
 

"Les hommages rendus au couple présidentiel tchadien frôlent la vénération"

Kodne Barabass Kagbé (pseudonyme) vit à N’Djamena
 
Ce n’est pas la première fois, loin de là, que le pouvoir distribue des objets à l’effigie de la Première dame ou du président. C’est très fréquent dans le domaine éducatif ou social : récemment, une distribution a été organisée par la Première dame auprès d’orphelins, à qui elle a donné des ballons, des cahiers, et même des habits floqués de sa photo ou de celle d’Idriss Déby. Avec l’arrivée de Tchadiens réfugiés de Centrafrique, ça n’a pas loupé : des photos étaient imprimées ou agrafées sur les sacs d’aide alimentaire.
 
Panneau promouvant la planification des naissances, avec Hinda Déby.
 
C’est une stratégie de communication grossière. Le pouvoir pense qu’en associant la photo d’Idriss ou d’Hinda Déby à des actions caritatives, il se donne l’image d’un bienfaiteur pour les Tchadiens. Alors que justement, ce pays est plongé dans une misère immense. Bien sûr que les Tchadiens sont contents quand on leur offre quelque chose, mais leur situation est tellement dramatique que ce n’est pas un don de cahiers ou un sac de riz qui va leur faire aimer le couple présidentiel. Les lacunes de la politique tchadienne ne se comblent pas avec une image.
 
Le président et les enfants du Tchad. Photo postée en 2011 sur
Flickr.
 
Depuis quelques années, on voit de plus en plus de photos du président et de sa femme sur tout et n’importe quoi. Pour moi, c’est la preuve qu’avec le temps, le pouvoir se sent toujours plus fort et conforté, et veut asseoir sa mainmise sur toute la société. Les hommages rendus au couple présidentiel ces dernières années frôlent la vénération, le régime évolue vers une imagerie et une rhétorique fasciste. Le moindre discours du président est l’objet d’une mise en scène, il est entrecoupé d’acclamations et ponctué de danses diverses en son honneur, celui de la Première dame ou du parti au pouvoir, le MPS. Déby est en train de se forger une image de personnage situé entre la réalité et la légende.

"C’est une dépense inutile"

Ziregga vit à N’Djamena.
 
La Première dame s’est fait une spécialité de promouvoir l’éducation. Je me rappelle l’avoir rencontrée une fois dans le cadre de mon travail avec d’autres femmes, et elle avait beaucoup insisté sur la nécessité de bien réussir ses études, d’avoir un diplôme pour se construire un avenir épanouissant.
 
Idriss Déby, en président de "l'industrialisation" du Tchad.
 
Ceci dit, je ne trouve pas normal d’offrir des cahiers à des écoliers avec sa propre photo. Pour moi, la démarche est claire : le but est de véhiculer auprès de ceux qui représentent le futur de la nation une image positive du pouvoir. Il s’agit aussi de gagner la confiance des parents. Mais franchement, je pense que ça n’a aucun effet, c’est surtout une dépense inutile.
 
Le président Deby, promoteur de logements sociaux. Photo postée en 2011 sur Flickr.
 
Au bord des grands axes routiers, on voit beaucoup de panneaux qui présentent le président comme un grand bienfaiteur. Par exemple, il est en photo devant une école, tenant la main des élèves, ou devant une exploitation pétrolière ou encore sur un tracteur pour faire croire qu’il promeut l‘agriculture et qu’il est proche des agriculteurs. Le slogan dit quelque chose comme : "la sécurité alimentaire passe par le développement de l’agriculture". Alors que les Tchadiens ont faim depuis tant d’années… Personne ne croit à ce genre de publicités. Pourquoi ne met-on pas plutôt la photo d’un agriculteur ? Ça appellerait les autres à bien travailler, ça serait beaucoup plus parlant.

"Vous ne pouvez pas allumer la télé sans voir Idriss Déby"

Jacques (pseudonyme) est infirmier à Goundi, dans le sud du Tchad.
 
Goundi, où je vis, est une petite ville, et on ne voit guère d’images de lui dans les rues. Mais on le voit tout le temps chez nous : vous ne pouvez pas allumer la télé sans le voir. Dans les journaux télévisés, tout est rapporté à lui, tout est de son mérite. On le montre comme le grand bâtisseur : dès qu’une route ou une école est achevée, c’est présenté comme son œuvre personnelle. Il est aussi montré comme le grand bâtisseur de la paix au Tchad, comme celui qui a rendu le Tchad respectable sur la scène internationale.
 
Article de la presse tchadienne sur les dons de la Première dame.
 
Une photo du président Deby dans les rues de N'djamena en 2010, postée sur
Flickr.
  
Contactée par FRANCE 24 au sujet de cette hyperprésence, la direction de la communication de l’ambassade du Tchad en France a déclaré qu’elle n’avait  "aucun commentaire à faire sur le sujet".
 
Le Tchad est un des pays les plus pauvres du monde. En 2012, son Indice de développement humain, qui prend en compte l’espérance de vie à la naissance, l’accès à l’éducation et le niveau de revenu des habitants, s’élevait à 0,340, le maximum étant de 1. Le pays compte 78 % d’analphabètes.
 
Billet écrit avec la collaboration de Corentin Bainier, journaliste à France 24.
 

Commentaires

je ne comprend pas vrement ou

je ne comprend pas vrement ou est le problème "la première chaine africaine "FRANCE 24''! certes sans l'Afrique votre chaine est pauvre d'info mais stop vos reportage a la con!! Notre président au moins a une première dame et il ne roule pas en scooter lui!!!!!!

je ne comprend pas vrement ou

je ne comprend pas vrement ou est le problème "la première chaine africaine "FRANCE 24''! certes sans l'Afrique votre chaine est pauvre d'info mais stop vos reportage a la con!! Notre président au moins a une première dame et il ne roule pas en scooter lui!!!!!!

Comment en arrive-t-on là ?

Comment en arrive-t-on là ?

Culte de Personalité au Tchad

Bonjour
Dans la plupart des cas, ces images sont l'oeuvre des bénis oui qui entour le couple. Des hommes et femmes qui ne sont à mesure de dire quoi que ça soit au président. Comme l'a chanté Smarty dans Le Chapeau du Chef : "...le problème d'un Roi est la distance entre la vérité reçue et ce que le peuple pense de lui."

On a mis l'Education à genou aujourd’hui au Tchad et c'est la responsabilité de tout un chacun.. Mme Hinda Déby ITNO fait ce qu'elle peut, malheureusement cette volonté même si elle est tachetée d'autres idées que beaucoup n'appreçi pas, ne peut résoudre le problème de l'Education au Tchad.



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