Bor, une ville fantôme jonchée de cadavres

Charniers à Bor, le 9 février. Photos : Enough Project.
 
Alors que les pourparlers pour un règlement du conflit au Soudan du Sud se poursuivent, les déplacés commencent à revenir chez eux, notamment dans la ville de Bor, au nord de la capitale Juba. Ce point stratégique du pays a été le théâtre de très violents affrontements entre l’armée et les factions mutines, faisant plus d’une centaine de victimes, dont les corps ont été laissés en décomposition dans la ville devenue fantôme. Des scènes d’apocalypse documentées par l’ONG Enough Project qui s’est rendue à Bor le 9 février.
 
De retour depuis fin janvier dans la ville, les autorités municipales ont commencé le travail macabre de ramassage et d’identification des corps. Lequel n’est pas aisé : les derniers combats à Bor ont eu lieu le 18 janvier, date à laquelle l’armée fidèle au président Salva Kiir a repris la ville aux rebelles, partisans de l’ancien vice-président Riek Machar. Les corps qui jonchent les rues de Bor y seraient donc depuis au moins un mois... Conséquence, "certains corps sont dans un tel état de décomposition qu’ils ne sont pas identifiables. D’autres n’ont été réclamés par aucun proche, qui ont fui la ville" a fait valoir un responsable de la sécurité.
 
La ville, parsemée de charniers, a été divisée en neuf secteurs. Ils seront passés au peigne fin pour éventuellement retrouver d’autres corps, qui auraient pu être enterrés à la va-vite par des habitants pendant les combats. Mardi dernier, un enterrement dans une fosse commune de plusieurs corps a eu lieu. D'autres pourraient suivre, afin de mettre sous terre les corps non identifiés, a expliqué le maire de Bor, Nhial Majak.
 
Photo postée sur Twitter sur le compte de Radio Tamazuj. 
 
Les terribles images prises par l'ONG Enough Project : 
 
     
    Le conflit au Soudan du Sud a commencé le 15 décembre, lorsque des premiers combats ont secoué Juba. Ils opposaient l’armée régulière et une faction mutine, mais revêtaient également une dimension ethnique : le président Salva Kiir, soutenu par l’armée, appartient à l’ethnie Dinka, alors que les mutins soutenaient son ancien vice-président, issu de l’ethnie Nuer. Prise par les rebelles le 19 décembre, Bor a changé de mains plusieurs fois avant que l’armée régulière ne la reprenne le 18 janvier.
     
    Le conflit a fait plusieurs milliers morts et provoqué le déplacement de près de 900 000 personnes. Des pourparlers sont engagés entre les deux parties depuis le 23 janvier et la signature d’un cessez-le-feu à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne. Mais plusieurs sources font état de combats persistants dans certaines zones du Soudan du Sud, tout jeune pays qui a gagné son indépendance en 2011 après un conflit qui a fait au moins 2 millions de morts. 
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