Un village iranien sauvé d’une tempête de neige grâce à Facebook

La maman d'une des personnes sauvées par les benévoles.
Après la tempête à Abkenar.
 
Facebook est interdit en Iran, mais ça n’empêche pas des millions de personnes de contourner la censure, même dans les zones les plus reculées. Et à Abkenar, dans le nord du pays, cette désobéissance a sauvé la vie de plusieurs habitants quand la région a été frappée par la pire tempête de neige depuis cinquante ans.
 
Comme beaucoup de villages du nord, Abkenar a été recouvert d’un épais manteau blanc pendant près d’une semaine. La tempête a été si soudaine, qu’une partie des 3000 habitants se sont retrouvés bloqués chez eux, sans eau ni gaz, avec des coupures de courant à répétition. Sans attendre la réaction des autorités, c’est sur Facebook, quand l’électricité le permettait, que les habitants ont organisé eux-mêmes les secours.
 
Après la tempête de neige dans les rues du village.
Contributeurs

“On a sauvé trois personnes bloquées dans une ferme. À notre arrivée, elles étaient quasiment inconscientes ”

Ali Atashi, 35 ans, est administrateur de la page Facebook  Abkenar News. Elle a été créée il y a trois mois pour assurer la liaison entre les habitants du village et ceux qui sont partis dans d’autres villes.
 
Tout le monde a été surpris par la quantité de neige qui est tombé sur le village. Quand nous avons réalisé que personne à l’extérieur n’avait compris l’ampleur du désastre, nous nous sommes instinctivement tournés vers Facebook pour alerter sur notre situation.
 
Sur la page Abkenar News, on a commencé à recevoir des informations sur les gens coincés à l’intérieur de leurs maisons. On nous a signalé, entre autres,  trois personnes bloquées dans une ferme à proximité du village. Ils n’avaient aucun moyen de sortir car il y avait 2.5 mètres de neige. On a posté sur la page "On part les secourir. Dites-nous si vous voulez nous accompagner. " Trente personnes ont répondu à l’appel.

D’abord, on a essayé de dégager la voie avec un chasse-neige prêté par un des bénévoles. Mais on a été bloqué au bout de deux kilomètres. Là, on était vraiment désespéré. Mais on s’est ressaisi et on a essayé autre chose : les uns derrière les autres, les bénévoles ont avancé dans la neige en sautant dessus pour l’aplatir. On changeait régulièrement le premier de la file. Ça nous a permis de frayer un semblant de chemin sur les huit kilomètres qui nous séparaient de la ferme. On a fait ça de 8 h du soir à 4 h du matin. À notre arrivée, les trois personnes avaient quasiment perdu connaissance à cause du froid. Si les bénévoles ne s’étaient pas déplacés, ils seraient probablement morts.
 
Un homme nous a écrit pour nous dire que son père, un homme âgé, était dans une maison qui risquait de s’effondrer d’un moment à l’autre, nous demandant de l’aider. Ce qu’on a fait. On a aussi pu rassurer des gens qui nous demandaient des nouvelles de leurs proches.
 
Les bénévoles se frayent un chemin pour accèder à une habitation.
 
"Dans tout le pays, des internautes suivaient notre page, un peu comme s’ils regardaient un film"
 
On croyait au début que seulement les locaux lisaient notre page, puis on s’est vite rendu compte que dans tout le pays des internautes suivaient les évolutions de la situation, un peu comme s’ils regardaient un film. Lorsqu’on a posté les premières photos du désastre, les autorités ont dit que les photos étaient faussesc’étaient des fausses.  Mais finalement, les agences de presse ont repris nos images et les autorités ont fini par nous croire.  Les équipes de secours envoyées par le gouvernement sont arrivées bien trop tard. [Les secouristes sont arrivés six jours après la tempête et ont principalement déblayé les routes]. Pour autant, les responsables locaux ont vraiment essayé de nous aider, notamment pour rétablir le courant et on a pensé à les remercier via notre page.

Photo d'un repas envoyé par les autorités par hélicoptère aux sinistrés.Insuffisant, selon les habitants.
 
Dans notre village, des vies ont été sauvées grâce à Facebook. Je ne comprends pas ce que craignent les autorités qui ont interdit l’accès à ce réseau social. Pour moi, c’est comme interdire les couteaux au motif que quelqu’un pourrait s’en servir pour tuer.  
 
Désormais, cette page nous sert à informer les gens de la reconstruction du village ainsi que de faire le suivi sur les actions des autorités.
 
 
Des maisons détruites par le poids de la neige à  Abkenar. 
 
Un toit effondré à Abkenar.
 
Facebook est bloqué en Iran de manière quasi-continue depuis le mouvement de protestation qui a suivi la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en 2009. Mais une grande partie des iraniens continuent de l’utiliser en passant par des réseaux privés virtuels (VPN)

Commentaires

solidarite

Grâce à Internet, l'information passe ! C'est une très belle initiative et merci aux iraniens qui relaient des infos essentielles et utiles pour sauver des personnes mais aussi de créer une chaine de solidarité pour secourir des personnes isolées. L'utilité des réseaux sociaux qui doivent être rétablis officiellement en Iran. Merci et continuez de véhiculer des infos utiles pour la Paix et la sécurité des personnes!



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