Pour sauver un parc de Tbilissi, des Géorgiens bloquent un projet hôtelier

Des manifestants protestent devant la mairie de Tbilissi contre la construction d'un hôtel au sein du parc Vake. Photo Guerilla Gardening Tbilisi.
  
Des activistes géorgiens ont installé des barrages et campent depuis plusieurs semaines jour et nuit dans le parc Vake, au centre de Tbilissi. Leur but ? Empêcher la construction d’un nouvel hôtel qui menace, selon eux, d’annihiler l’un des derniers espaces verts publics de la capitale géorgienne.
 
Les manifestations, qui ont commencé en décembre 2013, se sont amplifiées et ont donné naissance à un campement qui n’est pas sans rappeler celui installé par les opposants au projet immobilier du parc Gezi à Istanbul. Sous des toiles de tentes colorées, ils ont organisé une véritable mini-ville avec des cuisines de fortune, des ateliers éducatifs, au son des sets de divers DJ’s. Au cours des deux dernières semaines, ils ont aussi mis en place des barrages qu’ils tiennent non-stop afin d’empêcher les ouvriers d’accéder au chantier de l’hôtel.
 
Vidéo de la mobilisation, postée par Nika Mchedlidze sur YouTube.
 
C’est la mairie de Tbilissi qui a donné son feu vert aux promoteurs de cet immeuble qui doit faire sept étages de haut. Mais pour les opposants au projet, la municipalité aurait dû consulter les habitants de la capitale avant d’engager tout projet dans le parc Vake. Or, le terrain appartient à une entreprise, Tiflis Development, laquelle fait valoir dès lors que les Tbilissiens n’ont pas leur mot à dire dans une affaire privée. Une position soutenue par la mairie, qui juge par ailleurs que cet hôtel est dans l’intérêt économique de la ville. 
Contributeurs

Si les gens voient qu’ils peuvent changer les choses en manifestant, ça serait un vrai stimulant pour la démocratie en Géorgie

Nick Davitashvili est un membre du groupe ‘Guerilla gardening Tbilisi’ qui joue un rôle clef dans le mouvement.
 
 
La construction a déjà commencé. Ils creusent des trous pour les fondations, mais nous nous sommes interposés pendant les débuts du processus, et les avons forcés à arrêter leur chantier. Les barrages permettent d’empêcher les ouvriers d’accéder au chantier. S’ils tentent de les forcer, on se débrouille pour rameuter plus de monde. Il y a deux semaines, des ouvriers ont réussi à prendre des équipements sur le chantier durant la nuit. Du coup, depuis nous avons décidé de monter la garde jour et nuit.
 
Nous avons installé deux énormes tentes : à l’intérieur de l’une, il y a du chauffage, des chaises, des canapés et une cuisine. Un jour, nous avons demandé à un bar de venir vendre des boissons et des sandwichs, les propriétaires ont accepté et ont même décidé de tout distribuer gratuitement. Beaucoup de manifestants ramènent de la nourriture. Il y a également un marché gratuit. On croise des poètes, des personnes animant divers ateliers thématiques. La seule règle que nous avons établie est de ne pas boire d’alcool.
 
Deux fillettes enlassent un arbre du parc Vake. Photo: 'Guerilla Gardening Tbilisi'.
 
Nous utilisons beaucoup les nouvelles technologies. Nous nous sommes trouvés via Facebook, puis nous avons commencé à utiliser Twitter de façon à ce que les gens puissent savoir en temps réel quand la police vient pour tenter de défaire les barrages pour faire passer les ouvriers. Si cela arrive, on tweete un message qu’environ 300 personnes reçoivent. Ça permet de rameuter une centaine de personnes en un quart d’heure afin de s’opposer à la police. C’est décisif. Si nous n’avions pas ce moyen de communication je pense qu’on ne pourrait pas gagner.
 
"Si l’hôtel est construit, cela pourrait créer un précédent, d’autres projets du même genre pourraient suivre"
 
La police nous dit qu’elle tolère le camp mais que nous n’avons pas le droit d’y construire des barrages. Jusqu’ici, nous les avons combattus en étant toujours suffisamment nombreux. Mais il y a eu des cas dans lesquels la police a tenté de nous faire évacuer par la force. Cette semaine, nous irons au tribunal, nous avons un avocat qui travaille gratuitement et a décidé d’assigner la mairie en justice. On va tenter de la forcer à annuler la construction parce qu’elle a été faite sans la moindre consultation des habitants de la ville et selon nous en dehors de toute logique.
 
Si l’hôtel est construit, cela pourrait créer un précédent, d’autres projets du même genre pourraient suivre. La situation environnementale est pourtant très mauvaise : selon un sondage de 2001, il ne restait déjà plus que cinq mètres carrés d’espace vert par habitant à Tbilissi [l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande qu’une ville dispose d’au moins neuf mètres carrés d’espace vert par habitant].
 
Les manifestants soufflent des bulles de savon en forme de coeur dans le parc Vake. Photo 'Guerilla Gardening Tbilisi'.
 
Le gouvernement ne nous a pas vraiment répondu pour le moment, bien que nous ayons réuni 7000 signatures pour la pétition. Seul le ministère de l’Environnement s’est positionné contre le projet, mais ne peut rien faire car les compétences en environnement dépendent de la municipalité de Tbilissi. [Contacté par France 24, un porte-parole du ministère a fait valoir que le ministère n’avait pas de position sur le projet et s’est refusé à tout autre commentaire].
 
Si les gens voient qu’ils peuvent changer les choses en manifestant, ça serait un vrai stimulant pour la démocratie en Géorgie. Les Géorgiens pensent qu’ils n’ont pas le pouvoir de provoquer le changement. Cet état d’esprit résulte de notre héritage soviétique. Notre mobilisation pourrait être un moyen de montrer que leur voix compte.
 
 
La mairie de Tbilissi, contactée par France 24, n’a pas répondu à nos sollicitations.

Billet écrit en collaboration avec Andrew Hilliar (@andyhilliar), journaliste à France 24.

Commentaires

Parc Vake

Bon Courage Nick!
Je peux egalement temoigner ces braves personnes sont meme restes veiller le chantier sous -15C 24h /24 en campant sous des tentes bien gelees. Le parc Vake est un symbole vert de Tbilissi ou petits et grands viennent faire le plein aux poumons.
Cette initiative civique et pacifique est une belle epreuve de la democratie en Georgie! En esperant que votre manifestation trouve des interlocuteurs aux municipalites de Tbilissi et s'aboutisse a une entente mutuelle!



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