Petit guide des Observateurs à l’intention du touriste en Iran

Miyu, étudiante japonaise, lors de son voyage en Iran. Toutes les photos ont été prises par nos Observateurs.
 
Depuis que les relations entre la République islamique et les pays occidentaux se sont apaisées, le tourisme en Iran semble avoir le vent en poupe. Le quotidien britannique "Financial Times" a d’ailleurs placé le pays en tête de la liste des lieux à visiter en 2014, tandis que les tours-opérateurs notent une augmentation de l’intérêt des voyageurs pour cette destination. Deux touristes partagent leur expérience et leurs conseils.
 
La révolution iranienne de 1979 a porté un coup d’arrêt au tourisme en Iran à une époque où le pays était essentiellement une destination de hippies. Mais depuis le milieu des années 2000, l’Organisation mondiale du tourisme note une augmentation du nombre de visiteurs étrangers. Et les nouvelles autorités iraniennes ont récemment annoncé qu’elles espéraient multiplier par cinq les revenus nationaux du tourisme. Le gouvernement prévoit notamment d’assouplir la réglementation d’entrée sur le territoire. La liste des pays n’ayant pas besoin de visa ou pouvant prendre un visa à l’aéroport devrait bientôt être élargie.
 
Deux de nos Observateurs - Miyu, une étudiante japonaise, et Manu, un Italien vivant en Suisse - ont visité le pays en 2013 et nous font part de leurs impressions.
 
Tombaux royaux à Shiraz.

 
Pourquoi y être allé ?
 
Miyu : Lors d’un voyage en ferry entre le Japon et Shanghaï, j’ai rencontré un Iranien qui m’a raconté à quel point son pays était beau. Je pensais, comme beaucoup, que l’Iran était un pays dangereux, mais il m’a convaincu du contraire et j’ai décidé de m’y rendre.
 
Manu : Pour les Occidentaux comme moi, l’Iran est un pays que l’on pourrait qualifier de "politiquement exotique". Un endroit dont on ne sait pas grand-chose, mis à part tous les points négatifs avec lesquels les médias nous rebattent les oreilles. Des voyageurs revenant de là-bas m’ont en revanche raconté l’inverse. Ne sachant plus quoi penser, j’ai décidé d’aller voir par moi-même.
 
 
Hébergement : "J’ai dormi quasiment tout mon séjour chez l’habitant"
 
Miyu : Il n’est pas possible de réserver des hôtels de l’étranger. Mais en faisant quelques recherches en ligne, vous tombez sur des forums de voyageurs qui donnent de bons conseils et des noms d’hôtels pas cher [en moyenne, une nuit d’hôtel coûte entre 15 et 30 euros, NDLR]. Le mieux, c’est de noter les noms des hôtels et à l’arrivée, vous demandez à un taxi de vous y amener. Dans mon cas, en passant par des sites de couchsurfing, j’ai réussi à dormir quasiment tout mon séjour chez l’habitant. C’est très facile de trouver des hôtes sur place.  
 
Manu : Je n’avais rien réservé. Dans tous les endroits où je suis allé, des gens m’ont indiqué des hôtels pas chers.
 
Argent : "Que du liquide !"
 
Miyu : Ni les cartes Visa ni les Mastercard ne fonctionnent en Iran. J’ai donc dû partir avec du liquide que je gardais en permanence sur moi. Ce n’est pas toujours simple parce que sur place les gens parlent en tomans plus qu’en rials [10 rials = 1 toman]. Mais on s’habitude.
 
Manu : Les Travellers chèques sont acceptés mais c’était bien plus simple de garder tout mon argent sur moi. J’avais tout en coupures de 100 dollars [le change est possible dans les banques ou dans les bureaux de change privés, NDLR]. C’était vraiment pas cher pour moi de voyager sur place avec l’inflation que connaît la monnaie nationale.
 
 
Des femmes prient dans un mausolée.
 
Communication : "Le 'taruf', un principe à connaître"
 
Miyu : Beaucoup d’Iraniens parlent anglais donc je n’ai pas rencontré de problèmes. J’ai aussi appris quelques rudiments de farsi. Les gens sont extrêmement accueillants avec les étrangers.
 
Manu : Un Iranien sur place m’a expliqué le principe du “taruf”, une pratique que vous devez absolument connaître quand vous voyagez là-bas. En quelques mots, ça signifie que la bienséance veut que vous refusiez ce que des gens vous offrent par politesse. Dans un restaurant, il est possible que le propriétaire vous dise que c’est lui qui invite, mais il est indispensable d’insister pour payer. Où si quelqu’un vous invite chez lui, il faut poliment décliner. Si vraiment la personne insiste à plusieurs reprises, alors là vous êtes à peu près certain que c’est une vraie invitation et vous pouvez accepter !
 
Les Iraniens
 
Manu : Comme disait un ami iranien : "Ce que le gouvernement veut, on ne le fait pas. Et ce qu’ils ne veulent pas, on le fait !" Et même si la vie est difficile à Téhéran, les gens se battent au quotidien pour obtenir plus de libertés : les femmes ont des voiles de plus en plus lâches et tout le monde regarde les chaînes occidentales via des satellites [ce qui est interdit en Iran]  
 
Points forts : "La richesse du monde underground"
 
Miyu : Ce pays a tout ce dont peuvent rêver les touristes. Les paysages sont époustouflants. J’ai escaladé le Mont Damavand et c’est l'un des plus beaux souvenir de ma vie. La nourriture est la meilleure que j’ai pu goûter au Moyen-Orient. Je continue d’ailleurs à aller dans des restaurants iraniens au Japon. Mais j’ai été particulièrement fascinée par la richesse du monde underground - des gens boivent de l’alcool, dansent à des fêtes gay. Il y a vraiment un monde à part quand on dépasse les apparences. C’était aussi passionnant de voir les hauts lieux historiques comme le mausolée de l’imam Reza à Mashdad [une des plus grandes mosquées du monde]. 
 
Manu : Le voyage en train d’Ankara (Turquie) à Téhéran a été fantastique. On traverse vraiment plusieurs régions du pays et ça permet de se faire une idée de toute sa diversité culturelle. J’ai particulièrement aimé passer du temps dans les provinces d’Azerbaïdjan [nord-ouest] où la minorité azéri parle le turc. Le contraste avec le niveau de vie des habitants de la capitale est saisissant. Beaucoup m’ont expliqué vouloir l’autonomie pour la région mais leurs demandes sont ignorées.
 
 
Miyu en Iran.
 
À quoi faire attention ? "Rien de plus qu’un vol de chaussettes"
 
Manu : Certains moto-taxis tentent de vous arnaquer et on m’a volé des chaussettes à la laverie…donc on ne peut pas dire que j’ai rencontré de réels problèmes !
 
Miyu : Voyager seule pour une femme peut être dangereux. Des hommes ont essayé de me toucher dans la rue. Mais j’ai aimé le pays et tout ça ne m’empêchera pas d’y retourner.
 
Un dernier conseil ? "Laissez-vous porter!"
 
Miyu : Je conseille aux visiteurs d’étudier l’histoire iranienne avant de partir. C’est indispensable pour comprendre le pays. Je ne connaissais ni Cyrus le Grand [fondateur de l’empire perse au VIe siècle avant J.-C., ni Zoroastre [fondateur du zoroastrisme, la religion officielle des Iraniens avant la conquête islamique de la Perse au VIIe siècle.] Certains touristes n’aiment pas partir pendant le mois de Ramadan mais personnellement j’ai vraiment aimé cette période – en partie pour les pâtisseries de la rupture du jeûne !
 
Manu : Prenez votre temps ! Deux semaines au minimum et laissez vous porter. Il y a tellement à voir.
  
Un fort à Khoram Abad.
 
Billet écrit par Ershad Alijani, journaliste à FRANCE 24 (@ErshadAlijani).
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Commentaires

Tourisme en Iran

Témoignage très intéressant,effectivement le tourisme en général
c'est un bon échange ,surtout dans ces conditions et c'est aussi une facon objective de se rendre compte de la réalité
d'un pays. Une japonaise , un italien qui témoigne : magnifique !!!



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