Chute de la monnaie argentine : "Nous ne savons plus quel prix afficher !"

Un billet de pesos argentin froissé, photo publiée sur Instagram par koolride55.
 
"Fermé pour cause de dévaluation du peso". Ce type de pancarte est affiché par de nombreux commerces argentins depuis le 24 janvier. Après une chute de 14 % de la valeur de la monnaie nationale, le secteur commercial du pays traverse une nouvelle crise. Notre Observatrice travaille chez un commerçant qui vend des deux-roues. Le quotidien de son entreprise est devenu un vrai casse-tête.
 
Le 24 janvier, le peso a connu sa plus forte dévaluation depuis 2002. Baisser la valeur du peso face au dollar a pour objectif d’enrayer la baisse des réserves de change de l’Argentine. Celles-ci sont effectivement passées de 50 milliards de dollars à moins de 30 milliards en trois ans.
 
Pour limiter les conséquences désastreuses de la chute du peso, le gouvernement a permis aux Argentins qui gagnent plus de 7200 pesos par mois (environ 660 euros) de toucher 20 % de leur salaire en dollars dans une limite de 2000 dollars par mois.
 
Dans les magasins, certains prix sont désormais affichés en dollar, considérée comme une monnaie refuge, alors que la valeur de la monnaie nationale fluctue tous les jours.
 
Les commerçants dénoncent par ailleurs une hausse de 10 % des prix pratiqués par les distributeurs, sous-prétexte d’inflation, ce qui a conduit à des pénuries de produits dans certains supermarchés. D’autres magasins de produits importés n’affichent plus les prix en vitrine, préférant donner le montant exact au client en se référant au taux officiel du change peso/dollars au moment même du passage en caisse.
Contributeurs

"Notre fournisseur a arrêté les ventes"

Erika Antar vit à Buenos Aires. Elle travaille dans une entreprise familiale de vente et de réparation de motos. 
 
Le secteur commercial est complètement paralysé !  Avec la valeur du peso qui change tous les jours, les fabricants nationaux ne savent plus quelle est la marge à appliquer. Nous avions toutefois pris nos précautions en mettant un stock de motos de côté, car nous sentions bien que la situation économique du pays était instable, mais à quel prix les vendre ? Donc nous ne vendons rien.
 
Comme il s’agit de produits nationaux, nous devons afficher les prix en pesos [contrairement à d’autres magasins, notamment ceux d’électroménagers, qui vendent des produits importés et peuvent par conséquent afficher les prix en dollars]. Et même si l’on voulait calculer les prix à afficher en se référant à la valeur du bien en dollars, c’est un vrai casse-tête, puisqu’il y a trois taux appliqués. Par exemple actuellement, le dernier taux officiel est de 8 pesos pour un dollar, mais si vous achetez sur Internet la somme est majoré de 35%, donc 1 dollar vaudra 10.8 pesos, tandis que sur le marché noir, un dollars vaut 12 pesos, c’est ce que l’on appelle le "le dollar bleu".
 
Les motos vendues par l'entreprise familiale d'Erika. Aucun prix n'est affiché depuis le 24 janvier.
 
"Les gens se contentent pour le moment d’acheter les produits de première nécessité"
 
Quand les clients arrivent, nous leur disons tout simplement "désolé, mais nous ne vendons pas parce que nous n’avons pas les prix", et ils se montrent compréhensifs. Ces derniers se font de plus en plus rares depuis l’annonce de la dévaluation, car les gens se contentent pour le moment d’acheter les produits de première nécessité. Dans notre cas, nous avons aussi un garage de réparation de motos, c’est ce qui fait que nous continuons à ouvrir la boutique. Mais il y en a autour de nous qui ont tout simplement baissé le rideau et prétendent être en vacances en attendant que l’orage passe.
 
Dans ma société, les conséquences se feront surtout sentir à la fin du mois. Ici ce sont les syndicats qui fixent les salaires, et avec la dévaluation, ils vont demander une hausse des revenus, ce qui nourrira davantage l’inflation.
 
Ma famille et moi avons de la chance car nous appartenons à la classe moyenne supérieure, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. La situation est de plus en plus difficile, surtout pour les jeunes. Et le fait que ce soit cyclique nous désespère davantage.
 
Cet article a été rédigé par Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.


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