Genève-2 : trois activistes syriens réagissent

Capture d'écran d'une vidéo postée par le comité local de Daraya. 
 
La deuxième conférence de paix s'est ouverte mercredi à Genève entre le régime et l’opposition syrienne représentée par la Coalition nationale syrienne (CNS). Trois activistes syriens, de Derra, Damas et de la région d’Alep, donnent leur avis et le sentiment de la population dans les zones où ils sont présents.

"Notre priorité est d'améliorer nos conditions de vie ou de survie"

Omar al-Hariri, activiste et correspondant du média d'opposition Sham News Network (SNN) à Deraa.
 
Les habitants de la région de Deraa, comme tous les Syriens, attendent des améliorations dans leur quotidien qui est de plus en plus difficile maintenant que la guerre dure depuis plus de deux ans et qu’on approche de la troisième date anniversaire du soulèvement populaire.
 
Il faut savoir que les campagnes militaires du régime syrien se sont accentuées dans la période qui a suivi la première conférence de Genève et cela s'est reproduit jusqu'à cette deuxième conférence. Aujourd'hui dans la majorité des zones de combat le régime a réussi à imposer des cessez-le-feu ou au moins à stabiliser les fronts.
 
Aujourd’hui les activistes [opposants] comme les habitants des zones dites rebelles ont vu leurs "ambitions" à la baisse. Ce qui veut dire qu’on attend des choses concrètes de cette conférence, notre priorité est d'améliorer nos conditions de vie ou de survie. On veut un cessez-le-feu durable et la fin des bombardements et du blocus que subissent plusieurs régions depuis plus d’un an. D’un autre côté les plus optimistes parmi nous pensent que cette conférence est une occasion pour qu’on mesure encore une fois le sérieux de la communauté internationale à mettre un terme à nos souffrances en imposant le départ de Bachar al-Assad et de son régime.
 
Mais concrètement la majorité des gens ici à Deraa n’ont aucune confiance ni en la communauté internationale ni en Assad. Tout le monde pense que les décisions qui émaneront de cette conférence ne seront pas mises en œuvre par le régime. Tout le monde avait attendu et espéré la libération des prisonniers et un cessez-le-feu après la première conférence de Genève, pourtant la guerre continue de plus belle.
 
Les gens espèrent toujours un changement de régime, ou du moins l’instauration d’un gouvernement de transition sans Assad, mais l’arrêt des combats et la libération des prisonniers seront un premier pas qui soulagera tout le monde.
 

"Presque personne à Daraya ne suit cette conférence"

Arkan Dirani, activiste indépendant de Daraya dans la banlieue de Damas.
 
Je vous dis franchement, presque personne à Daraya ne suit cette conférence. On n’a ni électricité, ni télévision qui marchent dans la majeure partie de Daraya, mais dans les quartiers les mieux lotis les gens suivent par curiosité surtout que les télévisions officielles et celles qui sont proches du régime diffusent la conférence en direct.
 
Les Syriens, opposants comme loyalistes, espèrent que cette conférence sera bénéfique pour eux. Malgré tout cette conférence, du moins à Daraya, suscite une sorte d’espoir. Peut-être cela est dû à l’arrêt des opérations militaires dans la zone, mais tout le monde ici est conscient que les bombardements peuvent reprendre à tout moment.
 
Il est vrai que les gens se contenteraient de peu aujourd’hui, mais la volonté de voir ce régime partir est toujours aussi vive.
 

"On voit bien qu’Assad a réussi à faire accepter l’idée qu’il est en guerre contre le terrorisme"

Mohammed, activiste proche des mouvances djihadistes de la région d’Alep et notamment de l'Etat islamique en Irak et au Levant et du Front al-Nosra.
 
Cette conférence redore le blason du régime syrien qui redevient à travers sa participation un interlocuteur fiable aux yeux de la communauté internationale.
 
On voit bien qu’Assad a réussi à faire accepter l’idée qu’il est en guerre contre le terrorisme. Les services occidentaux essayent de renouer avec ses services, le discours de son ambassadeur à l’ONU est de nouveau audible dans les chancelleries qui exigeaient son départ il y a encore quelques mois !
 
D’ailleurs Ahmad el-Jarba [ président de la Coalition nationale syrienne (CNS)] a lui-même dit lors de son discours à Genève qu’il avait reçu une aide occidentale pour combattre les factions djihadistes [les combats que livrent des factions rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) et certaines factions islamistes contre l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL)] dans le nord syrien. Aujourd’hui c’est ce qui importe à la communauté internationale, les réformes, le changement de régime et la liberté des Syriens et toutes les idées qui ont animé la révolution passent au second plan…
 

Billet écrit avec la collaboration de Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à France24. 

Commentaires

Je trouve troublant qu'un

Je trouve troublant qu'un activiste proche des mouvances djihadistes ait une analyse aussi complète de la situation avec un vocabulaire aussi journalistique, le dernier en particulier m'a l'air fabriqué de toutes pièces.



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