Les jeunes des favelas 'indésirables' dans les centres commerciaux huppés

Capture d'écran de "rolezinho" dans le centre commercial Metrô Itaquera, à Sao Paulo. Vidéo postée sur la page Facebook de Partiu, Rolezinho no shopping.
 
Au Brésil, la polémique enfle sur les "rolezinhos", ces rendez-vous que les jeunes des quartiers pauvres se donnent via les réseaux sociaux pour une virée dans les centres commerciaux, et qui se terminent régulièrement par l’intervention de la police. Dimanche, pour empêcher un tel rassemblement, un célèbre centre commercial de Rio de Janeiro est resté portes closes, provoquant la grogne d’un groupe de manifestants qui a crié à la discrimination.
 
Tout a commencé le 7 décembre, quand des centaines de jeunes de la périphérie de Sao Paulo, la capitale économique brésilienne, se sont rassemblés via Facebook dans l'un des grands centres commerciaux de la ville pour faire un "rolezinho", autrement dit faire du lèche-vitrine et entonner des airs de rap ou de funk. Une présence qui a suffi à déclencher un vent de panique parmi les chalands et conduit les commerçants à appeler la police par crainte d’éventuels débordements. Le 4 janvier, une réunion du même type dans le Shopping Metrô Tucuruvi, dans le nord de Sao Paulo, a provoqué la fermeture des portes avec trois heures d'avance. Puis, le 11 janvier, dans un autre centre commercial de Sao Paulo, la police s'est servi de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc pour mettre fin à un rolezinho.
 
"Rolezinho" dans le centre commercial Metrô Itaquera, à Sao Paulo. Vidéo postée sur la page Facebook de Partiu, Rolezinho no shopping.
 
Depuis, les "rolezinhos" essaiment partout dans le pays et les participants ont déjà prévu au moins une dizaine de manifestations dans les prochains jours, dans plusieurs établissements à Sao Paulo et à Rio. La page Facebook  "Partiu, rolezinho no shopping", compte déjà plus de 9 000 fans.
 
Un phénomène qui préoccupe la classe politique brésilienne, à quelques mois de la Coupe du monde de football, du 12 juin au 13 juillet. La présidente Dilma Rousseff craint en effet que les rolezinhos débouchent sur une nouvelle vague de manifestations, comme celles qui avaient touché le pays en juin dernier.
 
"Stop à l'Apartheid", dit cette pancarte. Photo prise dimanche par notre Observateur Cris Fagundes devant le centre commercial Leblon, à Rio de Janeiro.
 
Photo prise dimanche par notre Observateur Cris Fagundes devant le centre commercial Leblon, à Rio de Janeiro. 
 
Contributeurs

"Ceux qui participent aux "rolezinhos" sont perçus comme une horde de barbares"

Pedro Mendes fait partie du collectif Das Lutas, qui lutte contre toute forme de discrimination. Il a participé au sit-in de dimanche et vit à Rio de Janeiro.
 
Le phénomène des "rolezinhos" a commencé à Sao Paulo et commence à faire boule de neige dans d’autres villes du Brésil. Dimanche, des centaines de jeunes Cariocas [habitants de Rio, ndlr] avaient prévu de faire irruption dans le centre commercial de Leblon, un quartier chic de Rio de Janeiro, pour rendre hommage aux jeunes de Sao Paulo qui, quelques semaines plus tôt, s’étaient fait chasser par la police. Le message appelant au rassemblement a été posté sur Facebook et n’a pas échappé à la direction du centre commercial qui, par peur que la situation ne dégénère, a décidé de ne pas ouvrir ce jour-là. Pourtant, ces jeunes n’ont rien à se reprocher, ils ne volent pas, ne dégradent pas les lieux… "Nous fermons pour protéger notre clientèle", pouvait-on lire sur une affichette placardée sur la porte d’entrée du centre. Comme si une horde de barbares se préparait à commettre une attaque. Pourtant, jusqu’à aujourd’hui, aucun débordement n’est à déplorer [Géraldo Alckmin, le gouverneur de Sao Paulo a récemment déclaré que la police ne devait agir qu’en cas de vol ou d’agression et que les "rolezinhos" étaient une activité culturelle comme une autre, ndlr.]
 
Affichette placardée par la direction du centre commercial Leblon de Rio de Janeiro.
 
Pour protester contre cette mesure et contre la peur injustifiée que provoquent les "rolezinhos" chez une partie de la population, un sit-in a été organisé spontanément devant le centre de Leblon dimanche. Nous n’étions pas nombreux, une cinquantaine mais nous nous sommes quand même fait entendre.
 
Les "rolezinhos" sont le fait d’adolescents pauvres, en général noirs, qui souhaitent tout simplement faire comme les riches ou la classe moyenne : consommer une glace, aller au cinéma… Ils déambulent dans les magasins en chantant ou en écoutant de la musique. Ce qui provoque la réaction outrée des commerçants et des clients. Cela montre deux choses : le racisme latent et institutionnalisé de la population brésilienne et le fossé qui ne fait se que se creuser entre les différentes classes sociales.
 
Billet écrit avec la collaboration de Grégoire Remund (@gregoireremund), journaliste à France 24.

Commentaires

Yoh Laisse la Jeunnesse vivre librement C tout...

Yoh Laisse La jeunesse vivre Libre c'est lui demain ...



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