Vie privée des politiques : comment ça se passe dans le reste du monde ?

"No picture please", photo publiée par wolfgangfoto sur Flickr.
 
La révélation faite par un tabloïd français sur une supposée liaison entre le président François Hollande et une comédienne française fait la une des médias de l’Hexagone depuis plusieurs jours. Comment ce déballage médiatique est perçu à l’étranger. Du Maroc à la Chine, nos Observateurs nous expliquent où se situe, chez eux, la frontière entre vie privée et vie publique des politiques.

ITALIE :"C’est un non-événement"

Au pays du "Cavaliere", où Berlusconi a plus d’une fois défrayé la chronique avec ses aventures extraconjugales, Alberto Celani, journaliste à Milan, ne voit aucune raison à l’engouement de la presse française pour cette affaire :
 
Cette histoire est passée quasiment inaperçue en Italie. Les journaux n’ont pas vu d’intérêt particulier à en parler. Pour eux, c’est une histoire de tromperie comme il y en a tous les jours, partout dans le monde. C’est incomparable avec l’affaire Dominique Strauss-Kahn, où il s’agissait d’une accusation de viol avec en plus des conséquences sur l’éventuelle candidature de DSK à l’élection présidentielle. Mais tant qu’il n’y a pas eu violence et que cela n’a aucune conséquence sur la vie politique du pays, cela reste quelque chose de strictement personnel pour les Italiens. Que des tabloïds s’intéressent à cela est normal, mais que les médias sérieux s’y mettent aussi, j’ai du mal à comprendre.
 
D’un autre côté, je pense que les Italiens savourent une petite revanche. Pendant des années, les frasques de Berlusconi ont fait la une des journaux en Europe. Maintenant, les Italiens peuvent dire "Vous voyez, ça n’arrive pas que chez nous !" Cette situation peut exister partout.
 

MAROC :"Ici, pas de vie privée…sauf pour le Roi !"

Lahsen el Bouhali est anthropologue et ingénieur en informatique. Il était dans la rédaction d’un journal lorsque l’information est sortie.
 
Il y a deux niveaux de vie publique au Maroc : celle du roi et celles des autres hauts fonctionnaires de l’État. On sait beaucoup de choses sur la vie privée du roi, mais c’est le résultat de la communication venant du Palais. Tout est étudié, même quand il s’agit soi-disant d’une fuite, comme ce fut le cas avec la photo du roi en tenue très "décontractée" et en chemise multicolore.Mais il est hors de question pour un journaliste de fouiner dans sa vie privée sans autorisation. Cela fait partie des lignes rouges ici.
 
Le reste de la classe politique en revanche ne bénéficie pas du tout de cette immunité. Des affaires de mœurs touchant un parlementaire ou un ministre peuvent tout à fait être rendues publiques. De ce point de vue, le fait que des journalistes aient révélé cette affaire ne choque pas les Marocains. Les journalistes ici considèrent qu’à partir du moment où un personnage a choisi d’être public, la frontière de la vie privée est abolie. C’est un prix à payer en quelque sorte.
 
D’ailleurs, quand des articles de ce genre sont publiés, les politiques ne contestent pas l’intrusion dans la vie privée mais essayent de démontrer que c’est faux. Par ailleurs, on considère ici qu’un responsable politique doit montrer l’exemple à la population. Du coup, la moindre affaire est montée en épingle et la presse est impitoyable.

SENEGAL :"La rumeur court mais pas toujours dans la presse !"

Cheikh Sidiya Diop est un activiste politique et blogueur sénégalais.
 
Au Sénégal, on considère que les personnages publics n’ont plus vraiment droit à la vie privée. On pense qu’il est du droit des journalistes de chercher à en savoir le maximum sur un homme politique donc il revient à ce dernier d’être discret. Je pense que le président Hollande aurait dû se montrer plus prudent, après tout, il véhicule l’image de la France.
 
D’un point de vue moral, la relation elle-même – si elle est avérée ne choque pas les Sénégalais, car la polygamie existe chez nous. Mais culturellement, il y a des tabous dont on ne parlera jamais publiquement. Des rumeurs sur la vie sexuelle d’hommes puissants peuvent courir au Sénégal parmi la population mais ne seront pas relayées par la presse. La ligne rouge chez nous, c’est ce que la morale considère comme indécent.

CHINE :"Le scandale sexuel, une arme entre les mains du pouvoir"

Lu Haitao est un de nos Observateurs à Shanghaï.
 
Même s’il s’agit de sa vie privée qui n’a rien à voir avec sa fonction politique, d’une manière ou d’une autre, cela peut avoir des conséquences sur l’image qu’a de lui l’opinion publique. Les personnalités politiques doivent accepter cette surveillance permanente.
 
En Chine, il y a eu plusieurs scandales sexuels liés à des dirigeants politiques. L’opinion publique se montre alors très curieuse, car la vie de la classe politique est tellement opaque que les gens cherchent à connaître les moindres détails. Et les vidéos se répandent sur les réseaux sociaux comme une traînée de poudre.
Mais ces scandales sexuels sont parfois manipulés pour salir l’image de certains opposants ou régler des comptes en interne. Ce fut le cas notamment de Bo Xilai [homme politique chinois, ancien membre du Comité central du Parti communiste chinois, ndlr] ou de l’ancien ministre Liu Zhijun. En plus d’accusations de corruption, tous deux ont été accusés d’avoir eu des relations sexuelles inappropriées.
 


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