Une "chasse aux sorciers" dégénère au Cameroun

Des habitants du quartier Tolè, à Buéa, au Cameroun, brûlent des fétiches. Photo amateur récupérée par Mathias Mouendé Ngamo
 
Des maisons saccagées à coups de haches, des voitures brûlées et un quartier sous tension… La ville de Buéa, capitale du sud-ouest du Cameroun, est le théâtre d’actes de vandalisme depuis samedi 4 janvier. La raison : la présence présumée de "sorciers" accusés d’être à l’origine de plusieurs décès.
 
Dans cette ville de moins de 50 000 âmes, située à 80 kilomètres de Douala, les violences ont commencé dans la nuit du 3 au 4 janvier, quand des habitants ont incendié plusieurs boutiques et maisons du quartier Tolé, dans le sud de la ville.
Contributeurs

"La colère des habitants est fondée sur des informations non vérifiées"

Mathias Mouendé Ngamo, bloggeur originaire de Douala et reporter pour le quotidien "Le Jour" est arrivé sur place au lendemain du déclenchement des violences.
 
Seize maisons et dix boutiques avaient été complètement saccagées. Il y avait également des carcasses de voitures calcinées sur les routes. En discutant avec des habitants, j’ai pu me procurer quelques photos amateurs de cette nuit de violences. On y voit près d’une centaine d’habitants en furie brûler des objets sous les yeux des policiers, des gendarmes et du sous-préfet, qui ont été dépassés par ce qu’il se passait.
 
Les gens m’ont expliqué que parmi ces objets récupérés dans les maisons il y avait des écorces d’arbres, des serviettes hygiéniques emballées dans des plastiques, un miroir 'avec des insignes bizarres', et d’autres fétiches qui, pour eux, s’apparentaient à des preuves de sorcellerie.
 
Chasse aux sorciers à Buéa
Chasse aux sorciers à BuéaMathias Mouendé Ngamo / Le Jour
Arrivé sur les lieux après les faits, Mathias Ngamo constate que des véhicules et batiments ont été détruits.
Chasse aux sorciers à Buéa
Chasse aux sorciers à BuéaMathias Mouendé Ngamo / Le Jour
Des présumés fétiches ont été brûlés dans le quartier.
Chasse aux sorciers à Buéa
Chasse aux sorciers à BuéaMathias Mouendé Ngamo / Le Jour
Une vingtaine d'habitations de présumés membre d'une secte ont été détruites.
Chasse aux sorciers à Buéa
Chasse aux sorciers à BuéaMathias Mouendé Ngamo / Le Jour
Selon le sous-préfet, une dizaine de familles du quartier ont porté plainte pour vandalisme.
Chasse aux sorciers à Buéa
Chasse aux sorciers à BuéaMathias Mouendé Ngamo / Le Jour
Des images amateur récupérées par Mathias montre la colère des habitants du quartier. Photo prise le 4 janvier.
Chasse aux sorciers à Buéa
Chasse aux sorciers à BuéaMathias Mouendé Ngamo / Le Jour
Des marchandises appartenant à un riche commerçant d'origine nigériane ont été détruites.
     
    Les émeutiers accusent certains habitants du quartier Tolè d’avoir empoisonné une adolescente avec un breuvage de sorcier le soir du nouvel an [Des sources médicales affirment que la jeune fille de 16 ans est décédée après la prise d’un produit chimique destiné à l’avortement, NDLR]. La veille de sa mort, un habitant avait déclaré en public dans les rues de Buéa que des habitants du quartier Tolè faisaient partie d’une secte qui pratiquait des sacrifices humains. Il n’en a pas fallu plus pour que ces gens s’en prennent aux membres présumés de cette secte. Mais grâce à l’intervention des forces de l’ordre, personne n’a été tué ou blessé.
     
    La colère des habitants est fondée sur des informations non vérifiées. On ne connaît absolument rien de cette prétendue secte. Par ailleurs, parmi les personnes dont les maisons ont été incendiées, il y a notamment un riche Nigérian qui a fait fortune dans le commerce de bananes. Il n’est donc pas à exclure que de simples jalousies soient à l’origine de ces violences.
     
    Contacté par FRANCE 24, le sous-préfet de Buéa, Paul Ouakam, regrette que "des rumeurs infondées soient à l’origine du déplacement d’une dizaine de familles qui ne peuvent aujourd’hui plus retourner dans leur domicile". Il annonce que ces dernières ont porté plainte pour acte de vandalisme et qu’une enquête judiciaire a été ouverte. Selon lui, la ville est relativement calme mais "certains jeunes désœuvrés du quartier ont essayé jeudi encore de s’en prendre à d’autres maisons du quartier".
     
    De son côté, le maire de Buéa, Patrick Ekema, explique qu’un poste de police supplémentaire a été installé dans un village proche du quartier Tolé. Il invite la population à rester calme et souhaite organiser prochainement une réunion de crise.
     
    En novembre dernier, une autre rumeur sur la disparition d’une étudiante dans un hôtel avait provoqué la colère des habitants de Buéa. Sur les réseaux sociaux, certains soutenaient que la jeune femme avait été avalée par un homme avec qui elle avait rendez-vous dans un hôtel et qui s’était transformé en python. Des habitants avaient donc tenté de prendre d’assaut le bâtiment pour lyncher le "sorcier". Pour prouver que rien de tel n’avait eu lieu, les responsables de l’hôtel avaient dû faire visiter l’intégralité des chambres aux journalistes locaux.
     
    Le 9 novembre, plusieurs centaines de personnes s'étaient rassemblées devant un hotel de Buéa croyant à la présence d'un sorcier "homme-python". Photo @mambenandje.

    "Le problème c’est que les sites camerounais relaient ces rumeurs de sorcellerie"

    Selon plusieurs bloggeurs locaux, beaucoup de Camerounais croient à la sorcellerie appelée "Mboma", qui consisterait à se nourrir d’humains pour se renforcer physiquement. Selon cette croyance, le sorcier prendrait une forme animale, souvent un serpent, au moment du sacrifice.
     
    Pour Matthias Mouendé, la responsabilité se situe à un autre niveau :
     
    Sur place, les gens font le lien entre les deux "événements". Certains montrent encore des photos où l’on voit une femme engloutie par un serpent en la prenant comme preuve de ce qu'il s’est passé en novembre. Le problème, c’est que ces photos et informations ont été reprises par des sites camerounais, francophones et anglophones, sans aucun conditionnel, comme si c’était vrai. Cela a renforcé la désinformation. Pourtant, une simple recherche sur Google permettait de voir que ces photos n’avaient rien à voir avec la ville de Buéa.

    Commentaires

    sorciers

    Les africains ont toujours eu une peur des sorciers pour ce qui concerne le pouvoir de donner la mort,sachant que l' ont ne peut créer une mort par la sorcellerie, ce n' ait que de la peur infondée.
    On peut savoir et prévoir une mort par maladie où d' autres formes de celle-ci que par de la voyance.



    Fermer