Pas facile d’être une bodybuildeuse en Iran

Une bodybuildeuse iranienne.
  
Parce qu’elles doivent porter le voile, les athlètes iraniennes ne peuvent pas prendre part à la plupart des compétitions sportives internationales et doivent se contenter de compétitions nationales. Et pour certains sports, comme le culturisme, les compétitions féminines sont tout simplement interdites.
 
En Iran, les femmes ont le droit de se rendre dans des salles de sport, tant qu’elles ne sont pas mixtes. Selon notre Observatrice, la plupart de ces salles offrent aujourd’hui des cours de culturisme, où l’on peut même acheter des traitements aux hormones et des compléments alimentaires pour se muscler plus rapidement.
Contributeurs

"Des gens dans la rue ou même parfois mes amis se moquent de moi"

Soubadeh Sabour est entraîneur de culturisme à Téhéran.
 
Pendant longtemps, les femmes iraniennes n’étaient pas vraiment intéressées par le culturisme. Cela tenait surtout à la tenue islamique. Quand on porte cette tenue, on ne s’inquiète pas trop de ce à quoi ressemble son corps. Cependant, surtout à cause des chaînes étrangères que l’on capte aujourd’hui par satellite, les mentalités ont changé. Maintenant, les femmes iraniennes veulent avoir des corps plus athlétiques. En plus, ces dernières années, le culturisme est devenu très populaire pour les hommes ; de nombreux culturistes iraniens ont même remporté des prix à l’étranger. Et il y a des Iraniennes expatriées qui ont une certaine renommée dans ce domaine.
 
Une bodybuildeuse dans une salle de sport de Téhéran.
 
Mais ici, en Iran, en ce qui concerne les femmes, le sport commence tout juste à connaître un essor. Il y a plusieurs obstacles à surmonter. Tout d’abord, dans la société iranienne, ce n’est pas bien vu pour une femme d’avoir un corps visiblement musclé. Moi-même, je n’ai pas du tout d’aussi gros muscles que les championnes d’autres pays, il reste assez féminin. Et pourtant, des gens dans la rue ou même parfois mes amis se moquent de moi. Souvent, mes élèves me disent qu’elles ne veulent pas me ressembler, qu’elles ne veulent pas d’épaules carrées, ni de muscles des mollets trop visibles. Elles ont peur du regard de la société. En tout, j’ai environ 150 élèves, mais seulement cinq ou six d’entre elles souhaitent vraiment avoir un corps de culturiste professionnelle. La plupart d'entre elles veulent juste un peu de muscle.
 
La bodybuildeuse iranienne Mona Poursaleuh vit aux États Unis.

"Les gérants de salles de sport n’organisent pas de compétitions, car ils ont trop peur d’avoir des problèmes"

Il y a aussi le problème de l’entraînement. Il y a très peu de bons entraîneurs femmes. La plupart des entraîneurs ont peu de diplômes, et ne sont pas à la page. J’ai vu beaucoup de gens se blesser à cause de mauvais conseils.
 
Et enfin, nous ne pouvons par participer à des compétitions, même pas entre femmes. Nous devons donc nous contenter des compliments des autres femmes dans nos salles de sport. J’ai moi-même demandé à la fédération nationale de culturisme [pour les hommes, NDLR] l’autorisation d’organiser une compétition, mais ma demande a été rejetée. Que je sache, il n’existe pas de compétitions 'underground', car les gérants de salles de sport ont trop peur d’avoir des problèmes. [Il existe cependant des compétitions informelles sur les réseaux sociaux, pour lesquelles les femmes envoient des photos d’elles, NDLR.] J’espère que nous aurons un jour le droit d’organiser des réelles compétitions. Dans le cas contraire j’ai peur qu’il n’y ait pas de futur pour ce sport en Iran.
  
La bodybuildeuse
iranienne shiva Bagheri vit aux États-Unis.
 
La bodybuildeuse iranienne Mercedes Khani vit aux États-Unis.

Article écrit avec la collaboration de Ershad Alijani, journaliste pour les Observateurs. (@ErshadAlijani).

Commentaires

Culturisme Féminin en Iran

Bonjour,

Un grand merci pour cet article qui me touche beaucoup, et d'énormes encouragements, toute mon admiration, et mon soutien à Soubadeh Sabour, et les autres culturistes iraniennes.
Un grand BRAVO.

Cordialement
Thierry

http://femme-culturiste.blogspot.fr/

Article innocent?

Encore un article innocent! Tiens donc, ça fait longtemps que France 24 ne nous parle pas de conditions des femmes en Arabie Saoudite, au Qatar, etc. En réponse à cet énième article de propagande anti-iranienne (l'idée est de faire passer l' Iran comme un pays où la condition des femmes serait la plus effroyable) que les femmes iraniennes ont droit de conduire, de se présenter aux élections. Par ailleurs, la majorité des étudiants à l'université sont des étudiantes! Les femmes iraniennes sont avocates, médecins, dentistes, mathématiciennes, informaticiennes, journalistes,... Que peut-on dire alors de leurs voisines dans les royaumes wahhabites aux alentours?

Et alors, quel rapport ? je

Et alors, quel rapport ? je ne pense pas que l'article cherche a comparer... il fait simplement un constat.

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Femmes et culturisme

Ce que dit M. RANDO est vrai. La situation des femmes en Iran est bien supérieure à celle des femmes en Arabie Saoudite et de bien d'autres femmes en pays musulmans. Les points signalés par lui sont vrais. J'ai eu l'occasion de le constater durant un récent séjour en Iran.

Il n'en reste pas moins que les restrictions qui leur sont imposées, dans le comportement comme dans la vie sociale et la tenue vestimentaire, ne sont pas correctes; mais ici encore il y a pire en Arabie et dans d'autres pays musulmans.

Prof. Samir Khalil Samir



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