Les détenus d’une prison française font leur show sur YouTube

 
Des détenus de la prison de Montmédy, dans la Meuse, font parler d’eux depuis qu’ils ont posté sur les réseaux sociaux des vidéos où on les voit notamment danser le "Harlem Shake" dans les couloirs de l’établissement.
 
C’est le journal l’Est Républicain qui, le premier, a repéré les deux vidéos postées sur YouTube par ce groupe de détenus, qui se fait appeler "Ganster d-ter".
 
Intitulée "Un gangster d-ter chez les maton", la première vidéo, de près de deux minutes, a été mise en ligne le 16 novembre. Elle montre un détenu, "Krimo", grimé en surveillant de prison. Arborant une polaire du centre administratif pénitentiaire avec un écusson sur la poitrine, il est vraisemblablement en train de fumer un joint – à en croire la conversation avec le détenu qui filme à l’aide d’un téléphone portable. Le détenu dévoile en outre un tee-shirt sous sa polaire frappé du sigle "GDT" (Gangster d-ter).  On trouve les tee-shirt de ce collectif de détenus rappeurs en vente sur Ebay et il dispose d’un page Facebook, qui compte plus d’un millier de fans.
 
 
Dans la deuxième vidéo, postée le 21 novembre et intitulée "Harlem Shake Gangster d-ter derrière les barreaux en soutien à Marlo et Rifin67", des détenus cagoulés exécutent la danse du Harlem Shake dans un couloir de la prison.
 
 
Ces vidéos ont été largement relayées sur les réseaux sociaux et ont suscité l’étonnement des internautes, d’autant que les téléphones portables sont formellement interdits dans le prisons. L’administration du centre de détention a annoncé l’ouverture d’une enquête.
Contributeurs

"Il est très facile pour les détenus de faire enter des téléphones portables"

Contacté par France 24, un représentant du syndicat de gardiens de prisons Ufap-Unsa dans le grand Est, nous a fait part de sa consternation.
  
Nous sommes choqués par le contenu de ces vidéos, surtout celle montrant un détenu avec une veste de surveillant, cela porte un coup à l’autorité du personnel de l’administration pénitentiaire et donne une très mauvaise image de la prison de Montmédy. Cependant, cet incident ne m’étonne pas outre mesure car notre système carcéral ne fonctionne pas et a besoin d’être réformé. Le fonctionnement de l’administration fait que les meneurs peuvent se promener dans les couloirs comme bon leur semble tandis que ceux qui sont victimes de rackets ou de violences sont enfermés dans leurs cellules. C’est l’inverse qui devrait se produire [à la prison de Montmédy, les cellules sont ouvertes pendant la journée].
 
Il est par ailleurs très facile pour les détenus de faire enter des téléphones portables ou tout autre objet, car les parloirs ne sont pas dotés d’un dispositif de séparation et, depuis 2009, la loi interdit les fouilles systématiques sur les détenus après les parloirs.
 
  
 

"Les surveillants laissent faire, ça maintient la paix dans les prisons"

Karim Bellazaar est le cofondateur de Iscreen, une société de production travaillant en banlieue parisienne. En 2007, il avait fourni à FRANCE 24 des images tournée clandestinement par des détenus de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis.
  
Le fait que des détenus puissent sortir des vidéos d’une prison en France, cela n’a rien de nouveau. Depuis environ trois ans, il est devenu facile pour des prisonniers de se procurer des téléphones portables, même équipés d’une connexion Internet. Le personnel de l’administration laisse faire car cela permet de maintenir une certaine paix dans les prisons, les détenus sont plus détendus quand ils ont la possibilité de communiquer avec leurs amis et leur famille.
 
Les autorités ont une attitude hypocrite vis-à-vis de cette pratique, et la police judicaire notamment peut en tirer profit pour une enquête : par exemple, localiser des suspects qui serait en contact avec des prisonniers, intercepter des échanges téléphoniques, des textos, etc. 
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Djamel Belayachi (@DjamelBelayachi), journaliste à France 24.
 


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