"Dans le sud libyen, voilà ce qu’un enfant dessine lorsqu’on lui tend un crayon"

Dessin d'un enfant du camp Akambo en Libye. Photos Assan Midal.
 
Bénévole dans une association humanitaire qui vient en aide aux Touareg à Sebha, dans le sud de la Libye, notre Observateur a organisé une séance de dessin libre avec des enfants d’un campement. Le résultat témoigne de façon frappante des traumatismes de la guerre en Libye.
 
Sebha est une ville-oasis située à 660 km au sud de Tripoli, au milieu du désert libyque. Pendant la guerre en Libye, elle a été l’une des principales places fortes pro-Kadhafi jusqu’au 21 septembre 2011, date de la prise de la ville par les combattants révolutionnaires.
 
Depuis, Sebha est la cible d’attentats réguliers et un climat d’insécurité général, comme dans plusieurs villes de Libye, s’est installé. La ville fait également partie d’une zone considérée par les sources sécuritaires maliennes comme le nouveau sanctuaire des djihadistes ayant fui le nord du Mali. Depuis le renversement de Mouammar Kadhafi en 2011, le sud libyen a par ailleurs servi à écouler les armes et les munitions pillées dans les arsenaux de l'armée libyenne au bénéfice des groupes insurgés du Sahara, islamistes ou séparatistes touareg.
Contributeurs

"Pour eux, ces dessins correspondent à une situation normale"

Assan Midal est guide touristique et bénévole dans plusieurs associations qui viennent en aide aux Touareg, parmi lesquelles "Toumast" [qui signifie "identité touareg"]. Reconnue par l’État libyen, elle propose notamment des activités pour les enfants touaregs du campement "Alkambo" de Sebha.
 
Ces enfants, qui sont âgés de 4 à 13 ans, je les connais depuis qu’ils sont nés et je les ai tous vus grandir. Beaucoup ne vont pas à l’école car leurs parents n’ont pas les moyens de leur payer une école privée, et les établissements publics sont bondés et réputés de moins bonne qualité. Souvent, c’est même les enfants qui refusent d’aller à l’école contre l’avis de leurs parents ! Ces dernières années, ils ont passé plus de temps dans le désert que sur les bancs d'école, et ne sont guère réceptifs à l’idée d’écouter un professeur toute une journée.
 
J’ai eu l’idée de proposer cet atelier dessin sur un thème totalement libre pour laisser s'exprimer leur créativité. Sur les treize enfants qui ont participé, quatre ont dessiné des chameaux et le désert. Les neuf autres ont dessiné des scènes de guerre ou des représentations de leur quotidien, où les armes et le sang sont omniprésents.
 
Un enfant dessine son campement avec des barrières. Au milieu, une Jeep avec une auto-mitrailleuse.
 
Sur ce dessin, l’enfant a dessiné un dépôt d’armes mitoyen au campement, qui a été détruit peu après la fin de la guerre en Libye, dispersant des obus. Selon notre Observateur, plusieurs enfants ont été blessés dans des explosions accidentelles d’obus.
 
C’était bouleversant de voir que sans aucune directive, ces enfants dessinent tous sur le même sujet. Quand je leur demandais pourquoi ils ont dessiné ça, ils me répondaient tous que "c’est la guerre, c’est cool, c’est ça qu’on aime dessiner". Pour eux, ces dessins correspondent à une situation normale.
 
Dans leur comportement, il y a un avant et un après le conflit. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux ne fait que parler de la guerre, des machines, des avions… Ils en savent déjà plus que les adultes en matière d’armes et certains savent déjà les manier. Dans le campement, il y a même un enfant de huit ans qui sait conduire un pick -up.
 
"Ils se sentent déjà l’âme de combattants… même si rien n’est immuable"
 
Plusieurs tribus Touareg sont installées à Sebha, l’une des dernières villes libyennes avant le désert. Pendant la guerre, beaucoup de Touareg avaient décidé de combattre comme mercenaires aux côtés de Kadhafi, d’autres ont préféré fuir vers le Niger.
 
Deux ans après la fin de la guerre civile libyenne, la ville de Sebha n’est pas totalement sûre. Beaucoup de gens sont armés, que ce soit les adultes ou les jeunes adolescents. À partir d’une certaine heure, il n’y a plus personne dans la rue. La communauté touareg dans son ensemble est très marquée par les attaques, à la fois des pro-Kadhafi, mais aussi des pro-révolutionnaires qui les accusaient tour à tour d’être dans un camp ou dans l’autre.
 
Lorsque je vois ces dessins, je suis inquiet pour ces enfants : ils se sentent libres depuis la fin de la guerre, mais c’est le désordre dans leur tête. Je ne vois pas d’avenir rassurant pour eux car ils se sentent déjà l’âme de combattant… même si rien n’est immuable, et qu’on peut encore essayer de les faire changer d’avis.
 
Dessins des enfants du camp "Akambo"
Dessins des enfants du camp "Akambo"Assan Midal
Les enfants dessinent principalement des véhicules armés. Ici, l'enfant a ajouté le drapeau Amazigh.
Dessins des enfants du camp "Akambo"
Dessins des enfants du camp "Akambo"Assan Midal
9 enfants sur 13 ont dessiné des scènes de guerre selon Assan Midal
Dessins des enfants du camp "Akambo"
Dessins des enfants du camp "Akambo"Assan Midal
Les enfants associent des scènes quotidiennes, comme ici sur un axe routier, à des scènes de guerre.
Dessins des enfants du camp "Akambo"
Dessins des enfants du camp "Akambo"Assan Midal
Même les motos les plus simples sont équipées d'armes.
Dessins des enfants du camp "Akambo"
Dessins des enfants du camp "Akambo"Assan Midal
Le rouge était ultra présent dans la plupart des dessins selon Assan Midal.
    Cet article a été écrit en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de France 24.
     
     

    Commentaires

    Rien de si grave

    Il ne faut pas confondre le jeu avec l'ideologie.
    Ici il ne s'agit plus d'une ecole qui enseigne ou encourage a la guerre ou a la criminalite'.mon enfance se concidait avec la 2eme rebellion du Niger on a beaucoup dessine',beaucoup joue' dans les vallees en portant des bois a la main en forme de kalachnikov mais cela n'a pas fait de moi un criminel ou un ambitieux de la guerre.
    Les jeux changent avec les evenements,une fois l'evenement est passe' on l'oubli et on travaille avec le nouveau parfois les courses de chameaux et parfois les differents jeux nationnaux connus au niger se font aussi au sein de la communaute' des enfants.merci

    Rien de si grave

    Je suis emu de voir en face tant des commentaires qui jugent cette atittude enfantine comme une ideologie qui prendra sans doute un ampleur. il ne s'agit pas d'une ecole qui apprend l'amour de la guerre mais juste des dessins utilise' a la place des jouets.
    Les enfants sont comme les journalistes ils s'interessent de qui fait l'actualite': lors de la guerre ils se mettent en groupes portant les signes d'antagonismes ils se battent,se capitulent,meurent(jeu) mais d'une maniere imaginaire.
    je me souviens bien dans les annees 94 au nord du niger nous etions des petits enfants nous nous divisions en de groupes qui representent les rebelles et les militaires qui se battaient a l'epoque,on dessinais aussi les differentes armes qu'on a vu avec les groupes qui ciculaient avec les armes.mais me voila' je ne suis ni criminel ni un fan d'arme.meme chose quand la lutte traditionnelle se fait au niger les petits enfants se regroupents pour former les meme groupes que les vrais lutteurs du pays.

    Une fois l'evenenment est passe' on l'oubli dans nos jeux.rien de grave.
    Le monde des enfants a ses evolutions,sa comprehension de la vie....
    je ne vois rien de grave sur ceux qui fait meme des enfants les enfants.

    merci.

    Malheureusement, il n'y a pas

    Malheureusement, il n'y a pas que dans le sud lybien. Sur les pages Facebook de beaucoup de jeunes adolescents du Moyen Orient, on ne trouve que des photos de mitraillettes. On les aime quand même, pace que c'est leur quotidien. Ils ne voient que ça autour d'eux. On les prend comme amis Facebook, pour essayer de leur montrer autre chose, et parce qu'ils ne sont pas très heureux, pour faire une communauté Facebook avec eux aussi, où il y a autre chose que la guerre, et où on puisse vivre ensemble. Le soir, on pense tous à ce qu'on a vu sur la page de l'autre. On pense à la même chose. On dit "Bonne nuit Hamza", et même parfois "S'il y a des gaz toxiques, surtout il faut que personne ne sorte de la maison, il faut que tout le monde reste enfermé". Voilà, c'est ça la communauté Facebook. J'espère que ça les rend plus heureux. Quels adultes feront ces enfants et adolescents, c'est la question que je me pose aussi. J'espère qu'ils trouveront la paix et le bonheur.

    Le grand mérite de l’éclosion

    Le grand mérite de l’éclosion de ces talents de futurs Picasso chez les enfants libyens qui ont survécu à leur Guernica, revient en premier lieu à un certain président français, le dénommé Nicolas Sarközy de Nagy-Bocsa de Bruni et son grand ami et conseiller le philosophe Bernard Henri Levy.

    La paix ou la guerre.

    que les dessins des enfants Libyens ne vous étonne pas,parce que ses la guerre qu'on plante dans leurs penser et ses la guerre qu'on va récolter ce n'est pas Libye seule je dirai-moi dans les penser de tout les enfants du monde.

    Heureusement que c'est

    Heureusement que c'est l'outil de propagande français qui publie le futur de la Libye........... Bienvenue dans la Libye démocratique et vive la France !!!

    Croisades.

    Le fait que de la mise à mort de Khadafi ne résulte pas un épanouissement politique de la Lybie montre toute l'arrogance démagogique de l'intervention en Lybie. Versons aussi une larme pour l'Irak et pour l'Afghanistan.

    A votre avis qui est fautife

    A votre avis qui est fautife dans tout ca?



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