Une rumeur à la radio déclenche une journée de violence à Conakry

Un adolescent de 15 ans a été tué lors d'affrontements entre manifestants et policiers, dimanche, dans le quartier Cosa à Conakry. Photo Mamadou Sadjo Bah.
 
Une rumeur d’enlèvement de journaliste s’est soldée dimanche par une dizaine de blessés et la mort d’un adolescent de 15 ans dans le quartier Cosa, dans l’ouest de Conakry. Le signe, selon nos Observateurs, que certains quartiers, sous haute tension pendant les élections législatives, sont toujours en ébullition.
 
C’est une tentative présumée d’enlèvement de Mandian Sidibé, directeur et animateur de Planète FM, une radio privée très critique vis-à-vis de la majorité présidentielle d’Alpha Condé, qui a mis le feu aux poudres. Selon le journaliste, des individus, initialement venus pour négocier un spot publicitaire, étaient en réalité armés et auraient tenté de le kidnapper. Immédiatement, le journaliste a fait appel sur les ondes aux auditeurs de Planète FM pour venir le protéger.
 
Les habitants de Bambeto acclament le directeur de la radio Planète FM. Photo Elhadj Mohamed Diallo avec l'aimable autorisation de Guinée7.com.

"On n’aurait jamais pensé que cet appel au secours déboucherait sur la mort d’un jeune de 15 ans "

Mamadou Sadjo Bah travaille pour une ONG à Conakry et habite dans le quartier Cosa. À l’appel du directeur de la radio, il a décidé de descendre dans la rue pour le soutenir.
 
Mandian Sidibé a appelé tous les habitants de l’axe Bambéto-Cosa [NDLR : des quartiers réputés pour être très proches de l’opposition] à venir à son secours. Il est crédible qu’il ait pu être mis en danger car il avait dénoncé des irrégularités dans le camp de la majorité présidentielle lors des élections législatives.
 
Au bout de 3 heures de rassemblement devant la radio, la situation a dégénéré, la police a chargé les manifestants qui ont répliqué par des jets de pierre [selon le gouvernement, "des jeunes ont érigé des barricades et se sont attaqués à des véhicules et à des passants" nécessitant l’intervention des forces de l’ordre]. Nous ne sommes pas sortis pour des revendications politiques, seulement pour protéger la radio des agresseurs. On n’aurait jamais pensé que cette manifestation déboucherait sur la mort d’un jeune de 15 ans [Le jeune a été tué par balle par la police, selon la famille. Les autorités évoquent, quant à elle, la mort d’un adolescent sans préciser les circonstances].
 
Ce que j’ai vu, c’est que les forces de police étaient prêtes à tout pour nous chasser de là, y compris à tirer sans sommation.
 
Depuis un mois, la vie politique guinéenne était suspendue à la décision de la Cour suprême chargée de valider les résultats d’élections législatives très contestées. Malgré les recours pour fraudes déposés par les deux camps, la Cour a confirmé vendredi la victoire du parti du président Alpha Condé, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) et de ses alliés. Et si les leaders de l’opposition ont immédiatement appelé au calme, des échauffourées ont eu lieu samedi pour dénoncer un "hold-up" électoral.
 

"Vu le contexte actuel, ce qu’a fait ce journaliste est irresponsable"

Elhadj Mohamed Diallo est l’auteur des photos.
 
Attiser les tensions comme l’a fait le directeur de cette radio dans le contexte actuel, c’est complètement irresponsable. Sur les photos, on le voit même au balcon de la radio en train de saluer la foule comme s’il était une rock star !
 
 

Mandian Sidibé au balcon de la radio salue la foule.
  
Ce journaliste n’en est pas à son premier coup : il avait déjà été condamné pour diffamation en juillet dernier. Ce qui est dommageable, c’est que même lorsque les responsables politiques essayent de contenir la colère du peuple, il y a toujours des individus qui trouvent le moyen pour faire déraper les choses. Et ce qui, à première vue, n’est pas politique, le devient.
 
 
 


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