Tensions électorales dans la ville "frondeuse" du Mozambique

 
Depuis plusieurs mois, le Mozambique est en proie à une série de violences politiques. Les dernières en date ont éclaté samedi en marge du scrutin municipal dans la ville de Beira, entre forces de l’ordre et sympathisants du maire sortant issu des rangs de l’opposition. Notre Observateur était sur place au moment des faits.
 
D’après Radio Mozambique, les échauffourées de Beira, le 16 novembre, ont fait au moins 46 blessés. Les heurts ont eu lieu deux jours avant la fin de la campagne électorale du scrutin programmé pour le 20 novembre. Beira, cité portuaire et capitale de la province de Sofala, est, après Maputo, la deuxième plus grande ville du pays. Ce qui en fait un territoire particulièrement convoité par les différents partis politiques.
 
Le maire de la ville, Daviz Simango, brigue un troisième mandat municipal sous la bannière du Mouvement démocratique du Mozambique (MDM), un parti né en 2009 de la scission avec la Renamo (Résistance nationale du Mozambique, opposition). Le MDM est aujourd’hui la troisième force politique du pays derrière le Frelimo (le parti au pouvoir qui contrôle le pays depuis l'indépendance acquise en 1975) et la Renamo, les deux grands partis rivaux qui se sont livrés à une guerre civile sans merci ayant fait un million de morts entre 1975 et 1992. 
 
La Renamo, faute d’un accord avec la commission électorale nationale, n’a pas pris part aux élections municipales.
 
Toutes les photos ont été prises par Miguel Mangueze du journal en ligne @Verdade.
 
Contributeurs

"Certains électeurs évoquent la possibilité de camper dans les bureaux de vote pour être sûrs de pouvoir voter le jour J"

Helder Shirangano Xavier est journaliste pour le site d’information A Verdade. Basé à Nampula, dans le nord du Mozambique, il a été envoyé à Beira pour couvrir les élections municipales.
 
Juste avant que la situation ne dégénère, j’étais en train de prendre des photos de la scène déployée devant la mairie de Beira et sur laquelle le maire, Daviz Simango (MDM), devait prononcer son dernier discours de campagne. Au moment où celui-ci a fait son apparition sur l’estrade, il y a eu une très forte détonation qui a provoqué une véritable panique générale. Les gens se sont mis à courir dans tous les sens, provoquant des bousculades.
 
C’est la Force d’intervention rapide (FIR), une unité d’élite de la police nationale, qui a ensuite mis le feu aux poudres. Les policiers étaient chargés d’escorter, à proximité du rassemblement MPM, un convoi Frelimo, le parti au pouvoir. Ils étaient très nerveux et ont commencé à arrêter les sympathisants de l’opposition qui se trouvaient sur leur passage, de peur qu’ils ne leur barrent la route. Ces interpellations ont provoqué la fureur de la population, qui a commencé à jeter des pierres sur les forces de l’ordre, lesquelles ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène mais aussi par des tirs à balle réelle. D’après une dame que j’ai interrogée, ces coups de feu auraient tué trois nourrissons qui se trouvaient sur le dos de leur mère au moment des échauffourées. Mais l’hôpital central de Beira affirme n’avoir relevé aucun décès de ce type ce jour-là.
 
 
Beira est connue pour être une ville frondeuse, c’est ici que l’opposition a l’habitude de faire ses meilleurs scores. Nulle part ailleurs au Mozambique, le Frelimo compte aussi peu de partisans. Les évènements de samedi ont des chances de se reproduire le jour du vote, le 20 novembre. La tension sera alors à son comble. Les partisans du MDM sont persuadés que les représentants du Frelimo vont faire en sorte que la situation explose ou trouver n’importe quelle excuse pour annuler le scrutin. Du coup, certains électeurs évoquent la possibilité de camper dans les bureaux de vote pour être sûrs de pouvoir voter le jour J.
 
Billet rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund (@gregoireremund), journaliste à France 24.


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