Testicules cloués, phallus géant… l’art russe choc pour être entendu

Piotr Pavlensky sur la Place Rouge. Capture d'écran d'une vidéo postée sur YouTube.
 
Un homme nu contemplant ses testicules cloués aux pavés de la Place Rouge pour protester contre le fatalisme de ses concitoyens. Voilà ce que les Moscovites ont pu observer pendant quelques minutes, dimanche 10 novembre. Dans une Russie où l’art contemporain est rarement politisé, ils sont ainsi une poignée d’artistes à miser sur la provoc’ pour se faire entendre.
 
Piotr Pavlensky voulait dénoncer l’apathie de la population russe face à ce qu’il qualifie d’État policier. "Souvent, les gens regardent quelque chose qui les prive de leur liberté et restent là sans rien faire", a expliqué l’artiste dans une interview accordée au journal russe "Metro". Alors il a planté un clou traversant son scrotum sur les pavés humides du Kremlin et est resté là quelques minutes, la tête basse, à contempler ses testicules, avant que des policiers ne le couvrent d’un drap et ne l’embarquent.
 
L’homme est coutumier des performances extrêmes. En mai dernier, il s’était enroulé, nu déjà, dans des barbelés, devant le Parlement de Saint-Pétersbourg, pour protester contre le système législatif de la ville qu’il jugeait oppressif. Un an plus tôt, en juillet 2012, ce militant, qui décidément ne manque pas de piquant, s’était cousu les lèvres en soutien aux Pussy Riot.
 
Capture d'écran d'une vidéo postée sur YouTube.
 
Si Piotr Pavlensky est l’un des rares, sinon le seul, à aller aussi loin, d’autres artistes russes misent comme lui sur la provocation pour diffuser leurs messages. C’est notamment le cas du collectif Voina ("guerre" en russe). En 2010, ses activistes ont dessiné sur un pont basculant un phallus géant qui se dressait face au siège du FSB (l’ex-KGB). L’œuvre a été récompensée du prix de l’innovation artistique, remis par le ministère de la Culture russe, et doté d’une somme de 400 000 roubles (10 000 euros). Les chanteuses des Pussy Riot n’ont pas eu cette chance. Leur "prière punk" sur l’estrade de l’autel de la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou appelant au départ de Vladimir Poutine, en février 2012, a valu à Maria Aliokhina, Nadejda Tolokonnikova et Ekaterina Samoutsevitch d’être condamnées à deux ans de camp. Une peine confirmée en appel pour les deux premières, tandis que la troisième a été libérée.
Contributeurs

"Si Pavlensky avait écrit sur son blog, il n’aurait été lu que par ses amis"

 
Artem Loskoutov, 27 ans, né à Novossibirsk, est un artiste russe. Il est l’inventeur des "Monstrations", des manifestations où les participants se déguisent et scandent des slogans absurdes. L’originalité de la démarche a rapidement provoqué l’intérêt des médias russes. 
 
En Russie, les contestataires ont du mal à se faire entendre. Les affiches, les pétitions, les manifestations ont très peu de retentissement. Quand il y a des manifestations en province, les médias moscovites ne s’y intéressent pas. Alors certains artistes réfléchissent à d’autres formes d’actions, comme Pavlensky ou comme nous, avec les 'Monstrations'.
 
Monstration le 1er mai 2013 à Novossibirsk. "Astérix, où es-tu ?", lit-on sur la pancarte. Photo : Anton Unitsyn.
 
Si Pavlensky avait écrit sur son blog, il n’aurait été lu que par ses amis, son message n’aurait pas été entendu. Alors que là, il a réussi à faire parler de lui pendant plus d’une journée, c’est incroyable !
 
"La plupart des artistes craignent la réaction imprévisible des autorités"
 
On ne peut pas dire que l’art contemporain en Russie soit politisé. L’art contemporain en Russie est surtout une industrie, une manière de gagner de l’argent. Il n’y a de place ni pour les actions, ni pour le discours politique. Je pense que la plupart des artistes craignent la réaction imprévisible des autorités. On ne sait pas exactement ce qu’on risque, c’est la loterie. Comme les Pussy Riot, on peut faire des actions sur la Place Rouge sans être punis et puis, la fois d’après, être condamnés à une peine de prison. Par ailleurs, ces performances ne sont pas du tout rémunératrices. Il n’existe aucun marché pour ça. C’est une activité très ingrate.
 
Pourtant, la Russie a vraiment besoin d'un art protestataire, parce qu'il existe dans ce pays plein de contradictions et de problèmes sociaux. Et depuis que la contestation russe est montée sur le devant de la scène avec les manifestations de 2011, il existe un véritable intérêt pour ces artistes qui prennent la parole pour s’exprimer sur les questions sociales. Ils suscitent l’attention et provoquent le débat.
 
 
La performance de Pavlensky a effectivement fait beaucoup réagir, notamment sur les réseaux sociaux où les internautes étaient partagés entre respect et moquerie. Présenté à un juge lundi 11 novembre, l’artiste a été remis en liberté.
 
 
Article écrit avec la collaboration de Polina Myakinchenko, journaliste, et de François-Damien Bourgery (@FDBourgery), journaliste à FRANCE 24. 

Commentaires

C'est ce qu'ils appellent

C'est ce qu'ils appellent "Art", quand c'est un noir qui le fait ça devient de la sauvagerie; Ce monde n'a pas finit de m' étonner.

reponse

Oui tout a fait raison ; si c etait un noir ; on aurai dire un fou ignorant ;;; mai c est un monde a l envers

C'est de l'art comptant pour

C'est de l'art comptant pour rien !
On ne peut pas comprendre, on est trop bête !

C'est pas fini ?

De toujours tout ramener sans cesse au racisme et à la couleur de peau ? C'est lassant à force. Les personnes de couleurs savent très bien se défendre et faire valoir leur droit, sans avoir besoin de porte parole.

Quand les gens auront fini de voir du racisme et de tout ramener à ça, ce sera déjà un grand pas. Ici on parle d'expression, de manifestation qui renvois une image de souffrance et de détresse.

En France, tout est une merveilleuse excuse pour faire du hooliganisme et tout détruire, la seule souffrance que montre le Français moyen n'est autre que la souffrance qu'il s'inflige en détruisant les magasins dans lesquels il va faire les courses, et qui sont du domaine privé et non public.

Cher Mayu

Parfaitement d'accord avec toi. Par contre, retire moi une curiosité. Pour toi c'est qui les hommes de couleur?



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