Les poupées de sucre, nouvelles cibles des rigoristes religieux tunisiens

 
Le monde musulman a fêté le 5 novembre le nouvel an de l’Hégire. Dans la ville tunisienne de Nabeul, cette fête est l’occasion pour la population de confectionner des poupées de sucre tout en couleurs. Une tradition païenne qui n’est plus au goût de certains religieux.
 
En Tunisie, les fêtes religieuses sont souvent célébrées par des traditions culinaires spécifiques. À Nabeul, ville située à 80 kilomètres au sud-est de Tunis, chaque nouvel an, les étals des marchés sont couvertes de figurines en sucre moulé et décorées de couleurs vives. Les chevaux et cavaliers sont offerts aux garçons et les petites filles reçoivent des poupées.  Or, cette année, les célébrations ont été marquées par un discours religieux rigoriste. Certains imams prônant l’éradication de cette tradition, considérée comme contraire aux principes de l’islam.
 
 
Photo postée par notre Observateur
Anis Lassoued.
 
Le 5 novembre 2013 correspond au premier jour de l’an 1435 de l’Hégire, c’est-à-dire l’exode qui marque le départ du prophète Mahomet de la Mecque vers Médine, appelée alors Yathreb, en 622, où sera fondée la première communauté musulmane.
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"Les poupées de sucre sont le symbole même de l’ouverture et de la tolérance"

Anis Lassoued est cinéaste, il a réalisé un film en 2004 sur la tradition des poupées de sucre.
 
La tradition des poupées de sucre est une tradition nabeulienne païenne qui remonte à plusieurs siècles. Et avec l’avènement de l’islam, cette tradition a été assimilée par la religion et est désormais liée au nouvel an de l’Hégire.
Les poupées de sucre ne sont pas seulement destinées aux enfants, elles ont leur place aussi auprès des adultes. Dans la tradition nabeulienne, quand un homme demande une femme en mariage, il lui apporte aussi une très grande poupée de sucre.
 
Photo postée sur la page Facebook Poupée de sucre de Nabeul.
 
En 2004, j’ai réalisé un film afin d’expliquer aux habitants les origines de cette tradition et ainsi de mieux s’y attacher. On a alors décidé de fonder un festival de la poupée du sucre. Chaque année, en même temps que le nouvel an de l’Hégire, les enfants de la ville se rendaient dans des ateliers où ils assistaient à leur confection, en décorait une et rentrait avec. C’est aussi l’occasion d’éduquer les enfants en leur apprenant à résister à la tentation puisque ces poupées de sucre ne sont pas destinées à la consommation mais seulement à la décoration. Nous recevions aussi des délégations venues de divers pays du monde et un prix de la meilleure poupée était décerné.
 
"Certains religieux rejettent tout ce qui relève de l’image et de la représentation"
 
Cette année, j’ai été surpris et attristé par la décision du comité d’organisation de renoncer à la tenue du festival. Des imams de la ville ont dénoncé dans leurs prêches cette tradition qu’ils considèrent comme hérétique [« bid’ah »] et ont appelé à son éradication. Ces gens-là rejettent ce qui relève de l’image et de la représentation car cela renvoie à leurs yeux au culte païen. Avec le climat de tension et d’insécurité qui règne dans le pays, l’équipe a préféré ne pas tenter le diable.
 
Photo postée sur la page Facebook Poupée de sucre de Nabeul.
 
L’impact de ces appels s’est ressenti aussi dans le marché du nouvel an où il y avait moins d’offres et moins de clients que d’habitude.
 
Pour moi, les poupées de sucre sont le symbole même de l’ouverture et de la tolérance. Elles montraient jusque-là comment une tradition païenne peut s’accommoder de la religion et y trouver sa place, afin qu’il n’y ait pas de rupture entre culture et croyance. C’est triste que l’on tente de faire disparaître une tradition qui apporte tant de joie à nos enfants.
 
 

"On enseigne ces idées rigoristes devant les mosquées en les présentant comme un retour à la véritable identité musulmane"

Safa, 19 ans, est étudiante en informatique à Nabeul.
 
Depuis l’année dernière, on commence à entendre des gens remettre en question nos traditions et les taxer de "bid’ah". C’est vrai que le fait de fêter le nouvel an de l’Hégire avec des poupées en sucre n’est pas une tradition musulmane, mais je n’y vois aucun mal, vu qu’on ne porte pas atteinte à l’essence de la foi !
 
Ce sont surtout les jeunes qui relayent le discours des religieux rigoristes. Tous les jeudis, des réunions ont lieu devant certaines mosquées de la ville. Des compétitions y sont organisées avec des petits cadeaux à l’appui, histoire d’attirer les jeunes. C’est durant ces rassemblements qu’on leur enseigne ces idées rigoristes en les présentant soit disant comme un retour aux sources et à la véritable identité musulmane. Et vous pouvez toujours essayer de les convaincre du contraire, ils ne vous écoutent même pas. En fait, ils ne veulent même pas en débattre.
 
Malgré une influence certaine des religieux rigoristes, je garde espoir et ne m’inquiète pas pour les traditions de la ville. Je pense que les aînés tiennent trop aux traditions pour se laisser faire. Ils sauront être les gardiens de notre mémoire.
 
 
Photo postée par notre Observateur Anis Lassoued.
Billet écrit avec la collaboration de Sarra Grira, journalliste à France 24.

Commentaires

Les poupées de sucre

Des imams de la ville ont dénoncé dans leurs prêches cette tradition qu’ils considèrent comme hérétique [« bid’ah »] et ont appelé à son éradication.

En fait les extrémistes c'est comme la gangrène, dés que vous leurs donnez un doigt ils vous prennent la main...le bras... jusqu'a vous éradiquer.

Nous sommes à l'antipode du discours de BOURGUIBA de 1933.

Il est temps que la société civile se réveille avant que les éradicateurs ne l' éradique.

Les religions appauvrissent le monde.

Encore les fanatiques religieux qui font tout pour imposer leurs points de vues rétrogrades ,
Ils représentent, la pauvreté intellectuel du monde.
Ce sont les mêmes, qui avec un revolver, tire dans la tête des jeunes filles , pour ne pas qu'elles aillent étudier à l'école.
Eddy



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