Les autorités saoudiennes mettent les Women2drive sous pression

Manal al-Sharif, l'une des pionnières de la campagne Women2Drive, au volant en 2011.
 
Des dizaines de Saoudiennes prévoyaient de prendre le volant, samedi 26 octobre, pour protester contre l’interdiction de conduire imposée aux femmes. Restées silencieuses depuis le début de la campagne lancée en septembre dernier, les autorités saoudiennes ont menacé de sévir contre toutes celles qui oseront braver l’interdit. Plusieurs de nos Observatrices saoudiennes ont même reçu un coup de téléphone intimidant du ministère de l’intérieur.
 
Ce dernier a annoncé la couleur jeudi. « Il est connu que la conduite de voitures par les femmes est interdite dans le Royaume, et nous appliquerons la loi à l'égard des personnes, qui y contreviennent ou se rassemblent pour appuyer la campagne », a annoncé le porte-parole du ministère de l’Intérieur, jeudi 24 octobre, le général Mansour Al-Turki.
 
Plusieurs militantes ont aussi affirmé à FRANCE 24 avoir été contactées au téléphone le même jour par des responsables au ministère de l’Intérieur. On les a prévenues que « la loi s’appliquerait » contre elles, si elles prenaient le volant. Sans qu’il ne soit précisé de quelle loi il s’agissait.
 
Mardi, un groupe composé de plus de 100 chefs religieux s’étaient déjà rassemblés devant la cour royale à Riyad pour dénoncer un "complot" visant l’"occidentalisation" du pays.
 
La campagne, lancée sur les réseaux sociaux en utilisant le hastag #women2drive, a été largement relayée par les médias internationaux. De nombreuses Saoudiennes ont déjà posté sur YouTube des vidéos d'elles au volant.
 
Samira [pseudonyme] comptait prendre le volant samedi à Riadh, mais elle y a renoncé suite aus pressions exercées par les autorités.
Contributeurs

"Nous ne tenons pas à aller au clash avec les autorités"

Les pressions exercées par les autorités ont vraiment effrayé les militantes. Le père d’une amie a même été convoqué par la police, qui lui a demandé de signer un document, où il s’engage à ne pas laisser sa fille prendre le volant. En plus, de nombreuses mosquées, gérées par le ministère de l’Intérieur, ont consacré leurs prêches de vendredi à la condamnation de notre campagne, et à accuser les femmes de vouloir occidentaliser le pays.
 
Les autorités ne veulent surtout pas qu’on conduise le 26 octobre, car cette date retient particulièrement l’attention des médias internationaux. Depuis le début de la campagne, plusieurs femmes ont pourtant pris le volant, et se sont filmées sans qu’elles soient inquiétées. Et elles continueront après le 26 octobre. Nous ne tenons pas à aller au clash avec les autorités, nous souhaitons simplement obtenir le droit de conduire. »
 
Les militantes que nous avons contactées prennent toutes très au sérieux les mises en garde des autorités, car elles savent qu’elles risquent gros, souligne l’activiste Hala al-Dosari. Elle aussi a décidé de laisser sa voiture dans le garage demain.
 

"On a prouvé que ce sont les politiques qui bloquent, pas la société"

Les Saoudiennes n’ont pas oublié, que Sahima Ghassniya a été condamnée à dix coups de fouet, et Manal al-Sharif jetée en prison. Elles ne veulent pas prendre de risques inconsidérés.
 
Malgré tout, je considère que cette campagne est une réussite. Les responsables politiques claironnaient depuis des années, que c’est le conservatisme de la société qui empêche les femmes de conduire. Ils viennent enfin de reconnaitre que ce sont eux qui en sont responsables. »
 
En Arabie saoudite, même si la loi n'interdit pas la conduite aux Saoudiennes, aucune femme n'est autorisée à passer le permis. Placée sous l'autorité d'un parent masculin ou d’un mari, elle ne peut ni voyager, ni travailler, ni même ouvrir un compte en banque sans son autorisation.

Cet article a été rédigé en collaboration avec Djamel Belayachi (@DjamelBelayachi), journaliste à France 24.
 

Commentaires

no woman no drive video

https://www.youtube.com/watch?v=aZMbTFNp4wI

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