Les étudiants grecs, "anges gardiens" des migrants contre la police

Vendeurs ambulants en 2012 à Athènes. Photo CFJ/A.C.
 
Quand la police a déferlé sur un groupe de vendeurs ambulants immigrés mardi 22 octobre, les étudiants de l’université voisine n’ont pas hésité une seconde. Ils leur ont ouvert les portes de l’établissement pour les mettre à l’abri. Un geste de solidarité rare en Grèce, où l’on entend davantage parler de la montée du parti xénophobe, Aube dorée.
 
L’université d’économie et de commerce d’Athènes est située rue Patission, une artère réputée pour accueillir de nombreux vendeurs ambulants, des migrants venus d’Afrique mais aussi du Pakistan ou du Bangladesh. Cette proximité a contribué à faire naître une solidarité entre les vendeurs à la sauvette et les jeunes. Malang est sénégalais, il vend des porte-monnaie aux passants de la rue Patission. Depuis l’intervention de la police, il vit caché. Mais il sait que s’il n’est pas en prison aujourd’hui, c’est grâce aux étudiants.
 
À 11h, les policiers ont débarqué. Immédiatement, on a eu le réflexe de se diriger vers l’université. Les étudiants se sont alors mobilisés pour nous protéger de la police. On était à l’intérieur pendant qu’ils essayaient de négocier. Ils expliquaient aux forces de l’ordre qu’ils n’avaient pas le droit d’intervenir dans l’université [l’interdiction des interventions policières dans l’enceinte des universités a été votée après la chute de la dictature des colonels, mais a été abolie en août 2011]. Les étudiants bloquaient les entrées et certains ont jeté des chaises sur les policiers. Après deux heures de négociations, entrecoupées de moment de tension, les policiers ont quitté les lieux. Finalement, ils n’ont réussi à arrêter qu’un d’entre nous, un ami.
 
Les étudiants étaient très nombreux, certains sortaient des cafés voisins pour nous prêter main forte. Leur nombre et leur détermination ont dissuadé les forces de l’ordre d’aller plus loin. Ça nous a fait chaud au cœur. Ces étudiants, ce sont nos anges gardiens.
 
La police à l'entrée de l'université. Photo postée sur Twitter.

 
Les étudiants bloquent l'entrée de l'université. Photo postée ici.
 
Et ce n’est pas la première fois que les élèves leur tendent la main. Les vendeurs de rue sont régulièrement en contact avec des organisations politiques étudiantes, principalement de gauche. Tous les jeudis, ceux qui le souhaitent sont conviés à des "Assemblées d’immigrés et solidaires" au cours desquelles des aides juridiques sont proposées à ceux qui se trouvent en situation irrégulière. Mercredi après-midi, un groupe d’étudiants a d’ailleurs prévu de se rendre au tribunal où est présenté le vendeur interpellé, pour y organiser une manifestation de soutien. Selon Malang, il est déjà arrivé que les jeunes se cotisent pour payer des frais d’avocat à des camarades en difficulté. Contactés par France 24, plusieurs étudiants ont refusé de s’exprimer aux médias.
 
Vendeurs ambulants en 2012 à Athènes. Photo CFJ/A.C.
 
Les vendeurs, dont beaucoup sont en situation irrégulière, sont accusés de vendre des objets de contrefaçons. Alors qu’ils étaient réfugiés dans l’université, leurs marchandises ont été saisies.
 
"Les étudiants vont se cotiser pour que l’on rachète des marchandises"
 
C’est vrai que l’on vend des contrefaçons, mais les Grecs achètent ces marchandises. Et d’ailleurs, c’est ici que nous nous fournissons, parfois chez des Chinois, mais parfois aussi chez des nationaux. Moi, ce travail me rapporte un peu plus d’une centaine d’euros par mois, juste de quoi vivre. Avec cette intervention, j’ai tout perdu. Un ami s’est fait saisir plus de 1 000 euros de fausses baskets Nike. Heureusement, les étudiants ont prévu de faire une petite fête qui leur permettra de récolter de l’argent qu’ils veulent ensuite nous redistribuer. Alors on attend.
 
Vendeurs ambulants en 2012 à Athènes. Photo CFJ/A.C.
 
La Grèce est l’une des principales portes d’entrée de l’Union européenne pour les migrants d’Afrique et d’Asie. En août 2012, les autorités grecques ont lancé l’"Opération Xenios Zeus", du nom du dieu grec de l’hospitalité. Mais pas question ici d’améliorer l’accueil des migrants, l’objectif est à l’inverse de multiplier les coups de filet contre les immigrés illégaux vivant sur le territoire.
 
Avec la crise et la montée du chômage, les ONG de défense des droits de l’Homme dénoncent par ailleurs une recrudescence des agressions subies par les migrants pris pour cible par des groupuscules d’extrême-droite qui les accusent de voler le travail des Grecs. D’après plusieurs de nos contacts sur place, les migrants ont été nombreux à rentrer chez eux ces derniers mois.
 
Vendeurs ambulants en 2012 à Athènes. Photo CFJ/A.C.

 
Contributeurs

Commentaires

examen de conscience

..<>j'invites vraiment a ceux qui disent qu'ils defende les droits de hommes plus precisement a son excellence BAN KI MOON et a son entourage..aux lideurs et aux president occidentaux de prendre les problemes de demunis et faire des efforts sortir de cette domination qui fait part de l'IMPERIALISME
QUE L'OCCIDENT CESSE D'UMILIER LA NEGRITUDE



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