Combats à la prison d’Alep : "Un des derniers verrous vers la frontière turque"

Capture d'écran d'une vidéo diffusée sur YouTube montrant les combats autour de la prison centrale d'Alep.
 
La prison centrale d’Alep est le théâtre de violents combats entre l’armée syrienne et des groupes d’islamistes armés qui assiègent depuis plusieurs mois le site. Sur place, un militant de l’opposition explique l’importance stratégique de cette prison pour les rebelles.
 
L’assaut est mené principalement par des djihadistes du Front al-Nosra et d’Ahrar al-Cham. Selon des témoignages d’opposants contactés par FRANCE 24, les combats ont actuellement lieu dans l’enceinte même de la prison et les rebelles seraient parvenus à prendre le contrôle de plusieurs bâtiments, mais aucun prisonnier ne s’y trouvait. Ils n’ont en revanche pas atteint le bâtiment principal où sont enfermés la plupart des détenus.
 
Ces derniers jours, les djihadistes du Front al-Nosra ont mené plusieurs attentats-suicides à l'entrée de la prison d'Alep, pour faire sauter des barricades de l'armée régulière. Ces opérations ont tué au moins neuf soldats selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme. L'aviation du régime continue, elle, à bombarder les positions des rebelles dans les environs de la prison.
 
Vidéo des combats autour de la prison.
Contributeurs
Les djihadistes assiègent depuis des mois la prison d’Alep dans le but de libérer les prisonniers, parmi lesquels se trouveraient des centaines de leurs éléments. Mais pour Mohammed Rasoul, un activiste de la rébellion, ce centre de détention revêt aussi une importance stratégique.
  
Cette prison reste parmi les rares places fortes du régime qui ne sont pas encore tombés aux mains de la rébellion dans la périphérie nord d’Alep, avec le site de l’hôpital al-Kindi et les deux villes chiite de Nouboul et al-Zohra assiégées depuis des mois, mais sans succès, par la rébellion. Si les rebelles parviennent à prendre le contrôle de cette prison, ils pourront par la suite concentrer leurs efforts sur ces trois sites qui, une fois libérés, leurs permettraient enfin d’avancer sur toute la région nord jusqu’à la ville d’Azaz, à la frontière turque, d’où proviennent aides et munitions.
 
Sur le plan symbolique, une éventuelle prise de ce centre de détention porterait un grand coup au régime car il s’agit de l’une des plus importantes prisons du pays.
 
Vue aérienne de la prison.
   
Par le passé, les rebelles ont déjà mené deux assauts contre la prison en avril et en mai dernier, en vain. Yacine, du réseau de journalistes citoyens Syria direct à Alep, explique pourquoi ce centre de détention est difficile à prendre.
  
La prison d’Alep est une véritable forteresse, elle est conçue à la façon d’une caserne militaire et construite sur une large parcelle de terrain entourée de murs élevés. Depuis des mois, les tirs de mortiers qu’utilisent les combattants pour se créer des brèches dans l’enceinte de la prison se sont révélés inefficaces. Ce qui explique le recours aux attaques-suicides de ces derniers jours.
 
L’autre raison est que le régime exerce des pressions psychologiques sur ses adversaires. Pour repousser les assauts des rebelles, il n’hésite pas abattre sous leurs yeux des prisonniers, faisant partie des brigades rebelles, qui sont parfois mêmes jetés par les fenêtres [Nous n’avons pu confirmé cette information de source indépendante]. Les rebelles essayent donc d’avancer à petits pas et chaque assaut est soigneusement planifié.
 
Cette prison renfermerait 4 000 à 5 000 prisonniers dont des criminels, mais aussi des militants islamistes et des mineurs.
 
L'OSDH évoque une situation sanitaire "effrayante" dans la prison et fait état de plusieurs cas de tuberculose et de gale. Le Croissant-Rouge syrien avait obtenu, depuis plusieurs mois, l’accord des djihadistes et du régime syrien pour acheminer des vivres aux prisonniers. Une aide interrompue par la reprise des combats.
 
   
 
 


Fermer