Xénophobie en Russie : "Cette violence arrange ceux qui exploitent les migrants"

 
De violentes émeutes ont éclaté dimanche au sud de Moscou en marge de manifestations anti-immigrés. Actes de vandalisme, passages à tabac... Un de nos Observateurs a filmé ce déchaînement de haine. Une haine dont certains patrons, qui exploitent cette force de travail à bas coût, tirent profit.
 
Ces incidents ont éclaté à la suite d’un rassemblement de plusieurs milliers de personnes dimanche à Birioulivo, quartier pauvre du sud de la capitale, pour protester contre l’assassinat jeudi dernier d’un jeune homme russe. La victime, d’après les médias, aurait été tuée à coups de couteau par un homme présenté comme un migrant "non-slave" originaire d’Asie centrale ou du Caucase. Depuis vendredi, une photo du présumé meurtrier circule dans les médias à la demande des autorités locales.

"Un migrant a pu se réfugier à l’intérieur et un autre a été frappé devant les portes"

Le rassemblement a dégénéré lorsque des manifestants se sont attaqués à un centre commercial au motif que des migrants y étaient employés. Nikita Zuev, un étudiant qui habite le quartier, a filmé la destruction de l’entrée du centre et photographié les dégâts.
 
Dimanche, les habitants s’étaient rassemblés à l’endroit où le jeune homme a été tué, il y avait même des personnalités politiques. Une rumeur circulait comme quoi un gardien de ce grand magasin, le "Biruza", connaissait le meurtrier. D’un coup, un manifestant a appelé tout le monde à aller là-bas. Un migrant a pu se réfugier à l’intérieur et un autre a été frappé devant les portes. J’avais peur mais j’ai continué de filmer.
 
 Les émeutiers étaient en majorité des nationalistes et je pense que certains étaient ivres. La police était de l’autre côté de la rue. Ce n’est qu’après le saccage qu’ils sont venus arrêter trois ou quatre personnes, les plus agressives.
Ici, la majorité des habitants détestent les "non-slaves". Les tensions ethniques sont très fortes et les gens ne font plus confiance à la justice. Les nationalistes sont en ce moment à la recherche de tous les migrants et pratiquent une justice sommaire.
 
Je comprends cette haine car il y a beaucoup de problèmes de sécurité. Mais ils sont allés trop loin en s’attaquant au magasin. Et j’étais en colère qu’ils s’en soient pris à ce taxi [voir photo ci-dessous] parce que je connaissais le chauffeur et il s’était déjà fait voler sa voiture.
 
Sur la vidéo, les manifestants nationalistes scandent des slogans tels que "La Russie aux Russes", "White Power" ou encore "Allah Akbar", une façon de stigmatiser les migrants du Caucase de confession musulmane.
 
 À quelques rues de là, quelques instants plus tard, un entrepôt de légumes a été dévasté pour les mêmes raisons. D’après les médias russes, 1200 personnes ont été interpellées et une enquête pour hooliganisme a été ouverte par la police.

"Tant que les xénophobes les intimideront, les migrants n’oseront pas revendiquer leurs droits"

Sur place, lundi, l’ambiance restait des plus tendues. Ashot Ayrapetyan dirige le centre pour la coopération interethnique à Moscou, une structure qui travaille entre autre avec les Nations unies. Il affirme que la plupart des immigrés vivant dans la zone refusent de parler aux médias de peur d’être pris pour cible. Pour lui, cette méfiance à l’égard des migrants arrangent certaines sphères économiques.  
 
Moscou est une région très spécifique qui concentre argent et pouvoir et où, de fait, la corruption prolifère. [La Russie est classé 133e pays le plus corrompu du monde sur 174 par Transparency International, NDLR]. Et si on a noté ces dernières années un afflux d’Arméniens, d’Azerbaïdjanais, de Tadjiks, d’Ouzbeks, de Kirghizes, c’est aussi parce qu’il peut être très profitable d’employer des non-Russes, par exemple dans le secteur du bâtiment ou dans les petits commerces. Les patrons s’arrangent pour déclarer des salaires normaux, mais ils payent seulement un tiers à l’employé, gardent un tiers dans leur poche et avec le dernier tiers ils payent des pots-de-vin aux autorités. La majorité des migrants n’ont pas d’éducation et acceptent les métiers les plus ingrats et les plus mal payés pour pouvoir aider leurs familles. Et tant que les locaux xénophobes tenteront de les intimider,  ils n’oseront pas revendiquer leurs droits les plus basiques.
 
Scène de violence dimanche à Moscou.
 
Il faut savoir que la situation démographique en Russie est catastrophique. [Après l’effondrement de l’Union soviétique, fin 1991, la Russie a connu une phase de déclin démographique  et les autorités multiplient les campagnes pour relancer la natalité, NDLR]. On a absolument besoin que des immigrés viennent travailler dans les usines ou dans l’agriculture. Mais il nous faut une vraie politique migratoire afin qu’ils bénéficient aussi de droits. Aujourd’hui ces gens vivent dans des ghettos gangrenés par la délinquance et où les relations avec les nationalistes ne font que s’envenimer.
 
On avait prévu ce qui allait se passer ! En décembre 2010, nous avions écrit une lettre au maire de Moscou d’alors pour l'avertir que si rien n’était fait pour endiguer l’extrémisme, les conflits ethniques se multiplieraient. On n’a jamais reçu de réponse. En 2009, à la conférence mondiale contre le racisme, à laquelle nous avions participé, des lois spéciales pour la tolérance et des politiques de soutien aux ONG avait été proposées. Tout ça a été somptueusement ignoré par le gouvernement.
 
Le ministère de l’Interieur a condamné ces violences. En parallèle, une véritable chasse à l’homme a été ouverte pour retrouver le meurtrier présumé avec, à la clé, près de 23 000 euros de récompense. Et pour répondre à la demande des manifestants qui accusent les immigrés d’être à l’origine de l’augmentation de la criminalité, le maire de Moscou a lancé des opérations de contrôle des immigrés.
Billet écrit avec la collaboration de Polina Myakinchenko et Ségolène Malterre.

Commentaires

Droits

Si en Russie les migrants n'osent pas revendiquer leur droit, en France il ne se gênent pas et même en abusent. Certains travailleurs Français n'ont pas la moitié de ce qu'ils obtiennent car ils n'osent pas demander l'aumône car ils ont une fierté.

La jeunesse d'aujourdhui

Aujourd'hui 99% de 'manifestations' sont realises par des jeunes. Dans 100% d'entre elles il en a de casses et d'autres type de violence. La Presse ne mentionne jamais ca.



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