Violences à Kidal et Tombouctou : "la psychose est revenue"

Capture d'écran après l'attentat dans le camp militaire samedi à Tombouctou. Vidéo réalisée par notre Observateur Yehia Tandina.
 
Le nord du Mali est de nouveau sous haute tension. Tombouctou a été le théâtre, samedi, d’une attaque à la voiture piégée dans un camp de l’armée malienne, tuant deux civils. Dimanche et lundi, des échanges de tirs avaient déjà eu lieu entre des combattants touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), et l’armée malienne. Nos Observateurs dans ces villes sont sous le choc.
 
À Tombouctou, l’attentat suicide à la voiture piégée, samedi, a provoqué la mort de quatre personnes, dont les deux kamikazes, et fait six blessés parmi l’armée malienne. D’importants dégâts matériels ont été constatés. Dimanche à Kidal, située à 600 kilomètres au nord-est de Tombouctou, où la rébellion touareg du MNLA est encore installée, une fusillade a opposé les troupes gouvernementales aux séparatistes touareg. Ces derniers avaient rompu le cessez-le-feu trois jours auparavant, accusant le gouvernement de ne pas avoir respecté l’accord de sortie de crise, signé à Ouagadougou en juin par les deux parties. Les échanges de tirs se sont poursuivis lundi tôt dans la matinée.
 
Le bâtiment qui abrite la direction régionale du Trésor public a été complètement dévasté par l'explosion. Photo prise samedi à Tombouctou par notre Observateur Yehia Tandina.
 
L'armée à proximité de la prison militaire, ou ce qu'il en reste, située à l'entrée du camp, où a eu lieu l'explosion. Photo prise samedi à Tombouctou par notre Observateur Yehia Tandina.
 
Cet homme est soupçonné par la police d'être un complice des terroristes qui ont commis samedi à Tombouctou l'attentat à la voiture piégée. Il a été interpellé samedi, peu de temps après l'explosion. Photo prise samedi à Tombouctou par notre Observateur Yehia Tandina.
 
Il y a 18 mois, un coup d’Etat puis l’occupation du nord du pays par des rebelles touareg et des islamistes liés à Al-Qaïda avaient entraîné une intervention militaire franco-africaine. Depuis, la situation sécuritaire reste très précaire. Le retour à la paix et à la stabilisation du pays constitue la priorité du président Ibrahim Boubacar Keïta, élu en août dernier.
 
Vous habitez à Tombouctou ou à Kidal, vous avez des images ou vous voulez témoigner sur la situation à Tombouctou et Kidal, n’hésitez pas à contacter nos journalistes: observers@france24.com

Depuis quelques semaines, un climat de renaissance flottait sur Tombouctou

 
Moulaye vit à Tombouctou.
 
Au moment où l’attentat a eu lieu, je me trouvais à environ un kilomètre, mais l’explosion a été si forte que j’ai pensé qu’elle s’était produite à seulement quelques mètres. Pendant plusieurs minutes, un nuage d’épaisse fumée noire a envahi le ciel. Je me suis alors rendu sur place, où la situation était complètement chaotique, et les dégâts très importants. La déflagration a provoqué un énorme cratère, mais n’a fait "que" deux victimes, car elle est survenue à l’entrée du camp militaire. À l’intérieur du camp, elle aurait fait un véritable carnage.
 
C’est la première attaque kamikaze depuis mars à Tombouctou [il s’agit du troisième attentat suicide de l’histoire de Tombouctou. Les deux premiers ont eu lieu les 21 et 30 mars dernier].
 
Depuis quelques semaines, un climat de renaissance flottait sur Tombouctou. Les personnes qui avaient été déplacées au plus fort du conflit commençaient à revenir. Les commerçants rouvraient leurs boutiques, chacun reprenait peu à peu ses activités. Il y avait un grand sentiment d’apaisement. Mais samedi, cet espoir est lui aussi parti en fumée. La psychose est revenue, les gens se méfient à nouveau les uns des autres [une atmosphère également ressentie par d’autres Observateurs contactés au téléphone]. Aujourd’hui pour que le calme revienne, les habitants souhaitent que de nouveaux check-points soient installés, et que les véhicules entrant dans la ville soient davantage fouillés.

"Jusqu’aux alentours de midi, chacun était terré chez soi de crainte de se prendre une balle perdue"

 
Issouf vit à Kidal.
 
Les échanges de tirs entre l’armée malienne et le MNLA ont repris aujourd’hui à partir de 5 heures du matin. Ça a été très intense pendant deux heures, puis la situation est redevenue calme, après que l’armée a déployé ses blindés [La Minusma, la mission onusienne de sécurisation du Mali, est intervenue pour séparer les combattants, qui sont retournés dans leurs camps respectifs.]
 
Jusqu’aux alentours de midi, personne n’a osé mettre le nez dehors, chacun était terré chez soi par crainte de se prendre une balle perdue. Mais cet après-midi, les gens se sont remis à sortir. En général, les gens restent près de chez eux, car des tireurs étaient embusqués dans plusieurs secteurs de la ville.
 
Les accrochages les plus importants sont survenus en centre ville, autour de la Banque malienne de la solidarité, la seule banque que compte Kidal et qui avait rouvert ses portes il y a environ trois semaines. L’objectif de la MNLA était de reprendre le contrôle de cet établissement [La Minusma assure désormais la sécurisation de la banque]. C’est un quartier très vivant, le plus fréquenté de Kidal, car à proximité se trouve le marché central. Aujourd’hui, et cela est bien rare, ce dernier est complètement désert.
 
Billet rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund, journaliste à France 24.

Commentaires

Le probleme du Mali

Je demande aux dirigents africains qui represente l'unions africaine de revoir leurs manieres de resoudre le probleme de l'Afrique de façon inteligente . je vous remercis beaucoups.



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