En Syrie, Al-Qaïda attire les enfants dans ses nouvelles écoles

 
En cette période de rentrée, dans plusieurs zones syriennes tenues par la rébellion, quelques écoles ouvrent leurs portes aux élèves malgré la guerre. Des établissements qui sont pour certains gérés par des groupes djihadistes comme l’État islamique d’Irak et du Levant, une organisation qui a fait allégeance à Al-Qaïda.
 
Près de Lattaquié, à Alep, à Racca ou encore dans les faubourgs de Damas, des écoles tenues par des groupes djihadistes proposent, à grand renfort de campagne de communication, d’intégrer les enfants syriens. Dans ces zones, après deux ans et demi de conflit en Syrie, les établissements gérés par l’État sont complètement détruits.
 
Selon l’Unicef, près de 40% de tous les élèves de 6 à 15 ans, soit près de deux millions d'enfants, ont été contraints par la guerre d’abandonner le système scolaire l’année dernière.
 
Promotion pour des écoles coraniques du groupe djihadiste d’Ahrar al-Cham dans la région de Hama. Vidéo postée le 16 septembre

"Les Syriens sont complètement démunis et acceptent les aides d’où qu’elles viennent"

Mohammad, chef d’une brigade djihadiste proche du Front al-Nosra et de l’État islamique d’Irak et du Levant, dans le rif (la campagne avoisinante) de Lattaquié et d’Idlib dans le nord-ouest syrien.
 
Dans ces écoles, les gens sont dévoués et ont des moyens importants. Ils ne forcent pas les enfants à venir ou les parents à envoyer leurs enfants. Mais ils savent très bien comment répondre à leurs besoins en leur procurant des aides tels que des repas, des jouets… Certains parents avaient peur au début, mais après plus de deux ans de guerre, les Syriens sont complètement démunis et acceptent les aides d’où qu’elles viennent.
 
L’unique école de ce genre ouverte dans ma région a été inaugurée à Aïn el-Baïda, à côté de Lattaquié, il y’a plus d’un mois. C’est une sorte d’école pilote.
 
Vidéo de promotion de la "Madrasat hak al-Oukhoua" (école du droit à la fraternité). "Une école qui peut recevoir 50 élèves en internat 6 jours sur 7". À la fin de la vidéo on aperçoit Abou al-Walid le Tchétchène, djihadiste notoire qui a participé aux dernières opérations de l'État islamique d'Irak et du Levant à Lattaquié.
 
Les enseignements se limitent principalement à la mémorisation du Coran et à la langue arabe, c'est-à-dire la bonne prononciation et la lecture du livre saint. Il y a aussi quelques rudiments d’autres matières comme les mathématiques, la géographie.
 
L’État islamique tient à ce que les questions philosophiques ou idéologiques de l’islam politique, tel que le salafisme, ne soient pas abordées. Ils ne veulent pas effrayer la population et souhaitent attirer une base la plus large possible.
 
Les enseignants sont des habitants du village ou des environs, souvent des professeurs d’arabe au chômage. Ils touchent des salaires symboliques qui varient entre 200 et 250 dollars par mois [entre 150 et 185 euros]. En revanche, le recteur de l’école n’est pas un habitant du village, il a été désigné par l’État islamique. Mais son rôle se limite à superviser le travail des enseignants.
 
Il y a trois niveaux d’études : de 6 à 10 ans, de 11 à 15 ans et pour les adolescents de plus de 15 ans. Les enfants sont invités à participer à des compétitions quotidiennes de récitation du Coran et de jeux qui ont lieu au sein de l’école ou parfois en public dans les villes et villages.
 
"Tente de prêche et de compétition" Alep.
 
Aucun enseignement militaire n’est dispensé par cette école et il n’y a pas de présence militaire au sein de l’établissement. Pourtant, la glorification des djihadistes et l’encouragement à rejoindre le combat contre le régime de Bachar al-Assad sont des questions très présentes dans les discours prononcés par les éléments de ces groupes.
Discours de plusieurs djihadistes lors d’un rassemblement à Alep "Un livre qui guide et une épée victorieuse".

"À Deraa, les islamistes n’ont aucune influence sur nos écoles, d’ailleurs les filles et les garçons ne sont pas séparés"

 
Jaouad Massalmeh, activiste de Deraa, une zone rebelle où sont implantés plusieurs groupes islamistes dont le principal est le Front al-Nosra.
 
À Deraa, nous avons pris l’initiative d’ouvrir deux écoles dans la ville et plusieurs autres écoles dans les villages avoisinants. Ces écoles sont gérées par des comités locaux de la société civile et nous tenons à maintenir cette situation.
 
Les financements nous proviennent de plusieurs philanthropes. Aucune organisation politique ou militaire de la région n’est engagée dans cette voie. Si ce n’est l’Armée syrienne libre (ASL) qui sécurise les lieux que l’on choisit.
  
En général, ce sont des appartements sécurisés dans des zones qui sont plus ou moins sûres. On ne peut plus investir les anciennes écoles qui sont toutes détruites ou, pour certaines, encore bombardées par l’armée du régime. On y reçoit des enfants en âge d’aller à l’école primaire [CP, CE1, CE2, CM1, CM2].
  
Les islamistes n’ont aucune influence sur nos écoles, d’ailleurs les filles et les garçons ne sont pas séparés.
 
Les professeurs sont tous des volontaires car on n’a pas les moyens de les payer. Mais on a plusieurs projets et propositions en cours qui pourraient se matérialiser si on reçoit les financements nécessaires de la part de la Coalition nationale syrienne ou d’autres organismes à même de nous les procurer.
Billet écrit avec la collaboration de Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à France24.


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