L’escalade, la dernière trouvaille russe pour faire dégringoler l’opposition

Capture d'écran d'une vidéo postée sur YouTube.
 
Depuis quelques jours, il n’est pas rare de voir sur les façades d’immeubles de Moscou des hommes descendre en rappel. De l’escalade en milieu urbain ? Non, une opération menée par les autorités russes qui vise à retirer des fenêtres les banderoles à la gloire d’Alexeï Navalny, farouche opposant à Poutine et candidat aux municipales du 8 septembre.
 
Devant le refus de certains médias russes de diffuser ses annonces de campagne électorale, le militant anti-corruption et candidat à la mairie de Moscou Alexeï Navalny a appelé ses partisans à accrocher sur leurs fenêtres ou leurs balcons des banderoles à son effigie. Une initiative que les autorités ont peu appréciée : son principal rival, le maire sortant de Moscou soutenu par le Kremlin, Sergueï Sobianine, a ordonné le retrait des bannières au motif que la publicité électorale ne doit apparaître que dans les espaces qui lui sont spécialement consacrés.
 
Avocat et blogueur de 37 ans, Alexeï Navalny mène depuis deux ans un combat acharné contre la corruption dans son pays, au point d’être devenu l'opposant n°1 au président Vladimir Poutine.
 
Il a été condamné le 18 juillet dernier à cinq ans de prison pour détournement de fonds dans un procès qu'il décrit comme une machination politique. Remis en liberté surveillée jusqu’à l’examen en appel de sa condamnation - mais toutefois autorisé à se présenter -, il a décidé de maintenir sa candidature à la mairie de Moscou. L’élection est prévue le 8 septembre.
 
 
Vidéo postée sur
YouTube.
 
Contributeurs

"Ils sont allés jusqu’à entrer dans mon appartement pour enlever la banderole"

Ilya Sokolovsky a 43 ans. Il est conseiller financier à Moscou.
 
C’est début août que j’ai décidé d’accrocher à mon balcon une banderole pro-Navalny. J’en ai plus qu’assez du régime politique actuel, c’est pourquoi je soutiens quiconque est en mesure de lui nuire. Le fait qu’Alexeï Navalny ne fasse pas partie de l’establishment et qu’il soit même en butte contre celui-ci ne peut que m’inciter à lui donner ma voix. C’est simple, il est le premier homme politique à me convaincre depuis dix ans.
 
Avant que ma banderole soit arrachée, j’avais entendu dire que des hommes avaient été envoyés par la municipalité pour venir les décrocher. Mais comme je vis à Arbat [célèbre rue piétonne située dans le centre de Moscou], une rue très animée et prisée des touristes, je pensais être épargné par cette mesure qui ne peut qu’attirer l’attention et donc causer du tort au pouvoir en place.
 
"Quand je suis rentré chez moi, la banderole avait disparu"
 
Le jour où ces gens sont venus chez moi, je n’étais pas là, je travaillais. À la maison, il n’y avait que mon fils de 15 ans, Matvey. Quelques minutes après mon départ, trois hommes - un policier et deux fonctionnaires - ont frappé à ma porte puis sont entrés sans présenter le moindre mandat ou document autorisant une intervention. Ils se sont tout de suite dirigés vers le balcon où était accrochée la banderole. Un des hommes – j’ai appris plus tard qu'ils'agissait du numéro 2 de notre district [la rue Arbat est située dans le district administratif central] - a expliqué à mon fils que la bannière était illégale. Matvey leur a montré les papiers qui prouvaient le contraire mais ils n’ont rien voulu savoir et ont exigé qu’il l’enlève lui-même et la leur remette.
 
Sur cette vidéo postée sur YouTube, la personne chargée de décrocher la banderole menace le propriétaire de l'appartement "de lui saigner le visage" s'il refuse d'obtempérer.
 
Mon fils m’a alors appelé sur mon portable. Il était très nerveux et il m’a passé un des policiers à qui j’ai dit que je serai de retour chez moi dans les cinq minutes. Mais quand je suis arrivé, il n’y avait plus personne et ma banderole avait disparu
 
"Cette intervention constitue une infraction dans le code pénal russe"
 
Pour comprendre ce qui s’était passé, je me suis rendu à la mairie mais là-bas, personne n’a voulu entendre mon problème. Finalement, un homme à l’accueil a eu pitié de moi et a fini par me communiquer le numéro du chef adjoint du district. J’ai tenté de le joindre, en vain.
 
J'ai écrit une lettre de plainte à la police pour dénoncer cette intervention abusive dans mon appartement. Il s'agit ni plus, ni moins d'une infraction dans le code pénal russe. La police m’a répondu hier [mardi 3 septembre] pour me dire qu’elle refusait d'ouvrir une enquête. Leur explication : pour eux Matvey était majeur, ce qui n’est pas le cas, et parfaitement conscient de ses faits et gestes. Il aurait accepté qu’ils entrent, après quoi il leur aurait remis la banderole. Evidemment, ils oublient de mentionner qu’il a fait tout ça sous la pression.
 
Il y a trois jours, j’ai décidé d’accrocher une nouvelle banderole en soutien à Navalny. On va voir ce qui se passe.
 
Billet rédigé avec la collaboration de notre Observateur Ostap et de Grégoire Remund, journaliste à France 24.
 

Commentaires

Navalnyi, Navalnyi est

Navalnyi, Navalnyi est feneant ouais!!!



Fermer