Des émeutes de l’eau secouent une ville du nord de l’Algérie

Les manifestants en colère saccagent la maison du sous-préfet de Bougaâ. Photo postée sur Twitter mardi 30 juillet.   
 
La ville de Bougaâ, près de Sétif, dans le nord de l’Algérie, vit depuis des années au rythme de coupures d’eau intempestives. Lundi, après deux semaines de grosses chaleurs passées les robinets à sec, les habitants sont sortis de leur gonds : des routes ont été bloquées et des locaux administratifs ont été saccagés. Mais les habitants ne pensent pas avoir été entendus. 
 
Plusieurs dizaines de personnes ont attaqué, lundi, la maison du chef de daïra (sous-préfet) de Bougaâ pour protester contre une coupure d’eau qui se poursuivait depuis 15 jours. Ils ont également investi le siège de l’Algérienne des Eaux, l’entreprise chargée de la distribution, mais aussi détruit le matériel et brûlé des documents qui s’y trouvaient.
 
Le ministère des Ressources en Eau (MRE) a indiqué au journal algérien "TSA" que ces coupures étaient dues à des travaux de rénovation d’un tronçon d’une canalisation reliant le barrage Aïn Zada à la ville de Bougaâ. Le chantier qui devait s’achever le 25 juillet aurait pris du retard en raison d’un problème technique.
 
Après une journée d’émeutes, dans la soirée de lundi, l’eau était revenue dans la ville. Notre Observateur ne croit pas que cela va durer, car le problème dure depuis plusieurs années.
 
Des habitants en colère rassemblés devant le siège de l'Algerienne des Eaux, l'entreprise chargée de la distribution de l'eau, postée lundi 29 juillet sur Facebook.
 
Contributeurs

"Les autorités locales ne cessent de se rejeter la responsabilisé de ces coupures. On se moque de nous."

Ahmed Hamid travaille au centre culturel de Bougaâ.
  
Le problème des coupures d’eau à Bougaâ dure depuis plus de six ans. C’est d’autant plus inexplicable que la région recèle de nappes souterraines remplies d’eau. Je ne sais pas pourquoi les autorités n’ont jamais pensé à exploiter cette ressource. [Le barrage d’Aïn Zada est actuellement l’unique source d’approvisionnement en eau de la ville et se trouve dans une autre wilaya (préfecture)] Les coupures en hiver sont moins longues et ont généralement une fréquence d’un à deux jours par semaine. Mais l’été, la situation devient très vite plus compliquée en cas de panne à cause de la chaleur et l’absence de pluie.
 
Les manifestants ont saccagé les locaux de l'Algérienne des Eaux et brûle des documents qui s'y trouvaient. Photo postée sur Facebook lundi 29 juillet.
 
L’an dernier, durant le ramadan, les habitants avaient déjà coupé la route principale de la ville par laquelle devait passer le Wali (préfet) de Sétif pour protester contre une coupure de plusieurs jours. L’eau avait été rétablie tout de suite après, mais quelques mois plus tard, il y a eu de nouveau des grosses perturbations.
 
Même scénario cette année : après les troubles de lundi, les autorités ont rétabli la distribution de l’eau mais on me signale déjà des coupures dans certains quartiers aujourd’hui.
 
La population a été privée d’eau pendant 15 jours consécutifs alors que nous sommes en plein été et en plein mois de ramadan. Des jeunes de la ville sont donc passés à l’action lundi. Les forces de l’ordre étaient sur place mais ne sont pas intervenus car ils avaient peur que la situation dégénère.
 
Ces deux semaines de galère nous ont mis les nerfs à rude épreuve, d’autant plus que l’Algérienne des Eaux ne nous a pas prévenus. Quand nous allions aux nouvelles auprès des employés, certains nous disaient que la pompe à injection censée faire remonter l’eau du barrage de Aïna Zada était en panne, d’autres ont parlé d’une fuite dans une conduite principale. C’était à n’y rien comprendre.
  
"Certains allaient chercher l’eau directement à la source"
 
Les gens se débrouillaient comme ils pouvaient. Certains disposaient d’une réserve grâce à des citernes installées chez eux. Mais une fois ce stock épuisé, il faut s’approvisionner auprès des camions-citernes qui déambulent dans la ville. Le prix de la citerne, d’une capacité de 2 000 litres, coûte 1000 Dinars (environ 10 euros) et ne tient pas plus de trois jours en cette période de chaleur. Ce montant correspond en fait à la facture moyenne d’eau domestique qu’on reçoit chaque trimestre ! Certains ne peuvent pas acheter l’eau en citerne, qui d’ailleurs n’est pas potable, et sont donc obligés de se rendre à la sortie de la ville pour collecter l’eau directement à la source dans des jerricans, notamment à In Meddah.
 
Les autorités locales ne cessent de se rejeter la responsabilité de ces coupures. On se moque de nous ! Le maire de la ville Salah Haji a dit en conférence de presse, il y a deux mois, que le problème de l’approvisionnement en eau relevait de la responsabilité de l’Algérienne des Eaux dont le directeur, lui, n’a jamais accepté de rencontrer les habitants. Il laisse toujours ses employés en première ligne face à la population en colère. Personnellement, je pense que les responsables locaux ne se sentent pas concernés par nos problèmes et ne se sont jamais battus auprès de la Wilaya pour obtenir un budget permettant de régler une fois pour toutes ce problème de canalisation défectueuse, ni de façon plus générale pour le développement de notre région [en juin, la Wilaya a accordé une enveloppe de 40 millions de dinars (400 000 euros) pour l’amélioration de l’approvisionnement en eau potable à Bougaâ]. Le cycle des émeutes n’est pas prêt de se terminer.
 
 
 
 


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