Une Américaine "modèle" pose avec son époux en plastique à Paris

Toutes des photos sont de Suzanne Heintz.
 
Suzanne Heintz a une famille modèle. Littéralement. Son époux Chauncey et sa fille Mary-Margaret sont en fait… des mannequins. Depuis maintenant plus de dix ans, l’artiste américaine, qui en fait est célibataire, réalise des photos d’elle posant avec une famille en toc. Un pied de nez aux clichés sur la famille modèle et aussi une manière de dénoncer les pressions sociales exercées sur les femmes célibataires. Récemment, Suzanne a emmené Chauncey et Mary-Margaret en voyage à Paris où elle a réalisé des photos souvenir d’un genre bien particulier.
 
Tour-Eiffel, Cathédrale Notre-Dame, jardin du Luxembourg : En juin dernier, les “Familyquins” – c’est ainsi que l’artiste a baptisé sa pseudo-famille – ont fait le tour complet des lieux touristiques de la capitale de l’amour. Sur les photos que Suzanne a ramenées, principalement des clichés pris avec son "mari", elle arbore un large sourire, exagérément joyeux, tandis que celui de Chauncey est froid et figé. C’est justement ce contraste que l’artiste voulait mettre en avant.
   
L'artiste en compagnie de son "époux" lors d'un pique-nique au bord de la Seine, avec la Cathédrale Notre-Dame en arrière-plan.
Contributeurs

"J'ai dit à ma mère :'Ce n'est pas comme si je pouvais sortir dans la rue et m'acheter une famille !' Mais au final, c'est ce que j'ai fait."

Suzanne Heintz est l’artiste qui a conçu “The Familyquins”. Elle vit à Denver, dans le Colorado.
 
Je fais cela depuis maintenant treize ans, plus que la durée de la plupart des mariages ! J’ai commencé par volonté de vengeance, mais aussi par réflexe d'autodéfense.
 
Pendant des années, j’ai été très critiquée à cause de mon célibat. Les gens autour de moi étaient occupés à pondre et à jouer les parents poule quand moi je devenais plutôt une "Carreer woman". Bien évidemment, j’ai eu des rencards et des relations amoureuses. Mais même au XXIe siècle, les gens voient en vous une vieille fille tant que vous n’êtes pas arrivé à mettre une corde au cou d'un homme.
 
Une remarque que ma mère m’a faite un jour de Noël a été la goutte qui a fait déborder le vase. Nous étions en train de discuter de ma dernière rupture tandis qu’elle préparait le dîner. Et là, elle m’a lancé de but en blanc : "Suzy, personne n’est parfait. Trouve-toi juste quelqu’un et fonde une famille avec lui. Tu n’es plus très jeune." J’ai rétorqué : "Maman ! Ce n’est pas comme si je pouvais sortir dans la rue et m’acheter une famille ! Ce n’est pas possible ! "
 
Mais en fait, c’est exactement ce que j’ai fait. Un jour, je suis passée devant la vitrine d’un magasin de vêtements en liquidation où il y avait plein de mannequins à vendre. Une idée m’a traversé la tête comme un éclair. J’ai décidé de démarrer un projet de photos de famille, avec des mannequins que j’ai achetés au magasin.
 
Sur le Pont de l'Alma.
 
"Nos vies nous appartiennent, nous ne sommes pas obligés de suivre la voie tracée par les générations qui nous ont précédées"
  
J’ai commencé modestement, en photographiant surtout des scènes de famille à la maison. Jusqu’au jour où, avec mes copines, nous avons emmené ma "Familyquin" en voiture pour une visite au Carhenge [Une attraction touristique consistant en des sculptures loufoques de voitures empilées au milieu d’un champ, dans le Nebraska], où on les a pris en photos. À partir de là, le projet a commencé à prendre une tournure plus intéressante car j’ai pris conscience de l’intérêt de le faire en public.
 
C’est un spectacle certes très drôle, mais qui contient aussi un message. L’idée est d’amener les gens à ne plus être esclaves des normes sociales traditionnelles. Quand ils voient ma pseudo-famille, les gens rient. La plupart sont très curieux, ils s’arrêtent et posent beaucoup de questions. Cela me donne une opportunité d’expliquer l’idée qui est derrière ce projet.
 
Devant l'Arc de Tripmphe.
 
"J’ai abandonné mon mari au coin de la rue"
 
Récemment, j’ai décidé d’exporter mon projet à Paris, considérée comme la ville la plus romantique du monde, le lieu idéal pour des vacances en fait. Au début, j’étais très surprise par la réaction des Français. Je fais cela depuis si longtemps, je pensais savoir à quoi m’attendre. Mais je me trompais. Voir une femme habillée à la “I Love Lucy” [star d’une émission de télé très populaire dans les années cinquante aux États-Unis] en train de trimballer des mannequins sur le Champ-de-Mars, cela semblait les laisser indifférents. Mais quand je suis partie prendre des photos dans des endroits moins touristiques, les gens ont montré beaucoup plus d’intérêt. Ils ont été généreux car ils m’ont consacré beaucoup de temps. Certains se sont même proposés de m’aider à porter le réflecteur de lumière. Selon mon expérience, le stéréotype selon lequel les Français seraient peu accueillants n’est pas du tout vrai.
 
Dans un café parisien typique.
 
Mon “mari” Chauncey est davantage un symbole qu’un personnage sur mes photos. En fait, sa rigidité représente le rigorisme des normes sociales. Sur plusieurs photos, je souris à pleines dents, exagérément, comme pour dire : "Ah c’est super, n’est-ce pas ?". C’est une parodie. Cela reflète l’hypocrisie qu’il y a dans l’image idéalisée qu’on a du bonheur. C’est un bonheur de carte postale, et les cartes-postales ne reflètent pas la façon dont se déroule véritablement un voyage. Dessus, les gens écrivent des trucs du genre :  "Hey devine où je suis ? Et toi tu n’y es pas ! Ma vie est super ! J’aurais voulu que tu sois là." Le même genre de trucs que les gens écrivent sur Facebook, qui est en fait une carte postale digitale.
 
La "famille" en train de prendre le soleil au jardin du Luxembourg.
 
Sur d’autres photos, j’ai l’air sérieuse. L’image paraît normale au premier abord et les gens s’aperçoivent qu’il s’agit d’une fausse photo de famille avec des mannequins que quand ils y regardent de plus près.
 
Quand j’étais en train de me préparer pour quitter Paris, j’ai réalisé que ramener mes maris – j’ai en fait deux mannequins de Chauncey, l’un en position debout et l’autre assis – me coûterait plus cher que si j'en achetais une fois de retour au États-Unis. J’ai donc décidé de garder ma fille (elle est plus légère) et d'abandonner mon mari. Je suppose que j’étais prête à divorcer. J’ai donc littéralement décidé de me débarrasser du bagage hérité de la génération de ma mère au coin d'une rue. Et je dois avouer que cela ma fait beaucoup de bien.
 
Chauncey "abdandonné" au coin d'une rue.
 

Commentaires

C'est une belle idée et...

C'est une belle idée et... plutôt drôle !
Ah! le fossé entre le mari et la femme qui ne semblent pas vivre la même chose au même moment .... on ne peut même pas dire que c'est du vécu puisqu'elle n'a jamais été mariée !!!
Certain(e)s pourraient prendre conscience de la triste réalité de la vie de couple ...et rechercher quelques "aménagements" pour y remédier...dans la bonne humeur !

bof, un peu daté cette

bof, un peu daté cette histoire de famille modèle, on peut faire plus subversif quand même.

En France, les femmes qui ne

En France, les femmes qui ne sont pas mariées et n'ont pas d'enfant à 30 ans passés ont exactement les mêmes problèmes et subissent exactement les mêmes pressions de la part de leur entourage.
Son travail est au contraire original car il dénonce un phénomène de société dont on parle peu.
Les hommes ne subissent pas toute cette pression. Peut-être parce qu'ils peuvent se reproduire plus longtemps que les femmes mais aussi parce qu'une femme se définit davantage à travers sa famille qu'un homme et ça ce n'est pas normal.
Une femme peut vivre et être épanouie en dehors du cliché mari/enfants/maison bien tenue/tirée à 4 épingles/petite vie bien réglée/dévouée au bonheur de sa famille.
Par exemple, aux Etats-Unis, il y a ce phénomène des "soccer moms". Des mamans qui ne vivent que pour leur petite famille et affichent un enthousiasme excessif au quotidien (soccer mom est une référence à ces mères qui jouent les ferventes supportrices aux abords des terrains de foot sur lesquels leurs rejetons disputent des matchs).
Une femme devrait pouvoir se réaliser en dehors de son mari et de ses enfants.

Oui, mais les Américains ne

Oui, mais les Américains ne vivent pas à la même époque que nous. Je veux dire, chaque peuple, ou en tous cas chaque continent, a sa propre évolution.

Yeeees ; )

Excellent : )
BRAVO!



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