Exactions de l’armée congolaise sur des cadavres de rebelles près de Goma

 
De violents combats font rage depuis dimanche entre l’armée congolaise et le mouvement rebelle du M23, non loin de Goma, au nord de la République démocratique du Congo. Une série de photos prises mardi montre que des sévices ont été commis sur des cadavres par les soldats congolais.
 
Depuis la reprise des hostilités, 130 personnes ont été tuées - 120 rebelles et 10 soldats selon les autorités congolaises. Les affrontements ont éclaté à Mutaho, à une dizaine de kilomètres au nord de Goma, la capitale du Nord-Kivu, et se sont poursuivis depuis.  La Monusco, force d’interposition des Nations unies dans la région, n’est pour l’heure pas intervenue, affirme le gouvernement.
 
Le Congo, théâtre de deux guerres sanglantes ces vingt dernières années, connaît un nouveau cycle de violences depuis qu’un groupe de soldats déserteurs, le M23, a lancé en avril 2012 une offensive au Nord-Kivu contre l’armée congolaise. Le M23 est principalement formé d'ex-rebelles rwandophones qui, après avoir été intégrés en 2009 dans l'armée congolaise, se sont révoltés. La majorité des combats ont lieu dans la région du Nord-Kivu, une zone stratégique puisqu’elle dispose de ressources minières (or, cassitérite, coltan et pétrole) considérables.
 
Le gouvernement congolais accuse l’Ouganda et le Rwanda de soutenir la rébellion, en hommes et en munitions, ce que les deux pays récusent.

 
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"J’ai vu un militaire botter les fesses d’un cadavre en disant ‘Rentrez chez vous au Rwanda’"

Alfred (pseudonyme) était mardi à proximité de la ligne de front.
 
Mardi vers midi, je me suis approché de la ligne de front, dans la localité de Kanyarushinya, où l’on pouvait apercevoir les tirs d’obus et entendre les balles. On était encadrés par des policiers. Les éléments de la FARDC étaient d’ailleurs contents de nous voir arriver.
 
Photo de Simone Schlindwein, postée sur Twitter.
 
Sur la route allant vers Kibati, après Kanyarushinya, j’ai vu deux cadavres des rebelles M23. Ils avaient été tués par balles un peu plus loin. Des soldats m’ont expliqué qu’ils avaient vérifié s’ils n’étaient pas circoncis parce que selon eux, cela prouverait qu’ils sont bien Rwandais [pourtant, aujourd’hui au Rwanda, de nombreux jeunes sont circoncis dû à des programmes de prévention contre le Sida, NDLR]. J’ai vu dans l’après-midi la photo du cadavre maltraité avec des douilles d’obus [photo prise par la journaliste Simone Schlindwein quelques instants plus tôt et postée sur Twitter. Contactée par FRANCE 24, elle nous a expliqué que les FARDC utilisaient des douilles d’obus pour écraser le sexe du cadavre, NDLR] C’est le même cadavre que celui que j’ai pris en photo à moitié déshabillé un peu plus tard. Je reconnais aussi le policier avec la ceinture de munitions au milieu de la photo.
 
 
J’ai vu ensuite un militaire botter les fesses d’un cadavre en disant : "Rentrez chez vous au Rwanda, et laissez-nous en paix". Les chefs disaient aux militaires de les enterrer, puis je les ai entendu chuchoter : "Les secouristes de la Croix-Rouge viendront le faire".
 
J’ai par ailleurs aperçu à proximité trois prisonniers de guerre, dont un blessé par balle qui était pris en charge pour être soigné.
 
Il existe une base de la Monusco dans la localité voisine de Kanyarushinya. Mais la veille, les éléments qui ont essayé de s’avancer vers la ligne de front ont été chassés par des groupes de jeunes pro-armée. Ils refusent que la Monusco s’interpose car ils veulent que les FARDC en finissent avec la rébellion. Ils n’ont laissé aucun véhicule estampillé Nations unies s’approcher des combats.
 
Ces scènes d’exaction ne sont pas si fréquentes, il s’agit davantage de cas isolés. La tension était telle ces derniers jours à proximité de la ligne de front qu’on s’imagine que toutes les horreurs sont possibles.
 
Je ne sais pas si les éléments du M23 font la même chose de leur côté en ce moment. Ce qui est certain, c’est que lorsqu’ils sont entrés à Goma en novembre 2012, ils avaient laissé les cadavres des FARDC des jours durant joncher dans les rues de la ville.
 

L’armée congolaise évoque des "cas isolés"

 
Selon le porte-parole des FARDC au nord Kivu contacté par France 24 : "Nous ne sommes pour l’heure pas au courant de cet incident. Il y a effectivement beaucoup de cadavres à proximité de la ligne de front que nous demandons à la Croix-Rouge de venir chercher. Les prisonniers sont quand à eux bien traités.
 
Il est possible que, dans des cas isolés de soldats stressés par les combats, des actes de maltraitance aient lieu. Mais en aucune mesure il ne s’agit d’un ordre du commandement, qui fait au contraire tout son possible pour maîtriser ces réactions incontrôlées. Nous déplorons ces actes."


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