La disparition de la culture des Bédouins du Néguev est-elle en marche ?

Bédouins de Néguev dans un village de Cisjordanie. Photo publiée sur la page Facebook Bédouins du Néguev.
 
Peuple arabe semi-nomade présent depuis plusieurs siècles dans le désert de Néguev, les Bédouins vivent sur ce qui constitue depuis 1948 le territoire israélien. Lundi 15 juillet, des militants ont dénoncé la volonté de l’État hébreu de déplacer une dizaine de leurs villages et de confisquer plusieurs centaines de milliers d’hectares pour urbaniser le désert. Un Bédouin s’inquiète de la mise en péril de sa culture.
 
Les manifestants dénoncent principalement le plan Prawer-Begin, en cours de vote au Parlement israélien, et qui prévoit le regroupement et le relogement d’environ 40 000 Bédouins, vivant actuellement dans des villages reculés du Néguev, en échange de compensations financières.
 
Depuis 1968, Israël a déjà construit sept petites villes où a été regroupée plus de la moitié de la communauté bédouine. Mais 45 villages de Bédouins ont résisté à cette politique d’urbanisation et sont désormais considérés comme illégaux par l’État hébreu, qui accuse par ailleurs les habitants de ces villages de continuer à construire sans autorisation.
 
Lundi, plusieurs centaines de manifestants étaient dans les rues d'Israël pour s'opposer au plan Prawer. Photo Atta Jabr.
 
Les autorités israéliennes proposent, dans le cadre du plan Prawer-Begin, de reloger ces habitants dans de nouveaux immeubles sans pour autant préciser le lieu exact des nouvelles constructions.
 
La somme des compensations, évaluées entre 1,3 milliard et 1,8 milliard d’euros, a immédiatement été dénoncée comme trop généreuse par la droite israélienne. Tandis que ces dépenses sont jugées dérisoires par la communauté bédouine soutenue par de nombreux militants arabes israéliens qui estiment que cette population serait lésée.
 
 
Hier, dans la bande de Gaza, en Cisjordanie et dans plusieurs villes d’Israël, des centaines de personnes manifestaient tandis que des magasins ont organisé une journée morte en soutien aux Bédouins de Néguev. À Beer Sheva, ville principale du district sud d’Israël, qui comprend le Néguev, 14 personnes ont été arrêtées alors que les manifestants tentaient de bloquer une route. Trois policiers ont été blessés. Au total, 28 personnes ont été arrêtées dans le cadre de la mobilisation de lundi.
 
En guise de soutien aux Bédouins, des magasins de Beer Sheva étaient fermés.
  
Amichai Yogev, représentant dans le district sud de l’ONG sioniste Regavim, qui milite pour la "protection des territoires israéliens", affirme que les personnes mobilisées sont principalement des militants des minorités arabes d’Israël et comptent finalement peu de Bédouins. Il accuse ces militants de vouloir instrumentaliser le débat afin de "créer le chaos et rendre le problème insolvable".
 
Le plan Prawer-Begin est l'un des volets d’une vaste politique lancée dans les années 2000 organisant le désengorgement du littoral côtier israélien. Des programmes qui passent par le développement des infrastructures, notamment les transports, permettant de rendre le désert habitable.
 
Les Bédouins, environ quatre millions, sont un peuple présent dans le désert du Sinaï, les déserts d'Arabie et de Syrie, de culture et de dialectes arabes vivant principalement d’élevage et d’agriculture. 
 
Les Bédouins sont une population semi-nomade vivant principalement d'élevage. Photo publiée sur la page Facebook Bédouins du Néguev.
Contributeurs

"Notre terre à une valeur symbolique, ce n’est pas une question de superficie"

Ibraheem al-Wakili est bédouin. Il est membre du conseil régional des villages du Néguev non reconnus par Israël.
 
Nous sommes en tout 203 000 Bédouins si on compte ceux qui ont été déplacés [l’armée israélienne procède à des manœuvres dans ce désert depuis 1968 ]. Aujourd’hui, les Bédouins vivant dans le Néguev sont 97 000, et 40 000 sont concernés par le plan Prawer-Begin. Mais on sait très bien que le tour des autres viendra aussi.
 
Les Bédouins sont semi-nomades, ils bougent selon les saisons : ils ont leur cheptel qu’ils emmènent paître loin du désert. Mais nous avons un domicile, et nous revenons toujours sur notre lieu d’habitation au bout de quelques mois.
 
Aux yeux de la loi israélienne, certaines de nos habitations sont illégales [officiellement, Israël ne reconnaît la propriété terrienne dans le Néguev que si le propriétaire terrien est en mesure de présenter un document fourni par l’administration mandataire britannique avant 1921, or, très peu de Bédouins ont récupéré ce document ]. Pourtant, beaucoup d’entre nous possèdent des titres de propriété qui datent de l’époque ottomane, certains vieux de 300 ans, d’autres ont eu des titres de propriétés dans les années 1930 sous mandat britannique, mais ça n’a aucune valeur aux yeux d’Israël.
  
La plupart des activités de cuisine des Bédouins se pratiquent en extérieur.
 
 "On a peur de perdre notre accent, nos traditions…"
 
Le dédommagement implique que chaque foyer obtiendra un terrain, mais ça ne convient pas du tout à notre mode de vie. Notre terre à une valeur symbolique, ce n’est pas une question de superficie. On a par exemple une pièce dans nos habitations, qu’on appelle le diwan, et qui sert à accueillir les étrangers que l’ont reçoit chez nous. On fait une séparation claire entre notre intimité et les invités. Dans ces nouvelles maisons, si elles ressemblent aux sept villages qu’on connaît déjà, il n’y aura probablement aucun de ces aménagements.
 
Le Diwan, pièce de séjour spécialement aménagée pour recevoir les invités, fait parti de la culture des Bédouins. Photo Yoan Lerman.
 
L’État d’Israël souhaite nous sédentariser : nous allons nous retrouver dans des villages construits de toutes pièces entourés de personnes qui parlent hébreu, ce qui n’est pas le cas de la plupart d’entre nous. Il sera très compliqué pour nous de nous intégrer. Un quart des Bédouins vivent grâce aux cheptels et 40 % de la culture de la terre. On veut nous enlever notre tradition d’élevage et d’agriculture. On a peur de perdre notre accent, nos traditions… Dans de tels immeubles, on se sentirait prisonniers physiquement et psychologiquement.
  
Des logements, comme dans la ville de Hura, ont été construits pour accueillir les Bédouins, mais ces derniers seraient inadaptés à la culture bédouine, selon les représentants de la communauté.
 
 "Beaucoup d'arabes d'Israël se sentent proches de nos problèmes"
 
C’est vrai que dans les manifestations de lundi, il y avait des drapeaux palestiniens, et que beaucoup de manifestants ne sont pas bédouins. Mais ça ne change rien au problème. Ce n’est pas de la récupération politique : si d’autres personnes viennent manifester avec nous, c’est parce qu’elles se sentent proches de nos problèmes. Au fond, c’est la même problématique d’accaparation des terres et de déplacement de population que nous vivons. Nous estimons qu’on veut nous chasser. On a la sensation que c’est notre terre, et qu’on va nous la prendre pour étendre un territoire. Pour nous, c’est comme si ça devenait un territoire occupé [le désert de Néguev est sous administration israélienne depuis le partage de 1948].
 
 
 
Selon la communauté des Bédouins, certains villages, comme celui d'Al-Araqeeb, ont été détruits plus de 50 fois. Photos Dukium.org.
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron) et Sarra Grira (@SarraGrira), journalistes aux Observateurs de France 24.

Commentaires

Dans de nombreux pays du

Posté deux fois a six heures intervalle. Les deux apparut dans le même quart d'heure. J'efface une des versions.

Dans de nombreux pays du

Dans de nombreux pays du moyen-orient les Bédouins occupent la même position que les Rom en Europe. Ils sont là, personne le les veut, ils sont pauvres, peu éduqués, vivent différemment. Doivent-ils être intégrés, personne n'a la bonne réponse. Ils sont discriminés partout, 100'000 sédentarisés au Liban, mais qui leur refuse la nationalité libanaise, ou en Egypte qui a aussi un plan de sédentarisation, et ou ils n'ont pas le droit en autre de joindre l’armée ou même de former un mouvement politique et sont emprisonnés par milliers au moindre incident.
Mais bien sur quand ça se passe en Israel, ce qui est normal et ne fait pas la presse ailleurs devient un crime de première importance. Pour plus d'information cliquez les liens suivants:
IRIN News Discrimination contre les Bédouins en Egypte
Time Of Malta Discrimination contre les Bédouins au Liban
AfricanGlobe Africains torturé et tué par des Bédouins arabes dans le Sinaï Ce qui peut expliquer le traitement et les tentatives de contrôle de ses populations par les Égyptiens

Bonjour Gautier

Merci Gautier de tes interventions, tu a l'art et la manière de rééquilibrer et d'assainir les débats, de plus,tu m'apprend des tas de choses que je ne connaissait pas ou très mal.
Bien a toi. Eddy

@ Bruno et ces compères.

@ Bruno, j'adore vos "guerres occidentales et de croisades "
En effet les sunnites et les chiites, les talibans, les pacifistes du Hamas , du Hezbolah, sont de charmants et tendres ennemis qui descendent tous droit des Celtes , des Gaulois, ou bien des Vikings, ceux que l'on appel les occidentaux.
Vous êtes impayable, vous et vos compères Illyrian, Vraie Réticences , etc etc ,,,
Eddy

Bravo!

Bravo pour la publication de ce message ! Je l'ai écrit sans espoir d'être publié !! Il est très critique mais il donne la mesure de l'exaspération d'un humain face aux humiliations pour ne pas dire les crimes dont sont victimes les palestiniens au quotidien Pour moi ARRACHER UN OLIVIER est le sommum du crime sioniste même s'il n'y a pas mort d'homme mais tout est dans la symbolique et j'ai du mal à entendre qu'on puisse justifier l'arrestation d'un gamin de cinq ans et je serai aussi virulent contre un musulman ou un chrétien qui arréterait un gamin juif LA REGLE EST SIMPLE on ne touche pas à un enfant surtout quand on humilie ses parents !!!



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