Zuola, pionnier du journalisme citoyen en Chine

Le blogueur Zhou Shuguang diffuse un message vidéo lors de sa couverture d'une manifestation à Taiwan.
 
Zuola a 31 ans. Depuis 2007, il est l'un des blogueurs chinois les plus influents. Il revient, pour les Observateurs, sur les reportages "citoyens" qui ont fait sa notoriété et sur ses astuces pour contourner la censure des autorités chinoises.
 
Rien ne destinait Zhou Shuguang au journalisme citoyen, lui qui travaillait comme réparateur d'ordinateurs dans une entreprise de graphisme et d'animation 3D. En mai 2004, à 23 ans, il commence à publier de petites histoires sur la petite ville de Meitanba, dans la province du Hunan. Il y fait état alors des mouvements sociaux ou de petites histoires de corruption.
 
En mars 2007, il se fait connaître en postant des articles sur un couple qui s’oppose à un projet de démolition de sa maison à Chongqing, juché sur un lopin de terre au milieu de nulle part. Pour se rendre sur place, à 900 kilomètres de son domicile, il fait appel aux dons de ses lecteurs. Un modèle de financement qu’il gardera par la suite.
 
En 2008, Zuola couvre une affaire de meurtre d'une jeune fille à Wengan, dont les médias traditionnels n'ont pas parlé.
 
Zuola couvre les rassemblements des habitants de Wengan, décidés à médiatiser l'affaire. Après son enquête, Zuola est interpellé chez lui par la police. Il twittera en direct sa détention.
 
Présenté comme un précurseur en matière de journalisme-citoyen en Chine par les médias internationaux, Zuola est aujourd’hui le sujet, avec un autre blogueur chinois de 57 ans, d’un documentaire réalisé par l’Américain Stephen Maing sorti en juin dernier.
 
Zuola est un Observateur régulier de FRANCE 24. Il a notamment publié sur ce site des photos inédites prises le lendemain du massacre de Tian'anmen qu’il avait pu récupérer plus de 20 ans après les événements.
 
Zuola continue de couvrir l'actualité sociétale à Taïwan, où il vit aujourd'hui. ici les manifestations anti-nucléaires en mars 2013.
Contributeurs

"Je ne me sens pas en danger car ce que je fais est légal"

Zhou Shuguang alias "Zuola" vit à Taïwan depuis 2011, où il a rejoint sa femme, mais retourne régulièrement en Chine.
 
Quand je rencontre quelqu’un, je ne me présente pas comme journaliste, mais comme un blogueur qui veut parler de leur histoire. Lorsque ça part d’une démarche amateur, tout va bien, mais cette fonction a tendance à se 'bureaucratiser' [l’agence de presse officielle Xihua a récemment lancé un logiciel pour inciter les journalistes-citoyens à partager leurs infos]. Avec le développement des moyens de communication, c’est sûr qu’il est plus facile d’être journaliste citoyen aujourd’hui que lorsque j’ai débuté !
 
Les Chinois sont conscients de la censure dans les médias traditionnels et ils pensent qu’Internet va permettre de combler ce vide. Tous ceux que je rencontre, même dans les coins reculés, sont très réceptifs à l’idée d’être filmés, pris en photo, et de savoir que leur histoire va se retrouver quelque part, même si tout cela reste virtuel et qu’ils ne savent pas bien ce qu’est Internet. C’était cela ma démarche pour le premier reportage à la 'maison-clou' : aller voir ces gens dont personne ne parle et faire connaître leur histoire, leur visage. Je n’aurais jamais pensé que mon blog allait passer de 5 000 à 500 000 visiteurs par jour !
 
Zuola est l'un des premiers à rencontrer et à interviewer le couple qui s'oppose à la destruction de sa maison.
 
Des manifestants, attirés par les articles de Zuola, se sont rendus sur place pour soutenir le couple.
 
Après cet article, j’ai commencé à voir mes publications censurées. Des vidéos que j’avais mises sur Youku [le YouTube chinois] ont été bloquées par le 'bouclier doré chinois' [parefeu mis en place en 2003 pour censurer Internet]. Certains articles étaient supprimés car ils comportaient des mots-clés censurés par les autorités. Beaucoup d’internautes me disaient qu’ils n’arrivaient plus à accéder à mon site car leur adresse IP avait été repérée.
 
Ça m’a incité à améliorer mes méthodes de travail. Depuis cet épisode, je fais toujours au moins deux copies de mes vidéos et photos dont une est hébergée sur un serveur à l’étranger. J’encourage les gens à suivre mes flux RSS pour éviter d’attirer l’attention des autorités s’il y a trop de connexions sur un article et j’ai mis en place une adresse sécurisée HTTPS qui permet de crypter les données.
 
Sur l'un des articles de Zuola, à propos de la "maison-clou" : "Contenu bloqué en accord avec la législation, diffusion limitée"
 
Un deuxième reportage fondateur a été celui de la manifestation à Xiamen contre l'implantation d'une usine pétrochimique. Je venais d’acquérir un Blackberry et j’ai couvert la manifestation en direct en envoyant des tweets par SMS et en prenant plusieurs photos, quelque chose qui était encore très peu fréquent en Chine.
 
Premières vidéos diffusées par Zuola lors de sa couverture des manifestation à Xiamen.
 
Parfois, les internautes me demandent si je suis narcissique parce que je poste des photos de moi devant les scènes où je me rends [Zuola a également fait imprimer des t-shirt à son effigie pour financer son blog ]. Peut-être qu’ils ont raison ! Mais pour moi, c’est un moyen de montrer que je suis un témoin des événements, et que je n’ai rien à cacher. Poster mon visage, c’est montrer à Internet que je suis libre.
 
 
Mon nouveau projet, c’est de transmettre mes connaissances, détailler les méthodes de contournement de la censure, comme l’utilisation de proxys cachés [Zuola publie régulièrement des astuces sur Twitter pour éviter la censure], ou populariser des méthodes qui permettent de crypter les communications, même lorsqu’on utilise Gmail ou Skype [le logiciel est accusé par des associations de défense des libertés de participer à la censure des communications sur Internet ].
 
Beaucoup de Chinois n’osent pas lancer des blogs parce qu’ils ont peur des sanctions des autorités [au moins 29 journalistes et 69 blogueurs citoyens sont actuellement emprisonnés en Chine selon Reporters sans frontières]. Je ne nie pas qu’il n’y a pas de risques. Mais comment pouvez-vous savoir les limites qui existent si vous ne les testez pas ? Moi, je ne fais que 1 mètre 61, je suis plutôt gringalet, et je fais des reportages sans dramatiser les choses, juste pour montrer ce que vivent les gens. Jamais je ne me sentirais en danger, parce que tout ce que je fais est légal.
 
Cet article a été écrit en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.

Commentaires

notre chant paillard"boire un petit

coup" c'est agréable , manifestement plait aux chinois car ils se montent des caves à BORDEAUX. dans des mobil homes .Aussi la chine serait en pleine expansion sauf les jours ou des millions de paysans vivant en ville retournent (dixit les reporters) dans leurs honorables familles qui " heureusement" vivent en souvenir de leur éducation de 5000ans dont l'EUROPE DEVRAIT S'INSPIRER ,pour ne pas se casser la gueule avec un smic qui leur est 10 fois supérieur . La chanson ; comme d'habitude est d'actualité , NON?

Zuola - c'est bien.

J'aime l'attitude décontractée de Zuola. Si l'on regarde les documentaires venant de la Chine et "qui passent", on a l'impression que les autorités là-bas ont une notion un peu énigmatique de "critique constructive" et qui permet finalement de parler ouvertement de beaucoup de choses ( je vous rappelle que notre Platon, dans la "Politeia", avait un plan de censure élaboré ... ).
Finalement, on est en face d'un système repressif patriarcal où le père fouettard accepte tacitement les enfants malins. C'est pourquoi nos critiques sont souvent trop grossières : "totalitaire" se lit "tais-toi et débrouille-toi".



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