Levée de rideau sur le théâtre sud-soudanais

Répétition de la troupe.  Photo envoyée par Nichola Lado, coordinateur du SSTC.
 
Vêtus de costumes traditionnels, ils déclament du Shakespeare en arabe de Juba : les acteurs de la South Sudan Theatre Company (SSCP), une troupe de théâtre qui a vu le jour au même moment que le tout nouveau Soudan du Sud, remuent ciel et terre pour y faire vivre leur art.
 
L’idée de monter cette troupe de théâtre a été lancée juste après l’indépendance du pays, célébrée en juillet 2011, par trois personnalités du monde du théâtre ayant travaillé entre le nord et le sud de l’ancien Soudan. Comme ils l’expliquent sur leur site, les artistes sud-soudanais ont expérimenté différentes formes théâtrales pendant la guerre, notamment dans les camps de déplacés , et l’indépendance a été pour eux le moment opportun pour commencer "à gérer l’ identité culturelle du pays  fièrement comme un peuple indépendant". 
 
À peine formée, la compagnie est invitée en avril 2012 à participer à la première édition du festival Globe to Globe à Londres, un rassemblement de troupes venues du monde entier pour réciter du Shakespeare dans leur propre langue. Une aubaine pour la South Sudan Theatre Company qui a choisi de jouer Cymbeline en arabe de Juba, une langue simplifiée, inventée à l’époque de l’empire britannique. Le succès est immédiat et la presse dithyrambique
 
Un an après, la troupe tente vaille que vaille de maintenir sa lancée en multipliant ses représentations au Soudan du Sud, mais les lieux manquent, comme les fonds.
 
Répétition de la troupe.  Photo envoyée par Nichola Lado, coordinateur du SSTC.
Contributeurs

"Lors des répétitions, les passants me disent 'vous êtes trop méchante !' mais je ne fais que jouer"

Ester Liberato est actrice et auteur dramatique dans la troupe depuis 2012.
 
Avant de rejoindre la troupe, j’ai travaillé pendant des années pour des pièces de théâtre radiophonique. Aujourd’hui, je me partage entre notre nouvelle compagnie et les cours de théâtre que je donne à l’université de Juba. Je suis dans ce monde depuis longtemps mais, depuis l’indépendance, ce que j’apprécie particulièrement c’est que nous avons une nouvelle liberté de ton. On en a fini avec les nombreux conflits que nous avions avec notre voisin soudanais, et on est libre d’exprimer, chez nous, nos opinions.
 
Dans la pièce Cymbeline, une adaptation de la pièce de Shakespeare, je joue une reine particulièrement mauvaise, jalouse et manipulatrice qui tente de faire assassiner le roi et sa fille pour que son fils récupère le royaume. Ce n’est pas un rôle facile à jouer parce que les gens vous en veulent. Pendant les répétitions, les passants me disent 'vous êtes trop méchante !' mais je ne fais que jouer ! Les Sud-Soudanais commentent beaucoup ce qui se passe sur scène.
 
Répétition de la troupe. Photo Ellie Kurttz, envoyée par Nichola Lado, coordinateur du SSTC.
 
Depuis peu, nous jouons une nouvelle pièce très intéressante, je dirais même politique, car elle a beaucoup de similarités avec les défis de notre nouvelle société. Elle s’appelle "The case of the donkey shadow" ["Le procès pour l’ombre de l’âne" de  Friedrich Dürrenmatt ] et raconte l’histoire d’un homme qui loue un âne pour un voyage, mais se voit refuser le droit de s’asseoir dans son ombre au motif qu’il n’a pas payé pour. Et d’un problème qui paraît anodin, naissent des conflits beaucoup plus importants dans lesquels chacun déverse sa colère. Ce sentiment parle aux habitants de ce pays. On a du mal à pardonner, les insultes partent vite.
 
Jouer la comédie, c’est une thérapie pour soigner nos blessures. Passer de rôles colériques à joyeux, c’est un moyen formidable de canaliser ses émotions.
 
Reportage du British Council sur la participation de la troupe au Globe to Globe 2012
 
"Le plus important c’est qu’on ait vite notre propre lieu"
 
Lorsque nous sommes partis à Londres en 2012, c’était la folie. La population était très fière de nous car nous étions la première réussite à l’étranger de notre tout jeune pays. Depuis, nous avons joué environ quatre fois à Juba. Il n’y a qu’un seul vrai théâtre dans la ville et la location pour la soirée est de plus de 250 euros. Donc on s’arrange pour se faire prêter des salles. Lors de notre dernière représentation le 27 mars, il y avait plus de 1 000 personnes. On sait que les gens veulent nous voir. Le plus important, c’est donc que l’on ait vite notre propre lieu pour répéter et jouer. Il faut maintenant que nous puissions faire rentrer de l’argent, c’est pour cela que nous proposons actuellement notre projet à différents bailleurs.
Billet écrit avec la collaboration de Ségolène Malterre, journaliste à France 24.

Commentaires

Ne pouviez vous pas montré

Ne pouviez vous pas montré une image plus seduisante que celle qui frappe en premier aux yeux... le monde chanez mais vous...

Bravo!

Je suis comédienne également, je salue votre courage. Cela ne doit pas être facile d'imposer l'Art théâtrale dans un pays en guerre. Je vous admire et tous mes vœux de réussite vous accompagnent!

Bien amicalement

Christine VALLE



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