Jour de présidentielle en Iran : témoignages et photos d'électeurs

Cinquante-cinq millions d'électeurs sont appelés aux urnes aujourd'hui pour élire leur président.
 
Nos Observateurs iraniens nous font vivre l'élection présidentielle en Iran. Ils sont partagés entre l'espoir que les choses changent et la désillusion envers les hommes politiques de leur pays et nous expliquent pourquoi ils sont allés voter aujourd’hui… ou pas.
 
L'un des enjeux majeurs de cette élection est son taux de participation. Toute la journée de vendredi, les photos montrant des bureaux de vote iraniens vides se sont multipliées sur les réseaux sociaux. Sur la photo ci-dessous, prise devant un des bureaux de Shahroud, dans le nord de l'Iran, à 16 heures (heure iranienne) par un Observateur, qui explique qu'il n'y a pas la moindre file d'attente.
 
 
A l'inverse, les agence d'information officielles, comme Mehr News Agency, affirment que, malgré une température avoisinant les 40°c, les Iraniens font la queue dans le sud du pays pour aller voter.
 
 
Certains candidats ont donné dès le début d'après-midi leurs résultats des élections, sans que leurs chiffres n'aient rien d'officiel. Les partisans de Saïd Jalili ont ainsi annoncé ce matin sur une page non officielle du candidat conservateur sur Facebook sa présence au second tour, avec Mohammad Bagher Ghalibaf , en se basant sur une enquête auprès de 37 000 Iraniens.
 

"Si Jalili devient président, la situation dans notre pays pourrait devenir catastrophique"

Shabnam a 28 ans. Elle est une activiste politique qui faisait partie du Mouvement vert à la suite de l’élection présidentielle de 2009.
 
Au départ, je voulais voter pour Abkar Hachémi Rafsandjani [un réformiste ancien président entre 1989 et 1997 qui, pour cette élection, a été disqualifié par le Conseil des gardiens]. Quand il a annoncé qu’il se présentait pour la présidentielle, ça a donné un peu d’espoir à beaucoup de gens, parce que les gens se souviennent que la situation était bien meilleure quand il était à la tête de l’État. Sa disqualification a été un coup de massue pour nous. À l’heure où je vais au bureau de vote, je ne sais pas quel bulletin je vais mettre dans l’urne.
 
Parmi les conservateurs, Ali Akbar Velayati me paraît le moins dangereux. Il est plus modéré que les autres candidats et à l’air d’être un meilleur gestionnaire [Velayati a été ministre des Affaires étrangères entre 1981 et 1997]. Ce qui m’inquiète, c’est que si un conservateur est élu, comme Saïd Jalili, la situation économique, déjà très difficile, pourrait devenir catastrophique.
 
Les électeurs iraniens postent sur Facebook des photos de leur doigt tamponné d'encre, signe qu'ils ont accompli leur devoir de citoyen.
 
"Même s’il y a de fortes chances qu’il y ait des fraudes, ça ne veut pas dire qu’on doit rester assis à ne rien faire"
 
La classe moyenne iranienne est en train de disparaître, beaucoup de personnes que je connais n’ont pas reçu leur salaire depuis des mois. En plus de ça, on vit dans un sentiment perpétuel d’insécurité qui rend l’atmosphère suffocante. Quel qu’il soit, j’espère que le futur président sera capable de régler les problèmes économiques que nous rencontrons depuis trop longtemps et mettre fin à cet État policier.
 
Même s’il y a de fortes chances qu’il y ait fraude électorale, ça ne signifie pas qu’on doive rester là, assis à ne rien faire. S’ils nous mettent dehors par la porte, on reviendra par la fenêtre. Aujourd’hui, peut être qu’ils pensent qu’ils peuvent jouer avec le peuple. Mais je suis sûre qu’un jour, ils devront se prosterner devant nous pour avoir notre vote.
 

"Cette élection n’est pas un carnaval comme les précédentes"

Sadeq Nikou est un activiste conservateur.
 
On sent que par rapport aux précédentes élections, notre pays a mûri, et ça se voit dans l’attitude du peuple et des candidats. Ces derniers n’ont pas dépensé plein d’argent dans leur campagne, ils n’étaient pas dépendants d’un parti politique ou une corporation, ils ont mené leur campagne en jouant à la fois sur leur personnalité et leurs idées. Cette austérité me plaît bien, cette élection n’est pas un carnaval comme les précédentes. Je crois que les pays de l’Ouest comme de l’Est devraient prendre exemple sur cette élection iranienne.
 
Peut-être que de l’extérieur, on a l’impression qu’il n’y a pas d’enthousiasme autour de l’élection, mais ce qui est sûr, c’est que les gens parlent des candidats dans les taxis, dans le métro… avoir les programmes était essentiel pour beaucoup de gens, et même les chaînes satellitaires [officiellement illégales en Iran] ont été obligées de diffuser des programmes politiques. Les gens se sont intéressés de près à ces programmes, et ça, ça promet à mon avis un taux de participation important. 
 
Des Iraniens vivant en Australie ont parcouru les 1 000 kilomètres qui séparent Adelaïde de Canberra pour aller voter à l'ambassade d'Iran.  
 
"Les médias étrangers qui disent que l’ayatollah Khamenei supporte Jalili savent très bien ce qu’ils font"
 
Chaque candidat a sa caractéristique propre qui fait son charme. Ghalibaf semble être un bon dirigeant, sa jeunesse et son énergie lui permettent de se démarquer des autres candidats. Il croit dans un Iran plus fort demain, et ça se voit dans son programme. Saïd Jalili est également très jeune, ses expériences dans le domaine diplomatique et son intransigeance lors des différents débats font de lui un héritier de la Révolution islamique.
 
Quoi qu’il en soit, l’Iran a de beaux jours devant lui si Qalibaf ou Jalili est élu président. Entre ces deux, je n’ai pas encore choisi pour qui irait mon vote.
 
Beaucoup de gens disent que le Guide suprême, Ali Khamenei, supporte Jalili. Il a pourtant repété à plusieurs reprises que personne ne savait quel était son choix personnel. Ces allégations sont faites par des médias étrangers qui savent très bien ce qu’ils font. Si Jalili gagne, ils vont accuser l’ayatollah d’être intervenu dans l’élection. Et si Jalili perd, ils diront que ça montre bien que le peuple et son Guide suprême sont en désaccord.
 

"Beaucoup de gens n’en ont rien à faire de cette élection"

Kaveh a 30 ans. Il n’ira pas voter aujourd’hui.
 
Il y a eu des fraudes lors des précédentes élections et le gouvernement ne l’a jamais admis. Il n’y a aucune raison pour qu’ils aient mon vote cette fois, ça sera même probablement pire lors de cette élection. Psychologiquement, je ne peux pas m’impliquer dans cette nouvelle élection.
 
En plus, tous les candidats ont dû passer le filtre du Conseil des Gardiens, ils sont tous similaires. Le régime a donné plusieurs options, qui sont en fait une seule possibilité, il n’y a même pas de choix possible entre différentes écoles de pensée. 
 
À Qom, à 150 kilomètres au sud-ouest de Téhéran, une poubelle transformée en urne.
 
"Le président n’est pas le décisionnaire sur la question du nucléaire, donc peu importe qui gagne, il ne pourra rien faire à propos des sanctions"
 
Avant, je suivais de très près l’actualité politique de mon pays, mais elle m’intéresse de moins en moins depuis cette année. Tous mes amis pensent pareil, beaucoup de gens n’en ont rien à faire de cette élection.
 
Certains disent que le prochain président pourrait améliorer la santé économique du pays. Mais, pour moi, l’état économique du pays est dû aux sanctions internationales, et le président ne pourra rien faire à propos des sanctions car il n’est pas décisionnaire sur la question nucléaire.
 

Commentaires

Propagande !

Un bel exemple de démocratie surtout quand on entend tout ce qu'on entend dans nos médias "formatés" Par exemple je n'ai pas plus de chance d'être président en france avec 500 signatures et l'exigence mafieuse politique et financière que d'être président en iran avec leurs exigences à eux ! Alors FOUTEZ leur la paix RESPECTEZ ce grand peuple et CESSEZ de le stigmatiser !!!



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