Douala, port de la défonce

Capture d'écran de la vidéo montrant un homme sous l'emprise de la "colle" à Douala.
 
Dans les quartiers périphériques comme au centre ville de Douala, capitale économique du Cameroun, beaucoup de jeunes sont passés du cannabis aux drogues dures. Notre Observateur a enquêté sur ce juteux trafic.
 
Située sur la côte atlantique, la ville de Douala est un port stratégique pour le Cameroun. Des milliers de containers y transitent chaque jour, une aubaine pour les narcotrafiquants qui y glissent leurs stupéfiants. À l’instar de Cotonou (Bénin), Lomé (Togo), Lagos (Nigeria), Douala est une des plaques tournantes du trafic mondial de drogues. Il n’existe pas de statistiques officielles, mais les saisies sont régulières sur les côtes camerounaises. En août 2011, 141,5 kg de cocaïne avaient ainsi été trouvés à l'intérieur de bouteilles d'huile végétale dans un cargo amarré au port de Douala. Les trafiquants passent aussi par les airs : en 2012, plus de 6 kilos d’héroïne ont été interceptés à l’aéroport de Douala.
 
Du coup, il est de plus en plus facile de trouver à Douala toutes sortes de drogues. Parmi celles en circulation, une "colle" connaît un certain succès. Selon notre Observateur, cette drogue se présente sous la forme d’un liquide marron placé dans un sachet, que les consommateurs mettent sur un mouchoir et sniffent. Elle susciterait des étourdissements similaires à ceux dont est victime cet homme, avant de provoquer une profonde fatigue.
 
Un homme titube sous l'emprise de la "colle" à Douala. Vidéo postée sur Facebook par Zack Tatem
 
En 2008, le psychologue clinicien Théodore Kommegne, spécialiste des drogues et de l’alcool chez les jeunes, a réalisé une enquête sur les classes de 3e à la terminale de trois établissements scolaires de Douala. Résultat : 5% des 1200 élèves interrogés affirment avoir déjà consommé des drogues médicamenteuses, avec une nette préférence pour l’héroïne (64%) et la cocaïne (57%). Pour Théodore Kommegne, cet intérêt pour les drogues dures peut notamment s’expliquer par la baisse des prix. Il affirme ainsi qu’une dose de "caillou", nom de code de la cocaïne, coûte désormais entre 1500 et 2000 francs CFA (entre 2,30 et 3 euros), contre 3000 francs CFA il y a encore quelques années. 
Contributeurs

"Ils prennent du tchap, de la colle ou des cailloux"

Frank William Batchou a 28 ans. Il est journaliste et blogueur à Douala. En 2011, il s’est fait passer pour un consommateur de drogues afin de comprendre le trafic local.
  
À force d’entendre parler d’arrestations de personnes transportant de la drogue ou en consommant, et de saisies à l’aéroport ou au port de Douala, j’ai voulu comprendre comment fonctionnait le trafic dans la ville, et je me suis rendu dans les quartiers où se vendent les drogues. Mais en me présentant comme journaliste, les dealers étaient méfiants et ne voulaient pas me répondre. J’ai donc décidé d’y retourner en me faisant passer pour un consommateur.
 
Je suis d’abord allé au Marché Congo, un quartier connu pour être un repère de dealers. J’ai rapidement trouvé un dealer. Je lui ai dit que j’étais chanteur, que j’avais un concert le surlendemain et que j’avais besoin d’un stimulant contre le trac. Le type m’a alors demandé d’avancer 1000 francs CFA et de revenir plus tard. C’est une technique répandue avec les néo-consommateurs, afin de s’assurer qu’ils sont motivés et surtout ne sont pas des policiers déguisés. Je suis retourné sur les lieux l’après-midi, et là un autre gars m’a donné une dose d’héroïne en échange de mes 1 000 francs CFA.
 
Il y a des noms de codes pour désigner les drogues. La cocaïne et l’héroïne en poudre sont regroupées sous le terme de "caillou". Et ce qui se fume est souvent désigné par le mot "tchap" qui veut dire feuille dans plusieurs langues de l’ouest du Cameroun. Quand quelqu’un consomme de la drogue, on dit qu’il se "pinte".
 
La drogue se vend essentiellement dans des quartiers périphériques de Douala, comme le quartier Makéa ou à "Dubaï", surnommé ainsi parce qu’on y fait de juteuses affaires… Mais elle se trouve aussi en plein centre ville, notamment dans une école, la Camwater, où je me suis également rendu. Une partie de cet établissement est aménagée pour le sport, mais elle est assez délaissée, des mauvaises herbes y poussent et c’est devenu un repère de junkies, qui viennent y fumer de l’héroïne ou du cannabis en regardant les gens jouer au foot.
 
Selon moi, la plupart des dealers sont camerounais. Ils commencent à 15 ans, ce sont des jeunes issus de milieux défavorisés, souvent sans famille. Ils sont désoeuvrés, passent leur journée à boire, fumer et se font de l’argent avec différentes activités illégales, braquages ou trafic de drogues.
 


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