Révolte des habitants de Bambeto, la "place Tahrir" de Conakry

Au rond-point Bambeto. Photo publiée sur la page Facebook de Nouhou Baldé.
 
Il est l’un des foyers de la contestation guinéenne. Le quartier de Bambeto, à Conakry, a été le théâtre de nouvelles violences, jeudi 23 mai. Alors qu’ils commençaient à défiler contre la tenue des élections législatives le 30 juin, les manifestants ont été violemment dispersés par les forces de l’ordre. Bilan : au moins un mort et dix blessés.
 
L’opposition guinéenne entend ne rien lâcher. Après trois semaines sans mobilisation, elle s’est de nouveau rassemblée jeudi pour faire entendre ses revendications : annulation du décret promulguant la tenue des élections législatives le 30 juin, libération des militants arrêtés lors des précédentes marches, contestation du contrat faisant du sud-africain WayMark l’opérateur chargé de réactualiser le fichier électoral, droit pour les Guinéens vivant à l’étranger de voter.
 
De son côté, le pouvoir semble vouloir prouver sa bonne volonté. Cette semaine, le président Alpha Condé a gracié des manifestants de l’opposition et renouvelé son appel au dialogue. Des mesures que l’opposition juge insuffisantes. Pourquoi aller à la table des négociations alors que la date du scrutin a déjà été fixée ?, plaide-t-elle. Tant que ses demandes ne seront pas satisfaites, celle-ci continuera donc de marcher.
 
Pendant la marche. Photo publiée sur la page Facebook de Nouhou Baldé
 
Mais la manifestation de jeudi a rapidement tourné court, lorsque le cortège a tenté de forcer un barrage de la police sur l’autoroute qu’il voulait emprunter pour défiler de l’aéroport au centre-ville. Les forces de l’ordre ont alors répliqué à coups de gaz lacrymogènes. 
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"Les manifestants réclamaient à leurs leaders de leur fournir des armes"

Nouhou Baldé est journaliste à Conakry. Il a suivi la manifestation de jeudi.
 
 
Les manifestants sont partis de la commune de Dixinn, là où réside Cellou Dalein Diallo. Arrivés à Bambeto, ils ont emprunté la bretelle d’autoroute. Ils formaient une véritable marée humaine. Certains brandissaient des bâtons en scandant 'Pinka, pinka', ce qui veut dire 'Fusils, fusils' en peul. Ils réclamaient à leurs leaders de leur fournir des armes à la place de ces simples bouts de bois.
 
Vidéo filmée et publiée sur YouTube par Nouhou Baldé.
 
Mais sur l’autoroute, ils se sont rapidement retrouvés face à un barrage de policiers et de gendarmes qui étaient équipés de gaz lacrymogènes et d’un canon à eau. C’est surtout ça qui effrayait les manifestants, parce qu’il y avait des rumeurs qui disaient que l’eau était contaminée. Ils se sont repliés en faisant demi-tour, ce qui a provoqué une certaine confusion.
 
Des militants proches du pouvoir, qui étaient rassemblés derrière le barrage, ont alors commencé à lancer des pierres sur les manifestants qui ont répliqué en jetant à leur tour des projectiles contre les forces de l’ordre. Le bilan officiel fait état d’un mort du côté des opposants, mais des sources au sein de l’opposition m’en ont rapporté six : quatre par balles et deux par bastonnade.
 
Bambeto, Hamdalaye, Cosa sont devenus des symboles de la contestation guinéenne. Certains comparent Bambeto à la place Tahrir [du Caire], d’autres Cosa à Gaza, parce que c’est là où les gens s’opposent aux forces de l’ordre avec des pierres. Je pense que si ces endroits sont les foyers de l’opposition, c’est tout simplement parce que ce sont des quartiers principalement habités par des Peuls et que Cellou Dalein Diallo lui-même est peul.
 
 

"Par ses marches, l’opposition veut paralyser les activités de la ville"

Bamboo (pseudonyme) habite à proximité d’Hamdalaye. Il suit régulièrement les manifestations de l’opposition.
 
 
Quand elle manifeste, l’opposition donne toujours au préalable son itinéraire, un circuit qui passe par l’autoroute et qui relie le carrefour de l’aéroport à l’esplanade du Palais du peuple. Mais le gouvernement ne veut pas qu’elle marche sur l’autoroute. Il lui demande d’aller du carrefour Hamdalaye à l’esplanade du Stade du 28-Septembre. C’est un parcours d’un kilomètre. Mais l’opposition s’entête à prendre l’autre parcours alors que c’est la quatrième fois que le trajet échoue. Je pense que leur objectif est de paralyser l’activité économique de la ville en bloquant les axes principaux afin de faire pression sur le gouvernement.
 
Il faut savoir aussi que Bambeto, Hamdalaye et Cosa sont situés dans la commune de Ratoma, la deuxième commune la peuplée de Conakry, mais aussi celle qui est le plus laissé à l’abandon. Elle est totalement surpeuplée. Il y a régulièrement beaucoup de coupures d’eau et de courant, ce qui contribue probablement au ressentiment que la population nourrit à l’égard du pouvoir.
 
Article écrit avec la collaboration de François-Damien Bourgery (@FDBourgery), journaliste à FRANCE 24.

Commentaires

Stop aux surenchères des armes !

Pourquoi monter en violence avec des armes ? Sachons garder raison ! Sachons nous montrer intelligents et modernes, civilisés, à l'opposé de cette religion étouffante qu'est l'islam ! Ne réclamons pas des armes à la place de bâtons pour nous faire disperser ! J'attends depuis des années un retour au calme pour venir aider des guinéens de Kindia et Conakry à mieux vivre grâce au jardinage... Merci ! A bientôt ?



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