La lutte sénégalaise, entre sport, business et mysticisme

Combat de lutteurs, août 2010. Photo prise par Serigne Diagne de Dakaractu et postée sur sa page Flickr.
 
"Balla Gaye II" versus "Tapha Tine", cela ne vous dit peut-être rien mais c’est pourtant l’affiche de lutteurs qui va faire trembler le Sénégal le 2 juin prochain. La lutte sénégalaise, spectacle sportif qui allie mysticisme et gros business, serait aujourd’hui le sport préféré des Sénégalais. Un fan de la première heure nous fait plonger dans le monde de ces demi-dieux, tout en muscles et en gris-gris.
 
À l’origine folklorique, la lutte se pratiquait entre villages dans les campagnes après la saison des pluies. Au terme de tournois appelés mbapal, le gagnant remportait une partie de la récolte qui venait de s’achever ou encore du bétail. Ce sport de contact, une forme de lutte où les coups sont permis, s’est ensuite professionnalisé à partir des années 70 et ce sont désormais des cachets de plusieurs dizaines de millions de francs CFA[dizaines de milliers d’Euros] que remportent les meilleurs combattants de l’arène depuis les années 2000. 
 
Les règles sont les suivantes : l’arène du combat est délimitée par un cercle et le premier qui pose ses quatre appuis au sol, se couche sur le dos ou sort du cercle en tombant perd le combat.
 
Balla Gaye II en août 2010, couvert de gris-gris. Photo prise par Serigne Diagne de Dakaractu et postée sur sa page Flickr.
 
Véritable spectacle, le combat est l’occasion de tout un cérémonial. Chaque lutteur est accompagné à son arrivée dans l’arène par un chant de femmes, le baccou, qui loue les prouesses du sportif afin d’intimider l’adversaire mais aussi d’attirer le soutien du public. Le lutteur est par ailleurs escorté tout au long de sa formation et dans l’arène par des marabouts qui le couvrent de prières et de grigris.
 
Les lutteurs sont organisés en écuries et la compétition est coiffée par le Comité national de la gestion de lutte (CNG).
Contributeurs

"L’engouement pour la lutte contribue à canaliser les frustrations et donc la violence de notre jeunesse souvent désœuvrée"

Aliou (pseudonyme) est journaliste généraliste à Dakar. Il tient par ailleurs le site "Senelamb" qui couvre toute l’actualité de la lutte sénégalaise.
 
Actuellement dans mon pays, être Sénégalais signifie aimer la lutte. C’est une passion pour tous et particulièrement pour la jeune génération. Les jeunes des banlieues défavorisées ont trouvé dans ce sport des symboles de réussite, je pense notamment au plus grand, Tyson, qui a marqué les années 2000. Et pour certains, c’est devenu un travail. Les écuries forment à tour de bras dans les quartiers. Tous rêvent un jour d’avoir les cachets des grands lutteurs. Il y a par ailleurs beaucoup de métiers dérivés autour de tous ces évènements que ce soit la communication, l’infographie [pour les affiches], la couverture médiatique. J’aime ce sport pour cet aspect social. Il contribue à canaliser les frustrations et donc la violence de notre jeunesse souvent désœuvrée.
 
Combat 2010. Photo prise par Serigne Diagne de Dakaractu et postée sur sa page Flickr.
 
"Même si les lutteurs doivent frapper, le public ne cherche pas à voir du sang"
 
L’engouement est sans cesse grandissant. On peut dire que la lutte est aujourd’hui plus suivie encore que le football, notamment depuis les récents échecs de notre sélection nationale.
 
Un bon combat, c’est un combat qui est plutôt court. Même si les lutteurs doivent frapper, le public ne cherche pas à voir du sang. Le but n’est jamais d’amocher physiquement l’adversaire mais de le terrasser. On n’aime pas les "cogneurs" [Un lutteur qui a fait couler beaucoup de sang a été surnommé "Le Boucher"  ].On veut de la technique mais surtout, on aime sentir quand le lutteur se donne à fond.
 
Un faux lion avant un combat à Dakar. Photo Erica Kowal.
 
Le lutteur Baboye devant  ses potions magiques dans l'arène. Photo Serigne Diagne.
 
"Les marabouts font tout ce qui est en leur pouvoir pour augmenter la popularité de leur lutteur"
 
Il y a aussi toute la part de mystique qui nous plait. Les marabouts font tout ce qui est en leur pouvoir pour faire aimer le lutteur du public. Et sa popularité est primordiale parce qu’il faut que les gens veuillent vous voir pour que des combats soient organisés par les promoteurs. Plus il y a de supporters, plus le promoteur engrange de bénéfices. Les marabouts sont aussi là pour protéger leur lutteur avec des gris-gris qui servent aussi, d’après nos croyances, à tenter d’anéantir l’adversaire lui-même protégé par ses propres fétiches. Sur le terrain, c’est donc aussi un combat entre marabouts qui se joue. Il arrive qu’ils fassent des sacrifices quelques jours avant le combat ou bien dans l’arène. Dans ces cas là, ils tuent des poulets, des chèvres ou encore des pigeons. Ils sont ensuite récompensés pour leur travail par les lutteurs eux-mêmes. Et gare à celui qui oublie cette récompense, le marabout risque de retourner ses pouvoirs contre lui.
 
Entraînement du lutteur Tapha Tine, mai 2013. Photo Aroum Ndiaye.
 
Actuellement, il y a beaucoup d’argent qui circule dans ce milieu. Dès qu’un lutteur devient populaire, les sponsors se bousculent. Mais avec le succès apparaissent aussi quelques dérives. Des sommes astronomiques sont injectées, et on ne sait pas toujours d’où elles viennent. Certains bailleurs souhaitent rester dans l’ombre. [Plusieurs de nos contacts ont évoqué des possibles blanchiments d’argent via le secteur de la lutte.]
 
Des jeunes venus assister à l'entrainement de Tapha Tine, mai 2013. Photo Aroum Ndiaye.
 
"On sait tous que le dopage existe et personnellement je ne voudrais pas que les jeunes lutteurs suivent la même voie"
 
Il y aussi la question du dopage chez les grands lutteurs. Dernièrement, certains sont revenus totalement méconnaissables après un court séjour d’entraînement aux États-Unis. [Voir la vidéo ci-dessous]. Nous nous sommes aussi interrogés après la chute d’un grand lutteur, Sa Cadior, qui a été étrangement déséquilibré en plein combat. On s’est tous demandés si ce n’était pas à cause de sa récente prise de poids jugée anormale. [Plusieurs grands lutteurs ont évoqué des techniques de dopage permettant d’augmenter rapidement sa masse musculaire. Contacté par FRANCE 24, le médecin du sport Jean-Pierre de Mondenard explique que des prises de poids rapides, dues généralement à des stéroïdes anabolisants, peuvent provoquer des faiblesses au niveau des appuis.] On sait tous que le dopage existe et personnellement je ne voudrais pas que les jeunes lutteurs suivent la même voie. Le CNG s’attelle d’ailleurs actuellement à essayer de mettre en place un système de contrôle. [En mars, l’organisation a annoncé des possibles contrôles inopinés des lutteurs.]

Les internautes s'étonnent des métamorphoses des lutteurs

Vidéo postée par Basile Niane sur YouTube.

Commentaires

manque de bienséance france24:

je dénonçais les body buildings défoncés aux stéroïdes et gras comme des veaux alimentés par 6 repas protéinés par jour , mais pas finis par ce que l'on nomme "sécher". C'est la différence de l'évolution que connurent Arnold ,machin bidule , et truc casseurs cassés , par AVC.A 40ans mon pote tu es fini râpé , bon pour un pontage .Aussi F24 croyez moi, les défoncés genre Clay ( ben truc), et compagnies ont besoin de la vie pour finir en beauté fatale . Je sais que je manque d'élégance mais je pense aux jeunes qui se croient immortels.....trop tard.

je precise que tous les

je precise que tous les lutteurs n'utilisent pas ces stéroides comme vous dites . ils sont naturellement comme ca

Plus de photos de la lutte

Ici plus des photos http://goo.gl/YyAFe

les legendes sur les photos

Sur la 4e photo c'est un faux lion pas un marabout et pour la 5e photo c'est pas un marabout aussi, c'est BABOYE un lutteur

Correction

Nous allons faire les corrections. Merci beaucoup !



Fermer