Un mariage gay et zoulou pour faire valser les préjugés

Tshepo et Thoba le jour de leur mariage. Photo publiée sur leur page Facebook
 
La Nation arc-en-ciel n’avait encore jamais vu ça. Le 6 avril dernier, pour la première fois dans l’histoire du pays, Tshepo Modisiane et Thoba Sithole se sont mariés dans la plus pure tradition zouloue. Une manière pour eux de montrer qu’il est possible de concilier coutumes et homosexualité dans un pays où l’homophobie est encore très présente.
 
Ce mariage pas ordinaire a été organisé dans un petit village de KwaZulu Natal, une province de l’est de l’Afrique du Sud. Vêtus de pagnes, de peau de léopard, armés de bouclier et de sagaie, les deux jeunes hommes âgés de 27 ans se sont dit "oui" devant près de 200 convives, ravis.
 
 
Si l’événement était inédit, le mariage gay en lui-même n’est pas nouveau en Afrique du Sud. Il date de 2006. Cette année-là, le pays est devenu le premier du continent africain (le cinquième au monde) à autoriser le mariage, l’adoption et la procréation médicalement assistée pour les couples de même sexe. Il est encore aujourd’hui le seul en Afrique.
 
Une particularité qui lui vaut d’être une destination prisée par la communauté gay. Sur les 1,5 million de touristes que Le Cap accueille ainsi chaque année, 15% sont homosexuels, expliquait l’an dernier au magazine Têtu Skye Grove, porte-parole de l’office du tourisme de cette ville du sud-ouest du pays.
 
Pour autant, l’homophobie est bien ancrée dans le pays, en particulier dans les zones rurales ou défavorisées. En décembre 2012, l’organisation Amnesty International s’inquiétait de la banalisation des railleries et des violences à l’égard des homosexuels. Toujours selon l’organisation, depuis 2007, au moins dix cas de viols de lesbiennes suivis de meurtres ont été signalés dans des townships sud-africains, des "viols correctifs" visant à remettre les lesbiennes "dans le droit chemin".
 
Contributeurs

"Beaucoup de ceux qui vivent dans la tradition préfèrent cacher leur homosexualité"

Tshepo Modisiane est manager dans un cabinet d’audit à Johannesburg.
 
Notre mariage n’est pas seulement un mariage zoulou, c’est l’union de deux cultures : la culture zoulou de Thoba et la culture tswana à laquelle j’appartiens. Nous avons donc choisi de nous marier selon les coutumes traditionnelles zoulou, tandis que je revêtais la tenue traditionnelle tswana. L’objectif était de rendre hommage à notre amour mais aussi à nos racines.
 
Grâce à l’aide de nos familles et de nos amis, nous n’avons rencontré aucune difficulté pour organiser notre mariage. Ils sont notre meilleur soutien. Je ne pense pas que cela ait pu heurter qui que ce soit. Les gens étaient heureux. Certaines personnes ont dit que nous avions eu tort de nous marier en tenues traditionnelles, que nous n’avions pas respecté la culture africaine. Mais c’est seulement leur opinion ; ce que nous avons fait est en accord avec la Constitution.
 
Je pense que si nous sommes les premiers à nous marier selon la coutume zoulou, c’est parce que beaucoup de ceux qui vivent dans la tradition préfèrent cacher leur homosexualité. Mais il y a toujours eu des homosexuels en Afrique. Nous, nous en sommes fiers et nous voulions montrer l’exemple, prouver que l’homosexualité et la tradition n’étaient pas incompatibles. C’est d’ailleurs pour cette même raison que nous tenons un blog, pour montrer que les Sud-Africains homosexuels peuvent vivre libres et heureux.
 
"C’est plus facile d’être homosexuel quand on habite en ville et qu’on vient d’un milieu de classe moyenne"
 
Dans les milieux traditionnels et religieux, beaucoup sont contre l’homosexualité [En janvier 2012, le roi zoulou Goodwill Zwelithini a fait scandale en traitant les homosexuels de "pourritures"]. Récemment, les chefs traditionnels zoulous ont même essayé de faire supprimer la partie du texte constitutionnel qui autorise la parité entre les couples homo et hétéro, en vain.
 
Dans la vie quotidienne, nous ne rencontrons aucune difficulté, nous ne faisons face à aucune discrimination. Nous sommes protégés par la Constitution et nous vivons dans une ville moderne. Mais c’est probablement plus facile d’être homosexuel quand on habite en ville et qu’on vient d’un milieu de classe moyenne. Dans les townships ou dans les zones rurales, c’est différent. Les discriminations sont plus fortes. Et être homosexuel vous fait risquer la mort.
 
Article écrit avec la collaboration de François-Damien Bourgery, journaliste à France 24.

Commentaires

vive l'amour africain!

C'est un vrai bonheur de voir que les gens sont libres pour montrer leur amour sur le continent.



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