Récupération, détournements, inventions : avec quoi se battent les rebelles syriens

Fusil FAL 7,62mm modifié en fusil de précision téléguidée à distance.
 
Dans sa grande majorité, l’équipement des rebelles syriens provient des stocks de l’armée régulière. Munitions, armes, véhicules, les combattants récupèrent tout ce qui leur tombe sous la main, quitte à en détourner l’usage pour l’adapter à leurs besoins. Témoignage d’un activiste habitant le quartier de Khalidiyeh à Homs, une zone sous blocus des forces de Bachar al-Assad depuis plusieurs mois. 
 
Les rebelles syriens se battent depuis plus de deux ans contre une des armées les mieux équipées et les mieux entraînées de la région, une armée qui a été pensée pour contrer les puissantes Forces de défense israéliennes. La question de leur armement est au centre de toutes les discussions entre l’opposition syrienne et ses soutiens internationaux. Actuellement, la rébellion profite de financements de certains pays du Golfe et de mécènes locaux qui lui permettent de se fournir sur le marché noir, mais l’essentiel de son équipement est capturé à l’armée syrienne au fur et à mesure des combats.
 
La mobilité avant tout
 
 
Un mortier lourd de 120mm, de fabrication soviétique, monté sur un 4x4 Toyota Land Cruiser. Alep, quartier Al Zahra, 5 mai 2013. Dans ce cas, les obus de mortier utilisés par les rebelles sont de fabrication artisanale. Ce système d’équipement de véhicule augmente la rapidité de déploiement et de retrait des rebelles.
 
 
Un tube de lancement de roquette Grad. Rif de Hama, 1 mai 2013. Les roquettes Grad sont habituellement lancées par des lance-roquettes multiples BM21 de 122mm de 40 tubes. Sur ces images, les rebelles utilisent un seul tube de lancement. Cette technique a déjà été utilisée par le Hezbollah et le Hamas, par souci de mobilité mais aussi pour disperser leur force de frappe.
 
 
Lance-roquettes multiples Grad de 14 tubes de fabrication locale.
 
Un canon remorqué par un tracteur agricole
 
 
Canon anti-aérien de 57mm, de fabrication soviétique, tiré par un tracteur agricole. Sur ces images, les rebelles l’utilisent dans le cadre d’un combat terrestre contre les troupes loyalistes. Qusayr, région de Homs, 2 mai 2013.
 
Un "fusil téléguidé" fait maison par un rebelle ingénieur
 
 
Fusil FAL 7,62mm, modifié en fusil de précision téléguidé à distance. Avec les moyens du bord, ce jeune ingénieur devenu combattant a perfectionné les capacités de son fusil en l’équipant d'un viseur lui-même relié à une webcam. Kouiress, 27 mars 2013.
 
 
Canon de fabrication locale activé à distance et monté sur un 4x4, Deir-Ezzor, 10 août 2012.
 
 
Lance-roquette et roquette de fabrication locale sur 4x4 Land Rover. Montagne des Kurdes, 18 avril 2013.
 
Contributeurs

"On va à la collecte des bombes non explosées pour en extraire la poudre"

Abou Souleiman est un activiste du quartier de Khalidiyeh, à Homs. Son quartier est assiégé par l’armée syrienne depuis plusieurs mois.
 
Depuis le début de la confrontation armée, on fait ce qu’on peut avec les moyens du bord. On réutilise les armes du régime contre ses propres troupes. À chaque fois qu’on est bombardé par les airs avec des bombes à fragmentation [bombe aérienne qui peut exploser avant d'atteindre sa cible ou à l'impact et qui libère des milliers d'éclats ou de petites bombes], on va à la collecte des bombes non explosées pour en extraire la poudre après les déflagrations. Puis on les utilise pour fabriquer des engins explosifs, mais aussi pour les cartouches, les obus, les roquettes, etc.
Dans ce processus, on est aidés par des officiers déserteurs et par les combattants étrangers venus nous rejoindre.
 
Une bonne partie de notre armement provient de l’armée syrienne. Au début, on a acheté beaucoup d’armes et de munitions aux officiers qui cherchaient à se faire un peu d’argent. Mais cette pratique nous a coûté cher, certains nous ont vendu des cartouches qui explosaient dans les magasins de nos fusils dans une logique de sabotage ou même des roquettes anti-chars… sans charge explosive.
 
"Beaucoup d’ingénieurs et d’étudiants se battent dans les rangs des rebelles et nous font profiter de leurs connaissances scientifiques"
 
Aujourd’hui, beaucoup d’ingénieurs et d’étudiants se battent dans les rangs des rebelles et nous font profiter de leurs connaissances scientifiques. D’ailleurs ce sont eux qui nous aident en matière de balistique. Ils utilisent notamment des outils comme Google Earth pour cibler des lieux précis.
 
Avec l’aide de ces ingénieurs et de quelques forgerons expérimentés, on a développé une petite industrie artisanale pour la fabrication de roquettes, de mortiers et de munitions. D’ailleurs, c’est le cas de plusieurs villes syriennes.
 
C’est dans le Nord que les combattants sont les plus expérimentés car ce sont eux qui ont commencé à travailler les armes récupérées. Aujourd’hui, des hommes de toutes les villes vont dans cette région [Idleb] ou même en Turquie pour acquérir cette expertise. Nous allons aussi en Turquie pour acheter des composantes indispensables comme les douilles et les amorces pour les cartouches de différents calibres.
 
Notre manque de moyens nous oblige à profiter de toutes les occasions qui se présentent. Quand nos combattants s’attaquent à un transport de troupe blindé et le mettent hors d’usage, on essaye de récupérer ce qu’on peut. On récupère souvent le canon, la mitrailleuse et les munitions. Si la tourelle est indemne, on la récupère aussi pour la fixer sur un camion ou sur un 4x4, car elle constitue une protection pour notre tireur.
 
Tourelle d’un transport de troupes BMP1 avec canon de 73mm à âme lisse et mitrailleuse PKT de 7,62 mm de fabrication soviétique montée sur un poids lourd. Deir-Ezzor, 6 novembre 2012. Il est possible de mettre 40 obus dans la réserve du canon. Les transports de troupes BMP1 ont un faible blindage, donc sont faciles à endommager et donc à récupérer.
 
À Homs, nous avons même réussi a créer une mitrailleuse téléguidée. Nous l’avions récupérée sur un char T72 puis montée sur des roues avec un système de guidage à distance. Cinq personnes ont travaillé sur ce projet, elles ont utilisé un vieux vélo et un petit moteur électrique pour monter le mécanisme. En ce qui concerne la caméra, c’est une simple webcam, d’ailleurs on utilise les webcams sur toutes les lignes de démarcation pour surveiller les rues et les immeubles.
Ces techniques demeurent rudimentaires et l'efficacité de ces armes reste relative. Même si les rebelles syriens marquent des succès militaires, la puissance de feu de l'armée syrienne régulière reste inégalée.
 
Mitrailleuse PKT de 7,62 mm téléguidée du groupe djihadiste Foursan al-Souna
 
Billet écrit avec la collaboration de Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à FRANCE24.

Commentaires

Aucun mot sur les armes

Aucun mot sur les armes qatari et saoudiennes? Il ne faut pas montrer de l'armement américain, mais seulement du méchant russe et de l'artisanal?



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