Les étudiants ivoiriens pourchassent leur ministre : "On veut des toilettes et des micros !"

Forces de l'ordre déployées sur le campus, lundi en fin de matinée.
 
En déplacement à l’université de Cocody à Abidjan, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique ivoirien a été accueilli par une horde d’étudiants en colère. D’après notre Observateur sur place, cette visite aurait pu tourner au drame pour le ministre si la police ne l’avait pas exfiltré. 
 
Invité pour un colloque dédié à Henriette Dagri Diabaté, la grande chancelière de l'ordre national de Côte d'Ivoire, le ministre Cissé Ibrahim Bacongo est arrivé dans la matinée de lundi sur le campus de l’université de Félix Houphouët-Boigny de Cocody. Sur place, les étudiants avaient organisé un rassemblement pour crier leur colère contre la vétusté des universités et le manque d’équipements.
 
L’université de Cocody accueille une douzaine d’unités d’enseignement et plus de 50 000 étudiants. Fermée pendant la crise post-électorale en 2010-2011, elle a rouvert ses portes en septembre 2012 après que plusieurs bâtiments ont été rénovés par les nouvelles autorités. Les nouveaux bâtiments avaient suscité une vague d’espoir mais rapidement, les étudiants ont déchanté.
 
Contributeurs

"Le ministre a dû courir pour se mettre à l’abri dans un bâtiment"

Mamadou Kone est étudiant à l’université de Cocody d’Abidjan.
 
La tension a commencé à monter en fin de matinée lorsque les officiels, dont le ministre Bacongo, ont commencé à faire leur entrée sur le Campus de Cocody. Des étudiants s’étaient rassemblés pour protester contre les mauvaises conditions d’études. Ils avaient des pancartes sur lesquelles était écrit ‘’Pas de micros dans les amphis’’ ‘’Pas de toilettes‘’ ou encore ‘’Trop c’est trop !‘’.
 
Le ministre [qui n’était alors pas escorté selon les médias locaux] a voulu s’adresser à la foule des étudiants qui se sont énervés parce qu’ils en ont plus qu’assez des mensonges. C’est alors que Cissé Ibrahim Bacongo a dû quitter les lieux et des étudiants se sont tout simplement lancés à sa poursuite. Le ministre a dû courir pour se mettre à l’abri dans un bâtiment, et il a été protégé par des policiers. Les étudiants criaient "Bacongo voyou, Bacongo voleur !" et lui jetaient leurs pancartes et des sachets d’eau. La police est intervenue pour les disperser à coup de gaz lacrymogène. On a appris ce matin qu’il y avait eu cinq blessés. Mais le ministre aussi a passé un très sale moment.
 
Les étudiants autour du bâtiment où s'est réfugié le ministre, lundi matin. Vidéo filmée par notre Observateur.
 
"Et on vient de recevoir le programme d’enseignements de l’année 2012-2013 !"
 
Les étudiants sont à bout, on a cru que les choses changeraient mais non. On manque encore énormément de matériel dans toutes les unités [les étudiants évoquent des cours d’informatique sans ordinateurs]. On n’a aucune infrastructure valable pour manger. Et on vient de recevoir le programme d’enseignements de l’année 2012-2013 ! Sans maquette, on faisait les cours de façon désorganisée. Personnellement, je n'ai étudié que trois matières sur quinze faute de programme et de professeurs.
 
Échauffourées sur le campus de l'université, lundi matin. Vidéo filmée par notre Observateur.
 
La rénovation des bâtiments, c’était un bon point de départ mais nous sommes très nombreux et la capacité d’accueil des bâtiments n’a finalement pas changé. Enfin, nos professeurs sont tous sur plusieurs fronts, certains ont aussi des postes dans des ministères, et donc ne peuvent pas tout assumer.
 
Il ne s’agit pas d’un mouvement politisé. [Par le passé, l’université a été le terrain d’affrontements violents entre les partisans de Laurent Gbagbo et de l’actuel président Alassane Ouattara].  Hier, tout le monde voulait exprimer son mécontentement. La situation n’est plus tenable.


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