Dans l'est ivoirien, richesse du sol rime avec appauvrissement des villageois

 
La découverte du manganèse à Bondoukou, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire, était une promesse pour le développement économique de la région. Pourtant, cinq ans après le début de l’exploitation de la mine par la firme indienne Taurian, les habitants des villages alentour n’ont vu leur quotidien qu’empirer.
 
“Ventre affamé, n’a pas d’oreilles”. Ce proverbe illustre bien la situation des habitants de Similimi, petit village situé à 300 mètres de la mine de Bondoukou. Ils affirment que leurs terres agricoles ont été ravagées par l’extraction minière. Après avoir demandé, en vain, aux autorités ivoiriennes d’imposer à la firme Taurian qu’elle indemnise leurs parcelles, la population a décidé d’agir : en janvier 2013, elle a bloqué l’accès de la mine aux travailleurs indiens.
 
L’État ivoirien qui, selon le code minier ivoirien, est actionnaire à hauteur de 10 % du capital de la société d’exploitation, s’est empressé de mettre fin au conflit en organisant une rencontre entre les différentes parties à Abidjan. L’État avait alors promis la mise en place d’un comité de suivi du cahier des charges supervisé par l’administration ivoirienne, chargé d’évaluer la destruction des terres et leur indemnisation. Le travail a donc repris. Mais ce comité de suivi n’a jamais vu le jour comme l’a confirmé la préfecture de Bondoukou contactée par FRANCE 24.
 
Le manganèse est un métal gris-blanc qui ressemble au fer. Près de 90 % de la production mondiale de manganèse est utilisée dans l’industrie sidérurgique, notamment pour la construction des rails. Ses autres utilisations permettent de fabriquer de l’aluminium, des piles électriques ou encore de l’engrais.
 
 
 
Le village de Similimi à 300 mètres de la mine de Bondoukou, crédit photo Yao Ossène.

"Cette extension de la mine, illégale d’un point de vue juridique, est également une catastrophe au niveau social"

Koffi Dongo Babacauh est représentant des intérêts de la population de Similimi dans les négociations avec l’entreprise et les autorités.
 
Le problème avec le site de Bondoukou, ce n’est pas la mine en elle-même, qui est légale, c’est son extension. En 2008, à la fin de la phase d’exploration, un arrêté ministériel a donné l’autorisation à Taurian d’étendre son champ d’exploitation. Or, en Côte d’Ivoire, le code minier prévoit que seul le président a le pouvoir d’autoriser l’extension d’un site minier. Cette extension illégale de la mine d’un point de vue juridique, est également catastrophique au niveau social : elle a provoqué beaucoup de destructions de terres des paysans et, dans le même temps, de leurs sources de revenus.
 
La mine de manganèse de Bondoukou, crédit photo Yao Ossène.
 
"L’indemnisation des terres proposée par Taurian en l’absence des pouvoirs publics est ridicule"
 
 
Dans le code minier, il est prévu que la destruction des terres soit indemnisée. Or, Taurian, qui a indemnisé certains paysans entre 2010-2012, n’a pas appliqué le code minier pour calculer ces indemnisations - qui tient compte de la destruction durable des sols - mais le code de l’agriculture, qui tient seulement compte des arbres détruits sur un terrain et qui est donc beaucoup moins avantageux pour les paysans. Les indemnisations proposées en l’absence des pouvoirs publics sont ridicules. J’ai représenté la population lors de la réunion des acteurs du conflit en janvier 2013 : nous réclamions un audit des dégâts commis, mais nous n’avons pas eu gain de cause.
 
"L’urgence pour moi était que ces populations puissent continuer à vivre. Ensuite vient le problème de la pollution de leur environnement"

L’urgence pour moi était que ces populations puissent continuer à vivre de leurs terres. Ensuite vient le problème de la pollution de leur environnement. En Côte d’Ivoire, il est normalement obligatoire de mener une étude sur les impacts environnementaux avant la mise en place d’une exploration minière. C’est l’Agence nationale de l’environnement (Ande), agence attachée au ministère des Mines, qui est en charge d’établir cette étude. Or, nous n’avons jamais eu accès à ce rapport, si tant est qu’il existe [contactée par France 24, l’Ande n’a pas répondu à nos questions]. De ce que j’ai pu remarquer sur le terrain, c’est que, premièrement, l’eau de source est devenue impropre à la consommation : avec l’activité de la mine, c’est devenu de la boue. Taurian a dû faire un nouveau forage pour que les habitants aient de l’eau potable. Deuxièmement, les nuisances sonores sont terribles : Taurian utilise des bombes pour faire exploser le minerai.
 

"La société Taurian a procédé à des parodies d’indemnisation des cultures"

 
Yao Ossène est un journaliste local. Il s’est rendu plusieurs fois à la mine de Bondoukou.
 
Similimi est un village entouré de plantations de noix cajou, qui est le seul produit de rentes des villageois. Une partie de ces plantations, particulièrement celles proches de la mine, a été détruite pour permettre l’extraction minière. Pour se prémunir contre d’éventuelles poursuites judiciaires, elle s’est empressée de traiter directement avec des villageois ignorant tout de leurs droits. La plupart d’entre eux étant analphabètes, ils ont signé des contrats sans savoir ce que cela impliquait pour eux. C’est ainsi qu’à titre d’indemnisation pour plantations détruites ou occupation de terres, ces paysans se sont vu remettre entre 33 250 francs CFA, pour une superficie de 3500 m2, et 80 000 francs CFA pour 1600 m2, soit entre 50 et 120 euros la terre [voir contrat].
 
 
Un des contrats d'indemnisation de la firme Taurian à une paysanne dont la terre a été détruite du fait de l'extension de la mine, crédit photo Yao Ossène

"Les femmes ramassent les pierres à mains nues, sans gants, ni bottes"
 
 
Une travailleuse de la mine de Bondoukou accompagnée de son enfant, crédit photo Yao Ossène.
 
Au-delà de ces destructions, les conditions de sécurité des travailleurs qui viennent pour beaucoup du village de Similimi sont surréalistes : ils ramassent les pierres à mains nues, sans gants, ni bottes. Ils n’ont pas de cache-nez. Ignorant les risques sanitaires, certaines femmes exposent leurs enfants aux émanations de gaz toxiques [une étude de l’OMS recommande une limite d’exposition professionnelle à visée sanitaire de 0,3 mg de particules respirables de manganèse par mètre cube d’air. L’absorption du manganèse se fait principalement par inhalation. L’exposition prolongée au manganèse entraîne des lésions du système nerveux central et des poumons]. Les travailleurs indiens, qui connaissent eux la nocivité du produit, se protègent le nez avec une écharpe [contactée par France 24, la firme Taurian a affirmé que les règles de sécurité étaient respectées].
 
Le travaillleur indien en haut du tas de minerai conscient du danger se couvre le nez, tandis que les travailleurs ivoiriens n'ont pas de masque, Crédit photo Yao Ossène.
 
Article écrit par Sophie Alavi, journaliste à FRANCE 24
 

Commentaires

Que la vérité soit faite sur cette affaire

Que la vérité soit faite sur cette affaire
Ont ils le droit d'exploiter cette mine ?
Si oui quelles conséquences ou avantages pour les populations de l'est de la côte d'ivoire.
Pourquoi l’état ne fait rien pour défendre ces population et où sont parti les élus ?

sincerement c'est scandaleux

franchement c'est triste de voir comment les pouvoirs publics peuvent contribuer de facon efficace a l'avillissement de leurs propres populations. ces Manques répétés de responsabilité, de rigueur et de controle sont les plaies de nos Etats. c'est profondemment déconcertant.
je suis sans mots devant l'attestation de paiement joint à l'article. Elle n'est que pure spoliation. j'ose esperer que ces populations auront gain de cause et que leurs Répresentants remueront ciel et terre pour que justice soit faite.
tous mes encouragements

Finalement, ce sont toujours

Finalement, ce sont toujours les mêmes qui payent les pots cassés. Cette terre leur appartient, ils y sont nés, il est donc juste que ce soit eux qui bénéficient des avantages que leur terre produit et non à des étrangers qui profitent de leur bien et de leur pauvreté. Que leur terre leur soit rendue ou qu'ils soient dédommagés comme il se doit et non pas de menue monnaie. Ils ne réclament pas l'aumône, mais tout simplement ce qu'il leur est dû.

Exploitation miniere en Cote d'Ivoire - Bondoukou

Il serait bien que les cadres de la region s'organisent pour defendre les droits des populations. Ils doivent exiger la construction d'infrastructures pour un meilleur developpement de leur region.
Il est evident qu'il est difficile de se battre contre un gouvernement qui n'a aucune notion des besoins de sa population mais il faut quand meme essayer et ne pas se decourager.

parlons de son indemmisation

je suis pas d'accord avec vous en effet il y a abus.Mais vous savez quand les investisseurs viennent dans un pays x ou y c'est pas pour des clopinettes il veulent rentabiliser leur mise.
en effet les 35000 soit 52 euro pour 3500 mètre carré avec un avocatier et 10 anacardiers c'est de la foutaises. en Afrique de l'ouest selon les études mener par La banque mondiale et La GTZ (Giz) un anacardier en cote d'ivoire produit 5 kg de noix par an sur 30 ans. Ainsi pour couper le pied de ce monsieur sur sa plantation il faut faire 5*(le coût du kg de noix fixer par Areca) multiplier par le nombre année restant à produire par l'arbre le tout multiplier par le nombre de pied. Enfin viendra la vente du mètre carré pour exploitation du minerai. En réalité ni les autorités administratives ,régionale, communale, préfectorale et autres ne prennent de garde fou les populations paysanne seront spolié et rien ne pourra leur permettre de se devellopper.

Ps: je vous rappelle que selon l'etude de le bq mondiale 70% du business de l' anacarde c'est la pomme et 30 % du business c'est la noix donc le cacul que je donnes ne represente que 30% de ce que le monsieur doit touché pour que l'on coupe le pied de son anarcadier

bye a vous

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faites donc un tour sur le site, ou ces gens se ventent de leur sens des responsabilites sociales et environmentales. Du marketing. je m arreterai la!



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