Dans l’enfer d’un attentat en Irak

 
Il est 6h30 lundi matin quand Moutah Slemane, habitant de la ville d’Al Amarah, dans le sud de l’Irak, est soufflé par une énorme explosion, un des très nombreux attentats meurtriers qui ont frappé le pays en avril. Abasourdi mais miraculé, il se relève et filme le chaos autour de lui. 
 
Depuis 2008, l’Irak n’avait plus connu de mois aussi meurtrier. Plus de 460 personnes ont été tuées en avril dont la moitié en une semaine, la plupart dans des attentats.
 
Depuis décembre 2012, plusieurs régions du pays sont secouées par d’importantes manifestations menées par la communauté sunnite contre le gouvernement du Premier ministre, Nouri al-Maliki. Les manifestants se disent victimes de discrimination depuis la chute de Saddam Hussein en 2003 auquel a succédé un pouvoir principalement chiite, confession majoritaire dans la population irakienne.
 
Ce conflit confessionnel s’est particulièrement exacerbé ces dernières semaines, notamment après que les forces de sécurité ont donné l’assaut, le 23 avril, sur un regroupement d’opposants sunnites dans le nord du pays. Une opération qui a donné lieu en représailles à de nombreuses attaques contre les forces irakiennes.
 
Lundi 29 avril, journée marquée par cinq attentats dans lesquels 26 personnes ont péri dont 13 dans la ville où a été tournée cette vidéo, le chef du Parlement, le sunnite Oussama Al-Noujaïfi, a demandé la démission du gouvernement de Nouri al-Maliki ainsi que des élections anticipées.
 
ATTENTION CES IMAGES PEUVENT CHOQUER.
 
 
Vidéo éditée par France 24. 
Contributeurs

"Je devais filmer avant que les secours n’effacent toutes les traces de l’attentat"

Moutah Slemane habite Al Amarah. Il est directeur technique d’une entreprise pétrolière à Al Amarah, ville à majorité chiite touchée par deux attentats le 29 avril. 
 
Comme tous les matins, je suis passé devant la mairie lundi peu avant 6h30. Et comme souvent j’ai discuté avec les éboueurs qui s’y étaient regroupés avant de partir travailler. Je me suis ensuite rendu à une cinquantaine de mètres de là pour attendre le minibus avec lequel je passe chercher les employés de la compagnie. C’est à ce moment qu’une voiture piégée postée juste devant la mairie a explosé. J’ai été soufflé par l’explosion. Je me suis retrouvé à terre, un bruit assourdissant résonnait dans mes oreilles. Quand je me suis relevé, j’ai vu que j’avais des égratignures. C’était le chaos autour de moi. J’ai immédiatement décidé de filmer avec mon portable car je savais que, très rapidement, les ambulances viendraient emmener les corps des victimes, les blessés et que les traces de l’attentat seraient effacées. Je voulais que cette vidéo constitue un témoignage.
 
En avançant, j’ai découvert que l’attentat avait touché les éboueurs. J’ai aperçu les corps sans vie de personnes que je connaissais bien. L’explosion avait brûlé tous les vêtements de certains d’entre eux. D’autres étaient blessés, à terre. À 30 minutes près, moi aussi, j’aurais pu être grièvement touché. Très vite, j’ai arrêté de filmer pour venir en aide aux blessés et recouvrir les corps.
 
Une quinzaine de minutes après, une seconde explosion a retenti juste à côté devant le marché de la ville. [Sept personnes ont été tuées et trente-quatre autres blessées dans cette explosion].
 
Depuis l’attentat, j’ai de fortes migraines et un bruit sourd dans les oreilles. Je suis tout de même retourné sur place. Et comme je l’imaginais, tout a été nettoyé, c’est pour ça qu’il était important de diffuser cette vidéo sur Facebook.
 
Les attentats sont rares dans cette zone qui est située à 300 km au sud de la capitale. J’ai beau être Irakien, ce n’est pas du tout notre quotidien ici. En général, je vois ça à la télévision et les images les plus dures sont coupées. Là, j’ai vu l’horreur de l’intérieur.

Commentaires

c'est vraiment dommage que

c'est vraiment dommage que des hommes puissent agir de la sorte.
Il y a plus de mort qu'au règne de Saddam Hussein, la démocratie tant voulu par l'occident est un pays ravagé par les attentats...



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