Le pillage des tombes antiques, la nouvelle plaie d’Égypte

La pyramide noire de Dahchour. Photo prise par notre Observateur Ahmed Ezzat.
 
Des archéologues et des riverains ont manifesté lundi pour dénoncer le pillage des tombeaux situés près des pyramides de Dahchour. Ils espèrent attirer l’attention du gouvernement, car selon eux la situation est totalement hors de contrôle depuis la révolution égyptienne.
 
Le site de Dahchour est une nécropole bâtie il y a 4 500 ans par le pharaon Snefrou. C'est l’une des plus anciennes d’Égypte. Ces pyramides auraient servi d’inspiration aux fameuses pyramides de Guizeh.  Les souterrains des ces bâtiments n’ont pas encore été explorés par les archéologues, ce qui en fait la cible privilégiée des pilleurs. Ce site protégé est sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
 
Une centaine de manifestants se sont rénuis lundi autour des pyramides de Dahchour pour protester contre les pillages. Photo Ahmed Ezzat.
Contributeurs

“Les gardiens de la pyramide ont des pistolets de 9 milimètres, les pilleurs ont des mitrailleuses”

Monica Hamma est archéologue. Elle a participé aux manifestations et a pu constater les dégâts causés par les pillages.
 
Les pillages ont lieu tous les jours autour de la pyramide noire d’Amenemhat III et de la pyramide rhomboïdale de Snefrou. Quand la nuit tombe, ils utilisent même des bulldozers. Ils creusent des trous tellement énormes que vous pouvez voir où ils ont travaillé si vous regardez des images satellites. Il y a bien des gardiens, mais ils ne sont pas assez nombreux pour défendre le site. Ils ont des pistolets 9 millimètres et les pilleurs ont des mitrailleuses.
 
Les habitants de Dahchour ont construit un nouveau cimetière près de la pyramide rhomboïdale [cette construction, comme 200 autres a été considérée comme illégale par le gouvernement, NDLR]. Certains font ça dans le but d’enterrer leurs proches parce que les anciens cimetières sont pleins ; d’autres en profitent pour piller sous couvert de participer à la construction de ces cimetières.
  
Le nouveau cimetière construit par des villageois de Dahchour. Photo de Monica Hanna.
 
 
"Beaucoup de personnes ont perdu leur travail et espèrent dénicher un trésor en creusant"
 
La zone est remplie d’objets datant du Moyen Empire [entre 2022 et 1786 avant J-C, NDLR]. Il n’y a jamais eu de fouilles scientifiques ici. On avait relevé quelques cas de pillages par le passé, mais depuis la révolution égyptienne leur nombre a explosé. Beaucoup de gens ont perdu leur travail et espèrent dénicher un trésor en creusant. Comme ce n’est pas une priorité pour la police, les pilleurs n’ont pas peur de se faire attraper.
 
J’ai discuté avec les villageois, et je sais que les pilleurs – qui viennent de Dahchour mais aussi d’autres villes – ont déjà dérobé des statues et des amulettes. Ils les vendent ensuite à des mafias organisées qui envoient les objets à l’étranger.
 
Ce problème n’est pas propre à Dahchour : les pillages sur les sites archéologiques en Égypte sont un fléau. Les habitants et les archéologues font tout leur possible pour mettre la pression sur le gouvernement afin qu’il intervienne. Je crois que la solution, ce serait de créer des musées pour protéger ces objets, cela drainerait des touristes dans la région. 
 
Un trou creusé par des pilleurs. Photo d'Ahmed Ezzat.

“Même s’ils sont Egyptiens, les pilleurs ne considèrent pas les pyramides comme un héritage, ils voient ça comme la propriété du gouvernement”

Ahmed Ezzat vit à Dahchour. Il a participé à l’organisation de la manifestation.
 
 
J’ai rencontré des pilleurs et ils ne cherchent pas à cacher ce qu’ils font. Certains m’ont dit qu’ils ont trouvé des statues en basalte, d’autres ont confié avoir creusé pendant deux mois puis abandonné parce qu’ils ne trouvaient rien.
 
Ces gens ne comprennent pas la valeur de ces objets, ils ne savent même pas à quelle dynastie ils appartiennent, ce ne sont pas des gens cultivés. Ils ne voient pas les pyramides comme un héritage, même s’ils sont Égyptiens. Ils voient ça comme une propriété du gouvernement et ils pensent que ce qu’ils font ne pose pas de problème.
 
Notre patrimoine est déjà éclaté à travers le monde dans de nombreux musées. Si en plus ces gens continuent leur trafic, des pièces inestimables vont encore quitter notre territoire.
 
 
Selon l'archéologue Monica Hanna, auteur de la photo, ce tracteur est utilisé par les pilleurs pour préparer le terrain de leurs interventions.
 
Un autre trou creusé près de la Pyramide noire par des pilleurs.


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