Les enfants des rues, victimes collatérales de l’insécurité en Centrafrique

Selon les associations, environ 6 000 enfants, orphelins ou en fugue, èrrent dans les rues de Bangui. Photos avec l'aimable autorisation de la fondation Voix du coeur.
 
Après la prise de pouvoir par la force de la Séléka, la Centrafrique est entrée dans une spirale de violences dans laquelle de nombreux enfants des rues se retrouvent pris au piège. Certains tentent, en vain, d’intégrer des refuges déjà bondés. D’autres, prenant exemple sur les adultes, rejoignent les rangs des groupes armés et s’adonnent à de petits larcins. Sur place, les associations sont totalement débordées.
 
Réunies sous l’égide de l’ONG Enfants sans frontières, des associations centrafricaines de défense des droits des enfants ont lancé un appel au don pour remédier à la dégradation des conditions de vie des enfants des rues. Selon l’organisation, il y aurait 6 000 enfants esseulés actuellement dans les rues de Bangui dont beaucoup passent la nuit dehors, faute de places dans les structures d’accueil.
 
D’après l’Unicef, 2 000 enfants auraient été enrôlés de force dans des groupes armés centrafricains depuis décembre 2012.
 
Les enfants des rues les plus âgés sont incités par la fondation à reprendre une activité, notamment dans les champs de manioc.
Contributeurs

"On est obligé de refuser une cinquantaine d’enfants par jour"

 
Ange Ngassenemo est le directeur de la fondation Voix du cœur qui vient en aide aux enfants des rues de Bangui.
 
Nous avons 60 lits à la fondation, mais depuis que la Séléka contrôle le pays, nous sommes totalement débordés car les enfants ne veulent pas se retrouver dans la rue de peur de l’insécurité qui y règne. En temps normal, nous pouvons accueillir 60 enfants. Mais en ce moment, nous en avons en moyenne 100 dans la journée, le double le soir. Nous avons eu jusqu’à 286 enfants lorsque des affrontements ont eu lieu mi-avril. Depuis une dizaine de jours, on est même obligé de refuser quotidiennement une cinquantaine d’entre eux.
 
Malgré le fait que nous sommes débordés, nos agents sillonnent les rues à la recherche des enfants les plus petits ou les plus désœuvrés. Avant la crise, c’était facile pour nous de repérer les enfants parce qu’ils s’organisaient en petits clans qui avaient leurs zones d’influence dans certains quartiers de la capitale. On parvenait à leur faire comprendre que la rue et ces clans n’étaient pas une bonne chose pour eux. Mais depuis le putsch, il est très difficile de les localiser car beaucoup se cachent pour éviter les soldats de la Séléka.
 
La fondation doit trouver des lits de fortune pour pouvoir offrir un lit à chaque enfant.
 
"Du jour au lendemain, certains enfants revenaient avec des habits flambant neufs"
 
On observe également le phénomène inverse, c'est-à-dire qu’une quinzaine d’enfants qui étaient régulièrement dans notre fondation sont partis avec des hommes armés qui disent faire partie de la Séléka. Entre nous, on les appelle les "lutteurs" parce qu’ils luttent pour leur survie en se raccrochant à tout et n’importe quoi. Beaucoup les ont suivi dans les pillages. D’autres, en général les plus jeunes, ont été utilisés comme éclaireurs.
 
C’est ainsi que des enfants ont récupéré certains objets volés. Certains ont essayé de ramener leur butin, comme des téléphones portables ou des ordinateurs, à la fondation mais on leur a interdit. Du jour au lendemain, on en voyait revenir avec de nouveaux vêtements flambant neufs qu’ils avaient achetés grâce à la revente de leur butin !
 
"On n’a pas d’interlocuteur pour parler des droits des enfants"
 
Lorsqu’on essaie de parler de la situation aux représentants de l’État, on n’a aucune réponse [la fondation a essayé en vain avec l’aide de l’Unicef de contacter le ministre de l’Éducation et le ministre de la Jeunesse et des Sports, NDLR.]. Les seuls à qui on peut parler, ce sont les représentants de la Séléka qu’on croise. Mais ces derniers nous demandent systématiquement de l’argent lorsqu’on les supplie de faire quelque chose. Un mois après la chute de Bangui, on sent que le pays est encore totalement désorganisé.
 
 
Ce billet a été rédigé en collaboration avec Alexandre Capron (@alexcapron), journaliste aux Observateurs de FRANCE 24.


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