En Égypte, les femmes aussi se mettent au graffiti

Une artiste-graffeuse du collectif Women on Walls (WOW) peint sur les murs d'une rue d'Alexandrie. Photos publiée sur Flickr, avec l'aimable autorisation de WOW.
 
 
Art de prédilection des Égyptiens depuis la révolution, le graffiti est devenu un symbole de militantisme. Le collectif "Women on Walls" ("Femmes sur les murs") vient de lancer un grand projet réunissant des graffeurs de plusieurs villes pour sensibiliser la population aux problèmes rencontrés aujourd'hui en Égypte par les femmes.
 
Le mouvement n’était composé que de 20 artistes à sa création en décembre 2012. Aujourd’hui, 60 graffeurs, dont une dizaine de femmes, en font partie. Pour ces dernières, l’appropriation de l’espace public est un thème primordial : plus de 80 % des femmes ont été victimes d’harcèlement sexuel dans les rues des grandes villes, selon le Centre égyptien pour le droit des femmes.
 
 
Une grande partie des œuvres du collectif représentent des femmes, parfois des grandes personnalités du monde de la culture ou de la politique, et ont pour objectif d’ouvrir les discussions sur la place des femmes dans la société égyptienne.
 
À l'origine de ce projet se trouve l’auteure suédoise Mia Grondahl qui, pendant un an et demi, a suivi des artistes graffeurs égyptiens et publié le livre "Revolution Graffiti". Grâce à cette expérience, elle a mis en relation les artistes rencontrés et a créé le le projet "Women on Walls" ("Sit El 7eta", en arabe) grâce à des subventions du Centre culturel pour le développement danois.
 
Parmi ces grandes femmes égyptiennes : Néfertiti, la chanteuse Oum Kalsoum, l'écrivaine Nawal el-Saadawi...
Contributeurs

"C’est pour lutter contre la pression sociale et les moqueries à l’égard des femmes que nous faisons vivre ce projet"

Fajr Soliman est artiste-peintre. Elle vit au Caire et a participé à l’opération WOW dans la ville de Mansourah.
 
En tant qu’artiste, je suis assez familiarisée avec les techniques de graffitis mais l’approche reste tout de même différente par rapport à la peinture sur toile. Quand je fais des graffitis, je m’adapte davantage à mon public, qui peut être n’importe quel citoyen. Dans mes tableaux, je peux faire des allusions, faire passer des messages de manière indirecte, avec des métaphores par exemple. Mais, dans les graffitis, je dois être sûre que tout le monde arrivera à me comprendre au premier coup d’œil.
 
Quand nous arrivons dans une ville, nous passons deux jours avec les filles du collectif à repérer les endroits où nous pourrons peindre, à discuter des idées de fresques et à réfléchir aux messages que nous voulons faire passer. Nous essayons de choisir des murs lisses donnant sur des rues où il y a beaucoup de passage et assez hauts pour nous permettre de peindre de grandes fresques.
 
"Nos graffitis traitent du harcèlement sexuel qui est un véritable fléau ici"
 
Évidemment, les badauds ne nous épargnent pas leurs commentaires et leurs moqueries, comme à chaque fois que des femmes tentent de faire quelque chose dans un lieu public. C’est justement pour lever cette pression sociale que nous faisons vivre ce projet. Nos graffitis traitent du harcèlement sexuel qui est un véritable fléau ici.
 
Nous condamnons aussi le regard paternaliste que la société pose sur nous : tout le monde a le droit de décider quand est-ce qu’on sort, le métier qu’on exerce… sauf nous ! Pourtant, si le statut de la femme dans la société était reconsidéré, ça règlerait bien des problèmes en Égypte !
 
 

"Avec un graffiti, tout le monde reçoit le même message, même ceux qui ne le souhaitent pas forcément"

Angie Balata a lancé le projet "Women on Walls" avec Mia Grondahl.
 
Des initiatives locales avaient déjà eu lieu au Caire [comme le collectif d’artistes NooNewsa] mais WOW est le premier grand projet de réunion de graffeurs égyptiens. Nous avons des artistes de 17 à 35 ans, de toute origine sociale.
 
Ce qui nous intéressait dans le graffiti, c’était son accessibilité. Dans la rue, les passants peuvent s’arrêter, discuter, échanger avec les artistes et n’ont pas besoin d’aller dans un espace clos comme un musée ou une galerie d’art pour réfléchir sur une œuvre. Tout le monde reçoit le message, même ceux qui ne le souhaitent pas forcément. Et parfois, les gens ne comprennent pas : à Mansourah, l’un des premiers graffitis que les artistes ont peints a été complètement détruit par un passant qui estimait que c’était du vandalisme.
 
"On veut aider les femmes à changer leur environnement"
 
Les femmes intéressées par le graffiti n’avaient pas peur d’aller peindre dans la rue malgré les cas de harcèlement fréquents. Mais il faut être honnête : une fille toute seule ne peut pas tenter ce genre d’expériences en Égypte. Entourées d’hommes et avec le collectif, on sait qu’elles sont en sécurité. C’est surtout au Caire que quelques-unes ont eu des remarques désagréables, mais à Alexandrie et Mansourah, on n’a eu aucun problème.
 
Notre objectif, c’est d’aider les femmes, et de manière générale les Égyptiens, à changer leur environnement, à ne pas attendre que l’État le fasse pour eux. S’approprier l’espace public tout en le respectant et en le rendant esthétiquement attrayant : tel est le meilleur moyen de susciter la curiosité et, à terme, l’admiration.
 

Commentaires

Felicitation

Chère félicitation pour cette belle peinture mural



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