Ces djihadistes qui se battent du côté du régime syrien

Des combattants irakiens de la brigade Abou al-Fadl al-Aabass en banlieue de Damas.
 
 
Beaucoup d’encre a coulé concernant les djihadistes étrangers en Syrie, mais toujours sur ceux qui se battent du côté de la rébellion. Néanmoins, d’autres mènent leur guerre sainte du côté du régime.
 
La mosquée Sayyeda Zaïnab, qui abrite le mausolée de la petite-fille du prophète Mahomet, est un haut lieu du pèlerinage chiite en banlieue de Damas. Avec l’arrivée des combats entre l’armée syrienne et les rebelles aux portes de la capitale syrienne, certains groupes ont menacé de détruire l’édifice. Cette crainte a poussé des combattants chiites à se mobiliser pour la défense du lieu saint. Ces combattants, regroupés au sein de la Brigade Abou al-Fadl al-Aabass, ne sont pas uniquement syriens : ils sont aussi libanais, irakiens et parfois même afghans. Ils disent ne pas se mêler au conflit en cours et se concentrer sur la défense du mausolée.
 
Des combattants irakiens de la brigade Abou al-Fadl al-Aabass.
 
Des campagnes de mobilisation et de recrutement ont lieu dans le sud de l’Irak et à Bagdad même. Les Irakiens chiites, avec armes et bagages, sont de plus en plus nombreux à rejoindre le territoire syrien pour adhérer à la Brigade Abou al-Fadl al-Aabass. Les vidéos en hommage à ces martyrs étrangers tombés en accomplissant leur "devoir de djihad" se multiplient sur les réseaux sociaux.
 
Mobilisation de combattants à Bagdad.
 
Pendant ce temps-là, dans la région de Homs, ville du centre-ouest syrien, les spéculations sur la participation du Hezbollah libanais à l’effort de guerre du régime vont bon train depuis la militarisation de la rébellion syrienne, il y a plus d’un an. En effet, à ce moment-là, le "Parti de Dieu" avait dépêché des conseillers en matière de guérilla urbaine auprès des forces armées syriennes, sans pour autant envoyer des combattants. Cette équation a prévalu un moment, mais avec la prolongation du conflit, des membres du Hezbollah sont partis se battre dans la zone frontalière de Qusayr, en Syrie.
 
Les Libanais sont très présents dans les villages chiites de la région de Qusayr ; ce sont pour la plupart les mêmes clans et familles des deux côtés de la frontière. Pour eux, la frontière n’existe que sur le papier. Le président du bureau éxecutif du Hezbollah, Cheikh Nabil Kaouk, a déclaré que défendre ces populations était "un devoir national".
 
Depuis quelques jours, des combats féroces opposent l’armée syrienne et le Hezbollah aux djihadistes sunnites dans cette région. Car mis à part la mission de défense de la population locale que clame le Hezbollah, cette zone est d’une importance stratégique pour les partis en conflit. En occupant cette région, les rebelles feraient la jonction avec les zones qu’ils contrôlent dans le nord syrien, et le régime perdrait la jonction entre la capitale Damas et son bastion côtier.

"Les hommes font un entraînement préliminaire dans leur pays d'origine, puis terminent leur formation en Syrie, où ils s’entraînent au combat urbain"

Aabass Rida, 20 ans, est un combattant chiite de la brigade Abou al-Fadl al-Aabass. Il est de nationalité irakienne.
 
J’habitais déjà Damas avant le début du conflit ; j’étais venu pour travailler dans le bâtiment. Avec l’arrivée des combats dans la capitale, certains groupes rebelles ont menacé de détruire le mausolée de Saïda Zaïnab et j’ai estimé qu’il était de mon devoir de défendre ce lieu saint.
 
Nos combattants étrangers viennent en Syrie avec le seul et unique but de défendre les lieux saints face à ceux qui nous considèrent, nous chiites, comme des renégats. Il y a une rotation de 1 000 combattants tous les mois. Les hommes font un entraînement préliminaire dans leur pays d’origine puis terminent leur formation en Syrie, où ils s’entraînent au combat urbain. Chaque homme touche une somme d’argent au départ et ensuite juste avant son retour dans son pays. On n’est pas là pour défendre le régime syrien ; notre zone d’opérations se limite strictement au quartier de Sayyeda Zaïnab.

"Si les intégristes sunnites gagnent en Syrie, la prochaine bataille se déroulera au Liban"

Kassem Zeïn est ingénieur en informatique à Baflay, un village du Sud Liban. Son cousin, un combattant du Hezbollah, est tombé à Damas.
 
Au départ, au sein de chaque famille à Baflay et dans le sud Liban en général [où la population est majoritairement chiite et où le Hezbollah est très présent], il y a eu des avis divergents sur la question de la Syrie. Certains estimaient qu’il n’était pas du devoir des Libanais d’aller se battre en Syrie en soutien à Bachar al-Assad [qui est lui aussi chiite, de la branche alaouite, NDLR].
 
Mais les gens ont petit à petit compris que la question, au fond, n’est pas là. Nos jeunes ne se battent pas pour Assad, leur combat s’inscrit dans la continuité de notre histoire, l’histoire du chiisme. Nous avons toujours été obligés de défendre nos croyances et nos lieux saints.
 
Les combattants ne sont pas des mercenaires - ils se battent pour des questions idéologiques et politiques à la fois. Car si les intégristes sunnites gagnent en Syrie, la prochaine bataille se déroulera au Liban. Ils essayent de prévenir une telle évolution.
Les funérailles du cousin de Kassem Zein, Mohamed Jawad Zein, qui a été tué lors de combats en Syrie. 

"Le but des combattants du Hezbollah est de protéger les Libanais qui habitent à cheval entre les deux pays"

Hassan H. (pseudonyme) est un activiste proche du Hezbollah. Il a des amis et des membres de sa famille qui se battent en Syrie.
 
Le but des combattants du Hezbollah est clair depuis le début de notre engagement : c’est la protection des Libanais qui habitent à cheval entre les deux pays dans les villages frontaliers de Qusayr [au nord-est du Liban]. Ces populations sont menacées par une présence accrue d’éléments sunnites extrémistes dans la région. Je pense à des groupes comme Jabhat al-Nosra qui ne cache plus son appartenance à l’organisation terroriste Al-Qaïda. C’est donc une question de vie ou de mort pour cette population frontalière.
 
Les combattants du Hezbollah qui participent aux combats en Syrie le font volontairement. Ce sont des combattants aguerris. La mission de ces hommes est strictement défensive dans une zone géographique bien précise.
 
Si des hommes ou des jeunes souhaitent aller de leur propre chef défendre les lieux saints comme celui de Sayyeda Zaïnab à Damas, le Hezbollah ne peut pas les en empêcher. Il faut être réaliste : tous ceux qui connaissent la frontière entre nos deux pays savent que chaque personne qui souhaite aller se battre en Syrie peut facilement le faire sans avoir à demander l’autorisation du parti. Quand ces hommes meurent dans les combats, ils ont droit à des funérailles officielles du parti.
 
Il ne faut pas oublier que les chefs religieux intégristes et fanatiques existent chez les sunnites comme chez les chiites. D’un côté comme de l’autre, ils poussent la région vers une guerre confessionnelle. Notre combat n’est pas contre les sunnites, mais contre les extrémistes qui souhaitent notre extermination.
 
 
Billet écrit en collaboration avec Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à FRANCE 24.

Commentaires

très bien, sauf que le terme

très bien, sauf que le terme jihadiste est impropre, ils défendent des lieux de cultes, ils ne partent pas propager leur croyance. Ce sont des combattants étrangers, pas des jihadistes, de l'autre côté, on a des combattants étrangers qui SONT des jihadistes.

Lorsque le régime Syrien

Lorsque le régime Syrien reçoit du soutien ou qu il se defend on s'en plaint, la communauté international est entrain de déstabiliser le monde. On a crée le chao en Irak en mentant sur Saddam, on a désorganisé la Lybie pour mettre la main sur ses richesses. Maintenant on veut la Syrie, croyez vous que le Président Bachar va accepter finir comme Sadam ou Kadhafi?
Je suis contre le térrorisme sous toutes ses formes mais la soit disante communauté internationale se nourrit de la souffrance des autres peuples.

Syrie , la nouvelle patrie de l'internationale djihadiste

Ben voilà ce qui devait arriver est arrivé...la Syrie est devenue le terrain d'entrainement d'une internationale djihadiste !!! et grace à qui ? Devinez ?!!!
Après la rebellion, la (vraie) guerre.... et le retour de ces combattants dans leurs pays d'origine, arabes, européens, américains, australiens etc...

sectarisme meurtrier

Ainsi la Syrie est devenu le nouveau point de discorde entre musulmans
La rivalite entre l Arabie Saoudite et l Iran, qu melangent entre politique et religion dans leur interet respective mette en danger plus 1 milliard de musulmans
et qui en paye le prix



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