"Copte ou musulman, ma religion n’a rien à faire sur mes papiers d’identité"

Photo d'une carte d'identité égyptienne :"femme - et c'est tout (à la place de la religion) - célibataire".
 
En Egypte, la carte d’identité de chaque citoyen porte sa photo, son nom et son prénom, sa profession et… sa confession. Une information jugée de trop par un groupe de jeunes militants égyptiens.
 
Le mouvement "Haga tkhosseni" ("Cela ne regarde que moi") a décidé de faire campagne sur Facebook contre ce qu’il juge être une catégorisation abusive des citoyens par l’administration. Leur action consiste donc à cacher la case "religion" qui se trouve au dos de la carte d’identité. À la place de "musulman" ou "chrétien", les citoyens sont invités à coller un morceau de papier sur lequel ils écrivent "être humain" ou encore "ça ne regarde personne".
 
Cette campagne, lancée par des musulmans, intervient quelques jours après que des violences confessionnelles entre coptes (chrétiens d’Egypte) et musulmans ont éclaté près du Caire, faisant 6 morts dont quatre chrétiens.
 
L’initiative s’inspire d’une campagne similaire, lancée en juillet 2012 par une page Facebook qui prône le sécularisme en Égypte.
 
Les coptes d’Égypte représentent la plus grande communauté chrétienne d’Orient, soit environ 10 % de la population égyptienne, qui compte 85 millions d’habitants.
Contributeurs

"On peut vous demander votre confession pour signer une procuration, des contrats de vente ou même pour une inscription à l’université !"

 Mohamed Adam, 25 ans, est l’un des activistes de "Haga tkhosseni".
 
Notre objectif est que les autorités enlèvent toute référence à la religion des citoyens sur tout les documents officiels où ce n’est pas indispensable.
 
Nous nous sommes concentrés sur les cartes d’identité parce que c’est le document de base des citoyens égyptiens. Mais la confession peut aussi être demandée en Égypte pour signer une procuration, des contrats de vente ou même pour s’inscrire à l’université ! Mais en quoi une information aussi personnelle est indispensable dans pareils cas ?
 
Cette campagne est une réponse aux récentes violences anti-coptes en Égypte. Depuis l’accession des Frères musulmans au pouvoir, on entend malheureusement de plus en plus souvent des discours haineux contre l’Église et les chrétiens d’Égypte, notamment de la part de personnalités proches du parti, comme lors du référendum sur la Constitution [en décembre 2012, le parti "Liberté et Justice", émanant du mouvement des Frères Musulmans a fait campagne pour le "oui" à la nouvelle Constitution rédigée par l'Assemblée à majorité islamiste. Pendant cette campagne, des personnalités du mouvement ont tenu des propos hostiles à l'Eglise et aux Coptes]. Cela ne veut pas dire que les tensions confessionnelles n’existaient pas du temps de Moubarak, qui les a d’ailleurs instrumentalisées [L’ancien président se présentait comme l’unique rempart des coptes contre l’extrémisme islamiste]. Aujourd’hui, avec la révolution, tout le monde a le droit de parler librement. L’effet pervers de cette liberté c’est que même les discours haineux se répandent et ce, en toute impunité.
 
Vidéo de la campagne.
 
Il existe évidemment d’autres moyens de connaître la confession d’un Égyptien : vous n’avez pas besoin de regarder la carte d’identité pour savoir qu’une personne portant le prénom de Mohamed est musulman ou qu’un Gergess est copte. De même, beaucoup de chrétiens égyptiens se font tatouer une croix au niveau des poignets. Mais cette distinction doit rester un choix personnel, comme celui de pratiquer ou non sa religion.
 
Nous avons reçu un mail de la part d’une Égyptienne qui a caché la case religion sur sa carte d’identité avant des formalités administratives. L’employé a pris sa carte d’identité et lui a demandé pourquoi elle avait caché cette mention. La jeune fille lui a demandé si ce détail était vraiment indispensable. Comme ce n’était pas le cas, l’employé a continué son travail normalement.
 
Un fonctionnaire ne demandera jamais à quelqu’un de lui montrer son poignet pour vérifier s’il est copte ou musulman. Ce serait choquant. Pourtant, l’État lui donne les moyens de le faire de manière complètement légale. Mentionner la religion de l’individu sur les documents administratifs est un feu vert à la discrimination. Or, pour espérer dépasser les conflits confessionnels, la première chose à faire est de mettre fin à ce genre de distinction.
 
Cet article a été rédigé en collaboration avec Sarra Grira (@SarraGrira), journaliste à France 24.


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