En Iran, on brave le régime en dansant

 
Mardi 2 avril, les Iraniens ont célébré comme chaque année Sizdah Bedar, une fête populaire qui a résisté aux interdits de la République islamique. Hommes et femmes réunis, ils ont chanté et dansé pour perpétuer un folklore millénaire, mais aussi faire un pied de nez au régime et à ses lois drastiques.
 
Sizdah Bedar correspond au 13e jour des festivités de Norouz, le Nouvel An perse. Une fête lors de laquelle les Iraniens célèbrent la nature. Ils se retrouvent à la périphérie des villes, dans des parcs ou des bois, et passent la journée à s’amuser.
 
Vidéo tournée à Fasham, dans la banlieue de Téhéran, mardi 2 avril.
 
Cette fête païenne n’est pas du goût des autorités de la République islamique. Elles ont d’ailleurs longtemps tenté de l’interdire. Mais Sizdah Bedar est tellement ancrée dans la tradition perse que le régime des mollahs a finalement dû se résoudre à laisser faire. Aujourd’hui, il assiste, démuni, à ces rassemblements habituellement proscrits. Ce qui n’empêche cependant pas la police des mœurs et les redoutables Bassidjis de poursuivre, ce jour-là, leur chasse aux hijabs un peu trop relâchés et aux "comportements non islamiques".
 
Sizdah Bedar est célébrée jusque dans les prisons. L’année dernière, les détenus de Rajaei Shahr, près de Téhéran, se sont regroupés au milieu de la cour. Dans une grande farandole, journalistes ou opposants politiques ont entonné "Ey Iran", un vieil hymne iranien. Les gardiens les ont laissés faire.
 
Contributeurs

"Même s'il y a une présence importante de la police, le régime préfère éviter les conflits lors de cette fête"

"Sussan" (pseudonyme) est journaliste à Téhéran. Chaque année, comme des millions d’autres Iraniens, elle célèbre Sizdah Bedar.
 
Sizdah Bedar est pour moi une fête très importante car c’est une vieille tradition. Ce jour-là, nous allons, ma famille et moi, au parc de Jamshidieh, au nord de Téhéran. Là-bas, nous retrouvons d’autres familles avec qui nous chantons, dansons, mangeons et jouons.
 
C’est une manière de célébrer la nature, mais aussi de résister, d’une certaine manière, au régime. Car, normalement, il est interdit de chanter et de danser en Iran. Mais les autorités ne peuvent rien faire contre ça. Tout comme elles ne peuvent pas interdire Norouz, une fête incontournable célébrée par des millions d’Iraniens, elles ne peuvent pas interdire ces festivités. Même s’il y a une présence importante de la police, et notamment de la police anti-émeutes, le régime préfère éviter les conflits.
 
C’est en revanche très différent lors de Chaharshanbe Suri [célébrée le dernier mardi soir de l’année. Ce jour-là, les Iraniens installent des décorations et des luminaires un peu partout et allument de grands feux sur les places publiques au-dessus desquels ils sautent, NDLR]. Cette fête est officiellement interdite. Malgré tout, tout le monde la célèbre, si bien qu’il arrive qu’il y ait des affrontements. 
 
Billet écrit en collaboration avec Omid Habibinia.
 


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