À Rio, un "village" indigène sacrifié sur l’autel du Mondial 2014

 
Manu militari, la police militaire a délogé le 22 mars un collectif composé d’une trentaine d’indigènes et de sympathisants qui campaient depuis près de sept ans dans l’ancien Musée de l’Indien, rebaptisé Aldeia Maracana (le village Maracana). Le projet des autorités de l’État de Rio prévoit de transformer le bâtiment en vue de la Coupe du monde 2014 et des Jeux olympiques 2016 en un vaste centre commercial dédié au sport.
 
Soutenue par trois blindés et un hélicoptère, flanquée de matraques, de gaz lacrymogènes et de grenades sonores, la police militaire a employé les gros moyens pour expulser les occupants de cet édifice chargé d’histoire (construit au XIXe siècle par le duc de Saxe, légué à sa mort à la cause indigène, celui-ci finit par être abandonné en 1977). Au cours de ce raid, de violentes échauffourées ont éclaté et les forces de l’ordre ont procédé à plusieurs arrestations.
 
Le 12 janvier dernier, plusieurs centaines de personnes avaient déjà manifesté contre l'intervention de la police venue déloger les familles indiennes. L’opération avait capoté, la police ne disposant pas alors d'un ordre écrit d'expulsion pour entrer dans le bâtiment.
 
Vidéo réalisée par notre Observateur et postée sur YouTube.
 
Depuis 2006, l'immeuble est occupé par un groupe d'indigènes de différentes ethnies dont l'ambition est de transformer l'espace en centre culturel et lieu d'échanges. L'ancien musée rendait également hommage à la mémoire de la tribu Maracana, une des premières ethnies de la région de Rio qui a donné son nom au mythique stade de football, lequel jouxte la bâtisse.
 
À un an de la Coupe du monde de football et trois des JO, il est désormais question que la bâtisse soit transformée en un ensemble de boutiques rattaché au complexe sportif Maracana dont une partie serait consacrée à un musée olympique.
 
Le bâtiment de l'ancien musée de l'Indien et désormais ex-siège de l'Aldeia Maracana. Photo postée sur Facebook.
 
Le campement de fortune des indigènes à l'intérieur de la bâtisse aux murs décatis. Photo postée sur Facebook.
Contributeurs

"Au Brésil, quand une minorité fait entendre sa voix, on lui envoie la police"

 
Carlos Latuff est un dessinateur de presse et caricaturiste indépendant. Il collabore à des journaux syndicaux et tient un blog. Il vit à Rio de Janeiro et a assisté à l’évacuation d’Aldeia Maracana.
 
L’affaire de l’Aldeia Maracana dévoile au grand jour deux phénomènes qui gangrènent le Brésil à l’heure actuelle : le mépris du gouvernement à l’égard des peuples autochtones et la spéculation immobilière qui fait rage à un an de la Coupe du monde.
 
Avec la désignation [en 2007] du Brésil comme pays organisateur du Mondial-2014, l’Aldeia Maracana a suscité les convoitises de nombreux promoteurs qui se sont arrachés cet espace idéalement placé car il jouxte le stade du Maracana [où se joueront plusieurs matchs de la Coupe du monde dont la finale, NDLR].
 
Si des tribus indigènes ont décidé d’occuper le bâtiment, c’est pour que les pouvoirs publics se rendent compte de l’importance que revêt ce lieu sur le plan historique et spirituel. Mais au Brésil, quand une minorité, quelle qu’elle soit, fait entendre sa voix, on lui envoie la police, laquelle n’hésite jamais à faire usage de la force. Le 22 mars, le dispositif était vraiment disproportionné. Certains policiers étaient munis d’armes très perfectionnées comme des fusils soniques.
 
Blindé de la police militaire. Photo publiée sur Twitpic par notre Observateur.
 
"L’Aldeia Maracana est une partie de leur territoire"
 
La situation a très vite dérapé. Quand certains indigènes ont décidé d’allumer un feu puis de danser autour pour célébrer leur départ - preuve qu’ils étaient prêts à n’opposer aucune résistance à la police -, une braise a accidentellement atterri sur une tente provoquant un début d’incendie. Qui fut immédiatement éteint par les pompiers.
Considérant que ce sinistre était volontaire, la police a alors réagi de manière très musclée. Pour elle, c’était un motif suffisant pour asperger la foule de gaz lacrymogène et autre spray au poivre. Dans la vidéo que j’ai réalisée, le député Marcelo Freixo [parti Socialisme et Liberté, NDLR], présent sur les lieux au moment des faits, assure que l’incendie a été provoqué de manière accidentel.
 
Aujourd’hui, l’Aldeia Maracana est vide. Les forces de l’ordre veillent à ce que personne ne rentre. Depuis une semaine, plusieurs manifestations en faveur des droits des autochtones ont été organisées aux quatre coins de la ville.
 
Dimanche dernier, j’ai assisté à une audience publique au Palais de justice qui a réuni des représentants de la cause indigène, des juges et des membres de la FUNAI [organisation gouvernementale dédiée à la question des indigènes, NDLR] pour trouver une solution qui convienne à tous. Mais les Indiens ne veulent pas entendre parler d’un autre lieu que l’Aldeia Maracana qui pour eux n’est pas un simple bâtiment délabré mais une partie de leur territoire.
 
Cérémonie traditionnelle indienne dans l'Aldeia Maracana. Vidéo postée sur YouTube.
 
Papier rédigé avec la collaboration de Grégoire Remund, journaliste à FRANCE 24.

Commentaires

Le vrai Brésil

Très bon reportage. On ne parle que du miracle économique brésilien: qui ne profite qu'aux riches.

Fouillez plus a fond et vous verrez dans quel état lamentable est la vie au Brésil: corruption, violence.....

Le vrai Brésil

C'est de la pure jalousie. Les brésiliens sortent petit à petit de la misère.
Fouillez à fond n'importe quel pays dans le monde et vous verrez de la corruption, de la violence et plus.

Allez dire aux gens violentés

Allez dire aux gens violentés que c'est de la pure jalousie !!!!!!!



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